André Vuillemin, Stéphanie Vallières, Maxime Picard, Jessica Garneau, René Marquis et Michelle Boulay sont ceux qui signent les photos du journal La Tribune.

2018 dans l’œil de nos photographes

Nous avons demandé aux photographes de La Tribune de sélectionner leur photo coup de coeur de l'année 2018, et ils ont pris le soin de nous raconter l'histoire derrière le cliché.

La photographe Jessica Garneau a passé la soirée électorale du 1er octobre au Boquébière pour couvrir le rassemblement de toute l’équipe de Québec solidaire. La soirée s’est passée dans la fébrilité et sous le signe de l’espoir : l’espoir tangible de voir élire une députée solidaire dans la circonscription de Sherbrooke. Plus la soirée avançait, plus le Québec tournait au bleu caquiste et plus l’espoir de faire le gain dans Sherbrooke était grand. Puis est venu le moment où l’avance de la candidate de Québec solidaire était si grand sur ses rivaux libéral et caquiste qu’elle a été proclamée vainqueure. Christine Labrie est devenue la députée de Sherbrooke. « L’espoir devenait réalité. C’était l’euphorie totale. Toute la soirée, les gens étaient sur le bout de leur chaise, ils y croyaient... et là c’était vrai. J’étais vraiment heureuse d’avoir réussi à capter l’euphorie et l’intensité de ce moment-là », se réjouit Jessica Garneau, photographe de presse à La Tribune depuis 14 ans. Marie-Christine Bouchard

Le Fête du lac des Nations est un classique pour les photographes de La Tribune. Mais avec les années, il est difficile de trouver un concept original pour une photo. Maxime Picard est toutefois très fier de ce cliché pris quelques secondes à peine avant que Roger Hodgson n’entre sur scène le 21 juillet dernier. « On ressent quelque chose en regardant cette photo. On voit ce que lui a vu lorsqu’il est monté sur scène. Je la trouvais originale et différente », indique Maxime Picard. Jamais facile non plus de prendre des photos de nuit avec des centaines de lumières qui éclairent un peu partout. « Je n’ai pas eu très longtemps pour jouer avec mes réglages, le moment n’a duré que quelques instants. Souvent je vais prendre des gens en particulier, mais une photo avec des cellulaires comme ça c’est la première fois. Je me sens aussi privilégié de pouvoir être entre le chanteur et la foule. C’est un avantage du métier », résume-t-il. Simon Roberge

En un seul clic, le photographe René Marquis a réussi à saisir la défaite non seulement de l’ancien ministre Luc Fortin, mais aussi la défaite sans précédent du Parti libéral du Québec lors des élections du 1er octobre. « La soirée était difficile. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Ça sentait la défaite. Comme photographe, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire comme photo. Je connaissais M. Fortin, je savais que c’était une bonne personne, je savais que c’était difficile pour lui. Puis vers la fin de la soirée, j’ai réussi à saisir le moment important. C’est dur à regarder comme photo, je le sais, mais c’est aussi ça le travail de la presse. C’est une photo qui dit tout. C’est une photo qui vaut mille mots », soutient René Marquis, qui cumule 15 années d’expérience comme photographe de presse pour La Tribune. Marie-Christine Bouchard

Il y a des affectations qui nous rejoignent plus que d’autres. C’était le cas pour la photographe Stéphanie Vallières lorsqu’elle s’est rendue au marché de la Gare le 21 septembre dans le cadre de la Journée d’action contre la violence faite aux femmes. Elle y a capturé le portrait de Jésus Mosquers qui arborait des photos de femmes assassinées ou disparues. « Cette photo humanise la cause. C’est un être humain qui parle d’autres êtres humains. C’est une cause de société », raconte Stéphanie Vallières. Elle a choisi de livrer sa photo en noir et blanc pour faire ressortir l’essentiel. « Le noir et blanc c’est la base. Au départ, la photographie c’était en noir et blanc. Les couleurs dispersent notre attention. Le noir et blanc nous ramène à nous pencher sur le sujet, » souligne-t-elle. Simon Roberge

Ce n’est pas joyeux, mais la photo coup de cœur du photographe André Vuillemin est un cliché pris lors de l’incendie qui a détruit une partie du centre-ville de Magog le 16 octobre. « Des assignations comme celle-là commencent à la maison. Le téléphone sonne et il faut que tu partes tout de suite. Tu n’as pas beaucoup de détails, tu sais juste qu’il y a un feu et que c’est gros. Et là, c’est l’adrénaline qui monte... », partage-t-il. Il y avait de la fumée partout et il avait du mal à voir ce qui brûlait. C’est ça aussi la photographie de presse, ne pas trop savoir ce qui t’attend. « Quand tu arrives sur les lieux, c’est un sentiment d’impuissance que tu as. Cette photo capture la bravoure de ces pompiers qui risquent leurs vies. L’organisation stratégique afin de minimiser les dégâts », ajoute-t-il. Judith Desmeules

L’assignation de la photographe Michelle Boulay était aussi imprévue que difficile : une enfant était portée disparue dans les eaux troubles de la rivière Magog. « Quand j’étais sur les lieux, je suis passée par toutes sortes d’émotions. Il y avait tout un déploiement de policiers, de pompiers, de paramédics. Plus que jamais, je sentais que tous les gens étaient là, dans le moment présent, prêts à aider, solidaires pour retrouver l’enfant », soutient Michelle Boulay. Pour la photographe, cette photo représente l’intensité de l’événement malheureux du 29 juillet. « Il y a une belle composition dans cette photo : les intervenants sont entourés de deux camions et on est bien situés avec le 911 en haut à droite. L’émotion de l’ambulancier est intéressante aussi, elle nous plonge dans l’ambiance du moment. On sent à la fois l’urgence et la difficulté d’entreprendre une décision ou une action », ajoute-t-elle. Marie-Christine Bouchard