Sherbrooke arrive au 10e rang parmi les grandes villes québécoises en termes de rémunération globale de ses employés.
Sherbrooke arrive au 10e rang parmi les grandes villes québécoises en termes de rémunération globale de ses employés.

Sherbrooke verse en moyenne 97 909 $ par employé

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
Un employé de la Ville de Sherbrooke coûte en moyenne 97 909 $ aux contribuables sherbrookois, selon une étude menée par HEC Montréal portant sur la rémunération qu’accordent les municipalités du Québec à leurs employés.

Selon cette étude, Sherbrooke arrive au 10e rang parmi les municipalités de 25 000 habitants et plus, derrière Lévis (102 159 $) et Saint-Jean-sur-Richelieu (99 118 $).

Les employés municipaux qui touchent la rémunération moyenne globale la plus élevée se trouvent à Longueuil (113 548 $), Gatineau (108 384 $), Laval (108 035 $) et Montréal (106 693 $).

En publiant cette étude, les chercheurs de HEC Montréal disent avoir voulu fournir une information objective et accessible aux citoyens, leur permettant d’évaluer dans quelle mesure la rémunération constitue un enjeu dans leur municipalité.

« Cet exercice nous apparaissait d’autant plus important au moment où la pandémie de la COVID-19 exerce une pression considérable sur les dépenses publiques et qu’une étude réalisée en 2016 — le Palmarès des municipalités du Québec — nous avait déjà appris que plus de la moitié de la croissance des dépenses municipales entre 2010 et 2014 était directement imputable aux dépenses de rémunération », indique Robert Gagné, coauteur de l’étude.

C’est la première fois que la rémunération moyenne franchit la barre des 100 000 $ depuis que des données sont publiées sur ce sujet. Les données ont été calculées sur la base d’informations inscrites dans les rapports financiers que les municipalités doivent transmettre au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH).

Effectifs

L’étude s’est aussi penchée sur le nombre d’effectifs que maintiennent les municipalités, notamment en proportion de leur population.

À ce chapitre, Magog et Sherbrooke font partie des 10 municipalités comptant le plus d’employés par 1000 habitants. Magog occupe en effet le 4e rang avec 10,8 employés, tandis que Sherbrooke arrive en 6e place avec 10,34 employés par 1000 habitants.  

Toujours selon cette étude, les plus grandes villes du Québec comptent, toutes proportions gardées, un plus grand nombre de salariés que les autres villes du Québec. Résultat : le poids budgétaire de leur rémunération s’en trouve plus élevé.

Mais la disparité ne s’arrête pas là, affirme Jonathan Deslauriers, coauteur de l’étude. « Ce sont les cadres et les contremaîtres qui s’accaparent la part du lion en matière de rémunération. Dans les municipalités de 100 000 habitants et plus, leur salaire horaire moyen est pratiquement deux fois plus élevé que celui d’un col blanc ou d’un col bleu. » 

Même si ces derniers supervisent un plus grand nombre d’employés, ils détiennent un avantage salarial marqué sur leurs homologues des municipalités de plus petite taille. Cet écart s’élèverait à 24 % lorsqu’on compare leur salaire moyen à celui des cadres et contremaîtres des municipalités de 25 000 à 49 999 habitants et à 16 % avec ceux des municipalités de 50 000 à 99 999 habitants.

Croissance des salaires

L’étude s’est aussi penchée sur la croissance moyenne des salaires dans les municipalités entre 2014 et 2019. À ce chapitre, Sherbrooke et Magog font partie des 10 villes où la croissance moyenne des salaires a été la plus marquée : Sherbrooke arrive au 8e rang avec une hausse moyenne de 3,8 % et Magog au 10e rang avec une croissance de 3,4 %. Il s’agit dans les deux cas de hausses supérieures à l’inflation.

Devant ces données, les auteurs constatent que certaines administrations ont été incapables de gérer la croissance de la rémunération de leurs employés, ce qui les a amenés à se rabattre vers les contribuables.

« Plutôt que d’être proactives dans leurs négociations, plusieurs administrations se sont retrouvées devant une impasse budgétaire lorsque les fonds de retraite de leurs employés ont été affectés par la crise financière de 2008. Il aura donc fallu que le gouvernement intervienne pour baliser les négociations, et ainsi freiner la croissance de la rémunération. «

Robert Gagné rappelle que, face à la COVID-19, ce sont ces mêmes municipalités qui ont récemment demandé au gouvernement de modifier la Loi de manière à ce qu’elles puissent présenter des budgets déficitaires. Mais comme le gouvernement n’a pas cédé, certaines d’entre elles envisagent déjà de sabrer dans les services à la population, ou alors de relever les niveaux de taxation. 

« Dans un contexte où c’est précisément cette stratégie qui a fait de la rémunération un enjeu pour le secteur municipal, il serait donc avisé de profiter de la situation actuelle pour réaligner les priorités budgétaires des municipalités, et ainsi éviter que les citoyens soient à nouveau sollicités pour financer l’inaction de leur administration locale », conclut Robert Gagné.

À la Ville de Sherbrooke, le directeur général Daniel Picard, a indiqué ne pas être en mesure de commenter cette étude.