Quand le spectacle Starmania a lancé sa tournée, des publicités ciblées étaient achetées sur le web pour inviter les amateurs des régions visitées à assister à une expérience encore plus grandiose à Sherbrooke.

Sherbrooke a versé plus de 78 000 $ aux géants du web en 2018

La Ville de Sherbrooke investit des milliers de dollars en publicité au sein de Google et Facebook, principalement par l’entremise de Destination Sherbrooke. En 2018, les dépenses combinées auprès des deux géants du web dépassent 78 000 $.

Si le maire Steve Lussier confirme qu’il n’existe aucune politique d’achat « local » de publicité à la Ville, il affirme que le conseil municipal pourrait s’y pencher. Comme Lynn Blouin, directrice à la commercialisation et aux communications à Destination Sherbrooke, il explique les investissements majeurs en tourisme auprès de Facebook et Google par la mission de l’organisme paramunicipal.

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Selon les données obtenues par La Tribune, entre 2015 et 2019, la Ville a investi entre 2500 et 7000 $ par année chez Facebook, pour un total d’environ 20 000 $, alors que les achats chez Google sont presque toujours inexistants. À Destination Sherbrooke, on relève des investissements totaux en croissance année après année, sauf exception.

Les sommes dépensées chez Facebook sont passées de 2769 $ en 2014, à 15 643 $ en 2016 et à 44 820 $ en 2018. En ce qui concerne Google, on parle plutôt de 20 974 $ en 2014, 12 252 $ en 2016 et 26 727 $ en 2018.

À noter que le budget de publicité total de l’organisme voué à la promotion du tourisme varie selon les années entre 285 000 $ et 400 000 $ et que les médias traditionnels font aussi partie de la stratégie de communication de Destination Sherbrooke. Aux fins d’échantillonnage, sur quelque 350 000 $ en publicité en 2017, ce sont 56 261 $ qui ont été dépensés pour Facebook et Google ensemble. C’est moins que ce qui a été investi au Groupe TVA (60 674,06 $), un média dit traditionnel. 

Plusieurs autres médias, radio, télévision ou papier, ont touché leur part. Notons Radio-Canada (34 698,52 $), le Groupe Capitales Médias (8078,51 $), Énergie (8468,87 $), Cogeco (8080,33 $) et Estrie Plus (3622,39 $) parmi d’autres.

Les données obtenues par La Tribune n’attribuent aucune dépense à Sherbrooke Innopole auprès des géants du web, et 24 % de ses placements publicitaires dans La Tribune entre 2012 et 2017. Les radios régionales et certains magazines reçoivent aussi une part des investissements.

À Commerce Sherbrooke, on investit peu dans Facebook, sauf en 2016, où environ 9000 $ ont été consacrés au réseau social. La stratégie publicitaire semble y viser presque essentiellement les médias traditionnels.

Ciblage géographique

À l’heure de la commission parlementaire sur l’avenir des médias régionaux où les Google, Amazon, Facebook et Apple ont été montrés du doigt pour expliquer la baisse des revenus publicitaires, Lynn Blouin estime que la Ville a une obligation morale de contribuer à la vitalité de ses médias. « À Destination Sherbrooke, nous n’avons pas de volonté d’abandonner les médias traditionnels, au contraire. Seulement, il ne faut pas mettre tous nos œufs dans le même panier. La portée de chacun des médias est différente. Ce qui est bien avec Google et Facebook, c’est le ciblage géographique ou par intérêt. On peut parler à une tranche d’âge en fonction du produit à promouvoir. »

Mme Blouin cite aussi la facilité avec laquelle il est possible de mesurer l’impact d’une publicité en ligne en comptabilisant les visites sur le site web de son organisation. « Nous avons une sensibilité à conserver les autres médias, même si notre mission est de parler aux gens des autres villes. »

Par exemple, quand le spectacle Starmania a lancé sa tournée, des publicités ciblées étaient achetées pour inviter les amateurs des régions visitées à assister à une expérience encore plus grandiose à Sherbrooke.

Pour l’année 2018, la hausse des investissements dans Facebook s’explique par un déplacement d’autres publicités achetées en ligne en raison d’un changement de règlementation qui ne permettait plus un ciblage adéquat de la clientèle visée.

Steve Lussier affirme pour sa part avoir lui-même posé la question à savoir si une politique encadrant l’achat de publicité en ligne existait à la Ville de Sherbrooke. « Il n’y en a pas et je pense que Facebook et Google demeurent de bons véhicules. On pourrait peut-être moduler nos dépenses, mais pour le moment, il ne semble pas y avoir eu d’exagération. Si on se tient dans ces eaux-là, je n’ai pas de malaise. Ce qui est important, c’est de garder nos médias ici. »

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La Ville a diminué son soutien, dit Beaudin

Évelyne Beaudin revient à la charge pour dénoncer les investissements municipaux qu’elle juge insuffisants dans La Tribune. Sur sa page Facebook, elle publie un graphique accompagné de projections selon lesquelles le budget de publicité pour le quotidien local diminuerait de moitié en 2019. 

« Si on fait une projection en fonction des données au 28 août de cette année, on peut prévoir que les publicités [achetées par la Ville] dans La Tribune seront passées de 128 000 $ en 2018 à... 63 000 $ cette année, soit une baisse de 50 % », écrit-elle. Elle accuse par ailleurs le maire Steve Lussier de marteler les chiffres des investissements de 2018 alors que les avis publics étaient toujours publiés dans La Tribune.

« Mon objectif est de montrer que peu importe ce qu’on dit, le soutien de la Ville à La Tribune a diminué substantiellement dans la dernière année. Le conseil parle des sommes à récupérer des GAFA (NDLR Google, Amazon, Facebook et Apple), mais il pourrait se regarder le nombril et voir ce qu’il pourrait faire. Il est important que la Ville de Sherbrooke prenne acte de la situation et redéfinisse sa relation d’affaires avec La Tribune. »

Mme Beaudin ne croit pas pour autant qu’il faille délaisser les autres moyens de communication, comme Facebook et Google. « La municipalité doit rejoindre un maximum de personnes et doit utiliser tous les outils mis à sa disposition. »

Steve Lussier, qui siège parmi les leaders s’affairant à relancer le quotidien, se défend à nouveau de laisser tomber les médias régionaux. « Nous avons eu une présentation au comité exécutif pour voir comment nous allons communiquer à propos des grands travaux qui s’en viennent. Nous pourrions, à l’aide de publicités, parler de l’ampleur de travaux, illustrer les détours à emprunter ou, dans un autre domaine, faire valoir ce qu’on donne aux organismes communautaires. »

Le plan d’investissement en cette matière devrait être présenté aux élus lors du prochain conseil municipal, le 7 octobre. 

Évelyne Beaudin