De nombreux commerces offraient des bouteilles d’eau à leur client en fin de semaine à Sherbrooke.

Sherbrooke lève l'avis d’ébullition d’eau

La Ville de Sherbrooke a finalement levé tard dimanche soir l’avis d’ébullition d’eau en vigueur depuis vendredi après-midi sur tout son territoire.

« La Ville de Sherbrooke informe la population que les dernières analyses de l’eau de Sherbrooke n’indiquent pas la présence de la bactérie E.Coli dans ses réserves d’eau potable et dans son réseau de distribution. Par conséquent, avec l’autorisation du ministère de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MELCC), la ville de Sherbrooke a levé l’avis d’ébullition de l’eau potable sur l’ensemble de son territoire. Il n’est donc plus nécessaire de faire bouillir l’eau avant de la consommer », pouvait-on lire dans un communiqué envoyé peu avant 23 h.

L’absence d’eau potable pendant plus de 48 h a eu des impacts importants partout sur le territoire pendant la fin de semaine. Les restaurants, les hôpitaux et les commerces ont dû s’adapter, mais s’en sont généralement très bien sortis.

Le CIUSSS n’a noté aucune augmentation de l’achalandage des urgences sur son territoire.

« À 21 h vendredi tous les affichages étaient faits sur les robinets, indique Marie-France Thibeault, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. On s’est fait une route de ravitaillement. Les personnes attitrées passaient pour apporter de l’eau. C’est évident que la situation a engendré des coûts, mais on ne peut pas les chiffrer pour l’instant. »

Une rencontre avec les ressources humaines est prévue dans les prochains jours pour faire le point sur le week-end vécu par les équipes.

De leur côté, les restaurateurs ont dû faire preuve de créativité, mais les activités ne semblent pas avoir été perturbées.

« On a été chanceux, on venait de se faire une grosse commande de bouteilles d’eau, souligne Anne-Marie Hinse du Bistro Belvédère. On a du jeté notre glace par exemple. Ç’a créé quelques problèmes, mais on est capable de prendre des précautions très facilement. »

« Ç’a causé des inconvénients, mais on avait prévu le coup, admet Geneviève Poirier, gérante chez Eggfruits sur la King Est. On donnait des bouteilles d’eau aux clients et on faisait bouillir de gros chaudrons d’eau en cuisine. »

Même son de cloche au Mikes dans l’est de la ville où on avait acheté plusieurs cruches d’eau pour pouvoir servir les clients.

Quelques commerces n’offraient toutefois pas tous leurs produits comme de grands cafés qui nécessitent beaucoup d’eau à préparer.

Dès vendredi soir, les commerces sherbrookois avaient été pris d’assaut par les citoyens qui voulaient faire des réserves de bouteilles d’eau. Plusieurs étaient même en rupture de stock.

Dès vendredi soir, les commerces de Sherbrooke ont été pris d’assaut par les citoyens pour se faire une réserve de bouteilles d’eau.

Tests normaux

L’avis d’ébullition est demeuré en vigueur sur tout le territoire de la ville pendant la fin de semaine par mesure de précaution. Dans un point de presse organisé samedi, les autorités ont annoncé que les résultats des tests effectués après l’annonce de la possible contamination à la bactérie E. Coli dans l’eau potable de Sherbrooke étaient revenus négatifs. L’avis d’ébullition devait toutefois demeurer en vigueur au minimum 48 h.

« Des analyses ne révèlent pas la présence d’E. coli dans nos réserves présentement », affirmait Jean-Pierre Fortier, chef de la division de la gestion des eaux et de la construction à la Ville de Sherbrooke lors du point de presse réunissant également le maire et le coordonnateur des mesures d’urgence Stéphane Simoneau.

« Ceci étant dit, nous devons maintenir l’avis d’ébullition pour une période minimale de 48 h, et ce, jusqu’à ce que le ministère de l’Environnement nous autorise à le lever. Mais nous sommes encouragés par les résultats que nous observons », poursuivait M. Fortier.

Rappelons que pour la première fois depuis 1972, les Sherbrookois étaient privés de leur eau potable. Pas moins de 150 000 citoyens de l’ensemble du territoire ont dû faire bouillir l’eau du robinet avant de la consommer.

C’est lors d’un contrôle quotidien de la qualité de l’eau à la station de traitement J.-M.-Jeanson que la possible contamination de la bactérie E. coli a été décelée.

Rapidement, la Ville a pensé à une erreur d’échantillonnage.

« Le résultat du test était tel que nous étions dans l’impossibilité de dénombrer le nombre de bactéries E. coli, ce qui nous faisait douter de la véracité de cet échantillon. Cependant comme les E. coli étaient détectés nous étions dans l’obligation d’émettre un avis d’ébullition à la population », expliquait le chef de division.

On ignore toujours comment l’erreur d’échantillonnage a pu survenir.

« Ça va être difficile d’identifier exactement comment l’échantillon a pu être contaminé », révélait M. Fortier.

« Nous allons revoir la procédure d’échantillonnage de prélèvements. Chaque fois qu’un prélèvement est fait, nos techniciens portent des gants à usage unique et en plus ils désinfectent le robinet sur lequel est pris l’échantillon à l’aide d’eau de javel. C’est la méthode usuelle reconnue pour la prise d’échantillons. Est-ce que la bouteille était déjà contaminée? Est-ce que le disque pétri était déjà contaminé? Ça va être difficile pour nous de le déterminer. Nous allons tenter autant que possible de réduire les hypothèses », poursuivait-il.

« La santé n’a pas de coût »

Questionné sur les coûts engendrés par les mesures d’urgence mises en place depuis vendredi après-midi autant à la Ville que dans les commerces et les institutions — l’Université de Sherbrooke tenait d’ailleurs sa collation des grades samedi avec 12 000 personnes invitées et a dû se tourner vers l’eau embouteillée —, le maire de Sherbrooke s’est dit incapable samedi de donner une estimation, mais a souligné que la santé « n’a pas de coût ».

« On ne peut pas prendre de chance dans des situations comme ça », commentait M. Lussier, en confirmant qu’un rapport sera demandé aux services de la Ville dans les prochaines semaines.

Le maire de Sherbrooke a profité du point de presse pour rappeler à la population l’importance de s’inscrire aux alertes de la Ville diffusées sur les cellulaires et de se prémunir d’une trousse 72 h en cas d’urgence.

Rappelons que la source d’approvisionnement en eau de Sherbrooke est le lac Memphrémagog. Une fois captée, l’eau est ensuite acheminée jusqu’à la station de traitement de l’eau potable J.-M.-Jeanson, située près de l’Université de Sherbrooke. Une conduite de vingt-sept kilomètres relie le lac à la station de traitement. Au total, plus de 150 000 personnes, soit plus de 90 % de la population de Sherbrooke, consomment l’eau traitée par la station J.-M.-Jeanson.  Avec Chloé Cotnoir

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Des communications à améliorer ?

 Les communications de la Ville de Sherbrooke quant à l’avis d’ébullition ont fait l’objet de critiques ce week-end. Des commerçants ont notamment déploré avoir vécu l’embarras d’apprendre la nouvelle pas le biais de clients, alors que des citoyens s’inquiétaient pour ceux qui n’ont pas accès à internet. 

Stéphane Simoneau, coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke, se faisait rassurant lors du point de presse tenu samedi. 

« Il faut savoir que dans une communication de masse, on va chercher les moyens les plus rapides pour rejoindre les gens, explique-t-il. C’est certain qu’il va toujours rester, peu importe la stratégie qu’on va prendre, des gens qui vont l’apprendre après. Ce qui est essentiel, comme dans le cas ici, c’est que dans le premier 24 h de la mise en place, tous soient avisés. Je pense qu’on peut affirmer que [c’est le cas] ici. 

La Ville a donc misé énormément sur le partage de l’avis sur les réseaux sociaux, mais elle bénéficie aussi d’une liste téléphonique de clientèles vulnérables dans le cas de situations semblables. 

« On est bien fiers de l’avoir, on est une des seules villes qui prépare et maintient à jour cette liste-là. C’est la première a avoir été contactée. On n’a qu’à penser aux gens qui sont sous dialyse et qui peuvent subir un effet plus grand de la contamination. Par la suite, nous avons contacté le réseau de la santé et les établissements d’enseignement. »  

Des améliorations restent à faire, note-t-il cependant. « Dans les premières minutes, notre automate d’appels n’a pas l’efficacité qu’on recherche. On est justement à changer la technologie et les données des gens. [... ] Il va toujours rester une partie de marge d’erreur qu’on ne peut pas rejoindre, mais nous, notre rôle, c’est de chercher à diminuer au maximum cette petite marge d’erreur. On y travaille fort. » Jasmine Rondeau