Il faudra décontaminer le site de la future salle intermédiaire, à côté du centre Jean-Besré (photo). Les talus du parc Jacques-Cartier, entre la piste multifonctionnelle et la voie ferrée, ont été construits avec de la terre contaminée emprisonnée par une membrane géotextile.

125 terrains contaminés à Sherbrooke

La Ville de Sherbrooke ne dispose pas de pouvoirs pour forcer les propriétaires à décontaminer leur terrain à moins que la contamination se propage à un terrain municipal. L’aide financière offerte par le gouvernement, elle, n’est versée que pour des actions bien précises.

Arsenic, hydrocarbures, zinc...

Il y aurait au moins 125 terrains à Sherbrooke qui sont ou ont été contaminés. Il s’agit en tout cas de ceux qui sont répertoriés sur le site du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

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« Quand on est conscient que le propriétaire doit réhabiliter un site, il doit faire un rapport qu’il enregistre au Bureau de la publicité des droits. Ce sont ceux que nous trouvons sur le site du Ministère », explique Michael Howard, directeur adjoint au Service de la planification urbaine et du développement durable à la Ville de Sherbrooke.

Sur le site du Ministère, on indique que 91 des sites répertoriés ont été réhabilités. Dix autres sont contaminés, mais n’ont pas besoin d’une intervention. « Il n’est pas nécessaire de réhabiliter [ces terrains] puisque le résultat d’une étude de caractérisation démontre que le niveau de contamination des sols est jugé conforme à l’usage actuel du terrain », lit-on sur le site internet.

Il y a donc 24 sites répertoriés où les travaux de décontamination ont été amorcés, mais ne sont pas terminés. Dans certains cas, la mise à jour des données remonte toutefois à 2011. Les contaminants vont de l’arsenic au cuivre, en passant par les hydrocarbures, le nickel, le plomb et le zinc.

Voici, selon le site du MDDELCC, quelques sites connus qui sont contaminés à Sherbrooke :

– Ancienne gare du CP, Cité des Rivières;

– Emprise autoroute 410 entre la rue Queen et la rivière Massawippi, rue Queen;

– Site Hooper, 731, rue Galt Ouest;

– Ancienne mine Suffield, près du Canton de Hatley; 

– Neptune Technologies et Bioressources inc., 795, rue Pépin;

– Projet de poste de pompage près de la voie ferrée, 184, rue Queen;

– Village de Chine, 1748, rue King Ouest.

La liste complète peut être consultée au www.mddelcc.gouv.qc.ca/sol/terrains/terrains-contamines/recherche.asp.

La Ville dispose de peu de moyens 

« Par exemple, une station-service n’est pas obligée de décontaminer, sauf si l’essence coule, traverse le terrain et va dans la rue. Dans un cas comme celui-là, nous pouvons exiger la décontamination de notre terrain », explique Michael Howard, directeur adjoint du Service de la planification urbaine et du développement durable à la Ville de Sherbrooke.

« Si une contamination active est en cours et que la Ville l’apprend, elle doit faire arrêter les activités qui causent la contamination et peut imposer des sanctions. Par contre, la majorité des actions qui peuvent être faites et qui ont du mordant sont de la responsabilité du ministère de l’Environnement et la Ville doit dénoncer toute contamination ou activité qui cause une contamination. »

Les tests de sol ne sont par ailleurs pas systématiques au moment de réutiliser un site, sauf lors de la reconstruction d’une rue. « Nous faisons alors systématiquement la caractérisation des sols pour voir s’il y a eu des contaminants. Souvent, ils proviennent de réservoirs de mazout dans le sous-sol d’édifices. Nous n’avons alors pas le choix de décontaminer, surtout quand on installe des conduites d’aqueduc qui pourraient être touchées. »

Changement d’usage

Ils le sont aussi si une activité visée par la Loi sur la qualité de l’environnement s’est produite sur le terrain, par exemple une station-service ou une buanderie. 

Lors d’un changement de propriétaire, un terrain n’a pas à être décontaminé si l’usage demeure le même. Sinon, des recherches bibliographiques dans les plans d’assureurs de 1945 seront effectuées. « On y avait inscrit les usages du terrain à cette époque. Dès qu’on voit le potentiel d’une contamination, par exemple des cuves de mazout, il devra y avoir un forage pour vérifier. Souvent, ce sont les banques qui le demandent pour les assurances. »

C’est toujours l’usage le plus contraignant sur un terrain qui dictera le niveau de décontamination nécessaire. « Par exemple, sur la rue Wellington Sud, on a trouvé du mazout. On peut construire et faire des activités commerciales ou industrielles sans problème. Si on veut du résidentiel, on doit tout décontaminer, même si les appartements sont au cinquième étage. »

Parmi les irritants, l’arsenic, qui se trouve naturellement dans le sol, doit être retiré s’il a été importé sur un site où il n’était pas naturellement. « Il y a un niveau qui est jugé sécuritaire, mais à une certaine époque, nous utilisions du roc extrait des mines pour faire le remblai des terrains. Même si le niveau sécuritaire est respecté, si la pierre vient d’ailleurs, nous n’avons pas le choix de décontaminer. Ça peut être un peu frustrant. »

Coûts élevés

Les coûts de décontamination sont parfois élevés, principalement en raison du transport de la terre souillée si elle doit être déplacée, indique M. Howard. Dans d’autres cas, elle peut être laissée sur le site, comme ce fut le cas lors de la construction de la piste multifonctionnelle longeant le lac des Nations. Les talus séparant le sentier et la voie ferrée ont été construits avec de la terre souillée emprisonnée par une membrane géotextile. Elle a ensuite été recouverte de terre saine. 

« C’est quand on fait un parc ou de la construction résidentielle que ça devient très contraignant. »

Le Programme ClimatSol-Plus du gouvernement du Québec vient en aide aux municipalités pour défrayer certains coûts, mais ses critères, selon Michael Howard, sont « assez sévères ». « Si tu enfouis la terre contaminée, tu reçois moins de subventions que si tu la traites. »

À Sherbrooke, Michael Howard affirme qu’il faudra assurément décontaminer le site du garage municipal et le site de la salle de diffusion intermédiaire. « On y trouvera probablement des sables de fonderie. »