Plus de cent personnes se sont rassemblées devant la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke à l’occasion des commémorations des 30 ans de la tragédie de Polytechnique. Un faisceau lumineux a été allumé simultanément à ceux du mont Royal et de 13 autres établissements d’enseignement offrant un programme de génie à travers le pays.
Plus de cent personnes se sont rassemblées devant la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke à l’occasion des commémorations des 30 ans de la tragédie de Polytechnique. Un faisceau lumineux a été allumé simultanément à ceux du mont Royal et de 13 autres établissements d’enseignement offrant un programme de génie à travers le pays.

30 ans de polytechnique : lumière sur un lourd féminicide

L’Université de Sherbrooke s’est jointe vendredi soir aux 13 autres établissements du pays qui participaient aux commémorations en l’honneur des 14 victimes du féminicide de Polytechnique, survenu il y a maintenant 30 ans. À Sherbrooke, la soirée s’est non seulement voulue une occasion de dénoncer toute forme de violence et de discrimination faites aux femmes, mais aussi de célébrer des parcours réussis dans un monde traditionnellement lié au sexe opposé.

Plus d’une centaine de personnes s’étaient réunies devant la faculté de génie, chocolat chaud et lampion à la main, pour assister tout d’abord à une diffusion en direct de la cérémonie qui se tenait simultanément à Montréal. Alors que 14 faisceaux lumineux ont été allumés un à un sur le mont Royal en hommage à chacune des victimes, chacune des universités collaboratrices illuminait le sien. Celui de l’UdeS accompagnait le nom d’Anne-Marie Edward, étudiante en génie chimique à l’époque. 

« J’étais moi-même étudiant à l’Université de Montréal à l’époque, a partagé le recteur Pierre Cossette. C’est un événement vraiment marquant. [...]  Lorsqu’on a compris que c’était des femmes qui avaient été assassinées, ça m’a renversé, troublé. Comment on peut assassiner des femmes parce qu’elles sont des femmes? » 

Insistant sur la résilience des femmes et sur le chemin parcouru, celui-ci a poursuivi son discours en appelant à la prévention des gestes haineux, qui se présentent souvent au départ sous forme de paroles.

Bras ouverts

« Effectivement, aujourd’hui, il y a encore des problèmes, a partagé Zohra Alaoui, qui est à quelques semaines de recevoir son diplôme. Il y a encore de la misogynie, mais on en voit beaucoup moins. C’est à certains endroits plus que d’autres, par exemple des chantiers [...] L’inclusion et la diversité sont les deux éléments clés de tout ce qui se passe aujourd’hui. Ce qui est important, c’est que les femmes se sentent à l’aise de faire ce qu’elles veulent, et que les hommes se sentent à l’aise de faire ce qu’ils veulent également. Le but ce n’est pas vraiment de forcer les choses, c’est de les accueillir à bras ouverts. Et s’ils sont intéressés par le génie, ils sont les bienvenus. » 

Mme Alaoui comptait parmi les trois femmes du milieu de l’ingénierie invitées à partager leur réflexion sur les événements. Se sont également exprimées Ève Langelier, professeure et titulaire de la Chaire de recherche pour les femmes en sciences et en génie et la chercheuse et consultante en adaptation aux changements climatiques, et Nathalie Beaulieu, diplômée de l’UdeS au baccalauréat (1987) et à la maîtrise (1990) en génie civil ainsi qu’au doctorat en télédétection en 1998. 

Mme Beaulieu étudiait à la maîtrise et venait tout juste de donner naissance à sa fille lorsque est survenu le drame, le 6 décembre 1989. « Ça m’a énormément affectée, a-t-elle confié. Ce qui a permis de passer au travers, c’est qu’on s’est retrouvés ensemble à la faculté de génie le lendemain. On a quand même réalisé que le fait d’étudier dans un domaine qui est non traditionnel, c’est intrinsèquement féministe. » 

Des ingénieures heureuses

« En 1996, l’année où on a commencé à avoir des données genrées, il y avait environ 20 % de filles inscrites au baccalauréat en génie, a noté la Pre Langelier. Depuis, les chiffres oscillent entre 16 et 20 %. Au tableau de l’ordre, on est passé de 4 % à 15 % aujourd’hui; c’est l’effet des générations. Le nombre de femmes qui étudient en génie est resté à peu près le même au cours des années. Par contre, ce qui est important de savoir, c’est que les femmes qui ont choisi d’aller en génie y sont heureuses », a prononcé la chercheuse sur scène en se basant sur différentes études, peu après avoir souligné avec enthousiasme le grand nombre d’hommes dans l’assistance. 

Quatorze nouvelles boules au sapin

Cette année, le grand sapin de la place des Moulins portera également l’histoire des victimes de la tragédie de Polytechnique sur ses branches. Lors d’une vigile organisée vendredi soir au centre-ville de Sherbrooke, 14 féministes estriennes engagées y ont accroché avec émotion des boules à l’effigie des 14 femmes abattues le 6 décembre 1989.

Le CALACS (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) agression Estrie a profité de ce rassemblement pour nourrir l’espoir d’une société où les femmes n’auraient pas « à vivre dans la peur de subir une agression sexuelle ». 

« La problématique des violences sexuelles s’inscrit dans une problématique plus large de violences faites aux femmes, a notamment lancé l’intervenante Laurence Morin. C’est une problématique qui découle directement de rapports inégaux entre les genres à travers l’histoire au Québec. »

Les plus de cinquante personnes présentes ont entonné la chanson Il y a longtemps que l’on sait, qui a été spécifiquement écrite pour l’occasion et qui insiste sur le sort subi par les femmes de Polytechnique comme motivation pour faire évoluer la condition féminine. 

L’hôtel de ville avait également mis ses drapeaux en berne vendredi, en plus de s’être illuminé de mauve.