Samuel Duval, de la start-up Hoola One, et Jennifer Tamaariki de l’organisme Hawaii Wildlife Fund, devant une récolte de microparticules de plastique.

« Continuer d’innover pour les océans » avec Hoola One

Si l’aspirateur de microparticules de plastique de la start-up sherbrookoise Hoola One fait souffler un vent d’espoir pour l’avenir des plages et des océans, il n’est qu’une réponse à « un énorme problème pour lequel il ne peut y avoir qu’une solution », indique son cofondateur Jean-David Lantagne.

Lorsque ses collègues et lui se sont rendus pour la première fois à Kamilo Beach sur l’île d’Hawaii afin de tester leur prototype sur l’une des plages les plus polluées de la planète, en mai dernier, ils ont extrait toutes sortes de déchets provenant de partout sur le globe, mais le plus frappant du lot : des billes de matière première de plastique. « Elles n’ont encore jamais été utilisées », se désole M. Lantagne.

« Il y a beaucoup de problèmes et beaucoup de responsables », fait-il remarquer avant d’expliquer que ces petites billes, présentes en grande quantité sur les berges, sont le résultat de fuites en industrie. « Parfois, ce sont des conteneurs qui se déversent après une catastrophe naturelle », ajoute-t-il.

Depuis la naissance du projet Hoola One, dans un cours du baccalauréat en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke en 2016, les trois partenaires, Jean-David Lantagne, Samuel Duval et Jean-Félix Tremblay, développent une machine qu’ils auraient préféré ne pas avoir à concevoir. Aspirant le sable, celle-ci extrait les microparticules de plastique (de 0,05 mm à 6,35 cm) avant de rendre à la berge les pierres et le sable.

« En ce moment, on n’a qu’une technologie, mais notre mission concerne l’ensemble du problème. Si un jour il n’y a plus de plastique sur les plages, on va continuer d’innover pour l’environnement et les océans. Avec notre aspirateur, on passe la serpillière sur le dégât, si on veut; mais il va aussi falloir fermer le robinet. »

Du plastique ingéré

D’ici un an et demi, l’équipe aimerait voir son aspirateur sur le marché. D’ici là, plusieurs types de clientèles sont encore à explorer et à valider. Dès cet automne, grâce à l’assistance d’étudiants à la maîtrise au Centre universitaire de formation en environnement de l’UdeS, les trois entrepreneurs seront également en mesure de vérifier l’impact de leur invention sur les écosystèmes.

« On est conscients que d’amener une machine comme celle-là sur la plage a un impact, mais c’est surtout de voir si les bienfaits d’enlever le plastique sont plus grands que les effets négatifs qu’on pourrait potentiellement engendrer. »

Des bienfaits que l’entreprise estime grands, considérant les études sur lesquelles elle s’appuie.

Une étude publiée dans le Marine Pollution Bulletin en 2011 a notamment permis d’observer la présence de micropolluants accumulés dans les déchets marins, qui sont ensuite susceptibles d’être avalés par la faune marine.

« En se dégradant, les particules de plastique forment des porosités et absorbent ensuite des toxines qui se retrouvent dans l’océan. Les déchets deviennent une sorte de transporteurs de micropolluants concentrés. On sait que certains de ces micropolluants sont des perturbateurs endocriniens, et on sait grâce à d’autres études qu’on retrouve des particules de plastique dans toute la chaîne alimentaire. Les humains ingèrent quotidiennement du plastique sans le savoir. Il n’y a pas encore d’étude qui a permis de vérifier si ces micropolluants sont relâchés dans le corps de celui qui l’ingère et nuisent à sa santé, mais si le lien est fait, ce sera énorme. Ça fait vraiment peur », avance M. Lantagne.

En août dernier, M. Duval est retourné Kamilo Beach, où le prototype a généreusement été laissé entre les mains de l’organisme Hawaii Wildlife Fund ce printemps. À l’intérieur d’environ cinq heures, la machine a extrait 105 lb de plastique de la plage.

Ainsi, l’optimisme pour le produit se poursuit, entre autres grâce aux près de 80 000 $ récemment remportés par la start-up au Global Social Innovation Challenge et au Défi propulsion-DEC. En plus de payer son actuel stagiaire en génie mécanique, l’entreprise sera en mesure de s’offrir des heures d’expertise, notamment pour déposer des brevets et pour le développement de son marché à l’international. Jasmine Rondeau