Un rapport de Raymond Chabot Grant Thornton rapporte que le tourisme a généré 2,4 M de visites-personne en 2016.
Un rapport de Raymond Chabot Grant Thornton rapporte que le tourisme a généré 2,4 M de visites-personne en 2016.

Sherbrooke pourrait perdre des parts de marché en tourisme

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Le conseil d’administration de Destination Sherbrooke a réagi une nouvelle fois aux coupes annoncées de 1 M$ dans le tourisme sherbrookois, lundi soir, en rendant publique une analyse de l’impact économique du tourisme à Sherbrooke. Datant de mai 2019, le document préparé par Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) démontre que le tourisme sherbrookois est performant, mais que « la baisse des investissements pourrait présenter des risques de perte de marchés dans les prochaines années ».

Dans un communiqué, le C.A. explique rendre publique cette étude parce que plusieurs de ses questions demeurent sans réponse par rapport aux coupes annoncées jeudi dernier. Le budget 2020 de Destination Sherbrooke passera de 2,7 M$ à 1,7 M$. 

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« Le C.A. demande officiellement que soient rendus publics l’ensemble des documents, présentations et rapports produits par les consultants externes mandatés par le comité de développement économique sur lesquels le comité s’est basé pour prendre ses décisions. Aussi, le C.A. demande à la Ville de Sherbrooke de dévoiler les budgets reliés à l’octroi de ces mandats », lit-on dans le document.

La présidente de Destination Sherbrooke, Sylvie L. Bergeron, se demande si les élus ont eu accès au rapport de RCGT et s’ils sont allés jusqu’au bout de ses conclusions avant de prendre leur décision. « À notre avis, l’étude n’a pas été rendue publique assez rapidement. Le mandat n’est pas clair. Le rapport est positif et nous dit qu’on fait du bon travail. Qu’est-ce qui nous empêchait de le diffuser? On pense que la décision n’a pas été prise en se basant sur la réalité. »

2,4 M de visites

Le rapport de RCGT relève que Sherbrooke a généré 2 481 000 visites-personne en 2016, soit 25 % du tourisme dans les Cantons-de-l’Est. Les dépenses générées sont de l’ordre de 209 964 000 $, principalement en aliments et boissons, en vêtements et dans les véhicules privés ou de location. Le but principal d’un séjour à Sherbrooke est la visite de parents ou d’amis, alors que les vacances et les loisirs ne représentent que 19 % des visites, contre 3 % pour les conférences, congrès et autres activités liées au travail. 

Parmi les autres données, le tourisme d’agrément permet d’attirer 530 000 personnes annuellement, dont 370 000 pour des événements comme la Fête du lac des Nations et le Festival des traditions du monde. Le tourisme sportif attire entre 27 000 et 35 000 visiteurs, contre 10 000 à 12 000 personnes pour les congrès. 

En 2016, 6,6 % des visites-personne provenaient de l’extérieur du pays. 

On relève par ailleurs que le budget de fonctionnement de Destination Sherbrooke était de 4,8 M$ en 2018, dont 2,8 M$ provenaient de la Ville de Sherbrooke. Ce budget de fonctionnement a baissé de 1 M$, comme la contribution de la Ville, entre 2010 et 2018. 

La masse salariale représente 55 % des dépenses de Destination Sherbrooke (2,6 M$) alors que 928 000 $ sont investis en publicité. 

Les dépenses en immobilisations de la Ville de Sherbrooke, dans le domaine du tourisme, sont quant à elles en baisse. Après un sommet à 3,9 M$ en 2003, elles sont tombées à néant en 2019. 

On relève enfin que la performance touristique à Sherbrooke se compare à celle de Trois-Rivières, une ville de taille semblable, pour les années 2011 à 2016. L’amphithéâtre Cogeco a été inauguré en 2015. 

Le pouls des entreprises

Dans une enquête menée auprès des entreprises sherbrookoises, RCGT relève que 83 % des 225 répondants estiment que le tourisme est un secteur d’activités important, mais que seulement 71,5 % d’entre eux considèrent la destination attrayante. Un peu plus de la moitié (53 %) de ces entreprises considèrent l’offre touristique insuffisante. Leur priorité serait le développement de l’offre et de la promotion.

Dans les conclusions du rapport, outre la possibilité de perdre des marchés, RCGT rapporte que les investissements publics municipaux ont diminué de façon importante en 2018 et en 2019. La firme ajoute qu’un « renforcement de l’attractivité de la destination bénéficierait à la population et aux entreprises de manière globale ». 

RCGT écrit que « les entreprises considèrent que la destination pourrait bénéficier d’une meilleure attractivité auprès des visiteurs », et que « le développement d’un produit d’appel majeur propre à la destination aurait un impact sur la rétention des visiteurs ». 

Enfin, Sylvie L. Bergeron rappelle que le C.A. de Destination Sherbrooke a demandé une rencontre avec le comité politique responsable du développement économique à la Ville de Sherbrooke. « Ce n’est pas le temps de couper alors qu’il faut avoir les moyens de se relever. »

Mme Bergeron rappelle que le nombre d’employés à Destination Sherbrooke est plus grand que dans les organismes semblables dans les autres villes, mais qu’elle recourt moins à la sous-traitance. Cette façon de faire génère-t-elle des économies? « Nous pourrions le démontrer », indique-t-elle. 

Quelques chiffres

Budget de fonctionnement de Destination Sherbrooke (2018) : 4,8 M$

Contribution de la Ville à Destination Sherbrooke (2018) : 2,8 M$

Contribution de la Ville à Destination Sherbrooke (2020) : 1,7 M$

Nombre de visites-personne générées par le tourisme (2016) : 2,4 M

Dépenses liées au tourisme (2016) : 209,9 M$

Part du marché québécois pour le tourisme sportif et le tourisme d’affaires à Sherbrooke : 6,4 %