Sherbrooke à nouveau touchée par la grève des postes

SHERBROOKE — Quelques heures avant l’adoption possible d’une loi spéciale à Ottawa, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) y est allé d’un dernier coup de force, vendredi, en déclenchant une grève dans une vingtaine de localités au pays, dont Sherbrooke.

Les grèves tournantes des employés de Postes Canada touchaient Ottawa, au moment où la Chambre des communes étudie un projet de loi qui pourrait les forcer à reprendre le travail. Les grèves frappent aussi de petites villes de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.

Sherbrooke était la seule ville québécoise touchée par ce débrayage. Il s’agit du deuxième depuis le début des grèves tournantes. Un premier arrêt de travail avait eu lieu le 25 octobre dernier.

Rappelons que la ministre du Travail, Patricia Hajdu, a déposé son projet de loi spéciale jeudi, au lendemain de la nomination d’un nouveau médiateur dans le but de régler le conflit entre Postes Canada et le STTP.

Sur la ligne de piquetage sur le boulevard Queen-Victoria à Sherbrooke, on se disait déçu de la décision du gouvernement de Justin Trudeau de procéder ainsi, alors que les parties sont proches d’une entente.

« En 2011, M. Trudeau avait voté contre une loi spéciale pareille, mais là il, nous a laissé tomber », lance Patrick Bleau, président de la section locale du syndicat.

« Les négociations avaient progressé dans les dernières semaines. On avait vu que la partie patronale avait ralenti ses derniers jours, en attendant probablement de voir ce qui allait se passer à Ottawa. Nous n’étions pas très loin d’un règlement à ce qu’on me dit. »

Les membres du STTP organisent des grèves tournantes depuis un mois en appui à leurs demandes contractuelles, ce qui a entraîné un arriéré de courrier et de colis non triés dans les dépôts postaux.

Loi spéciale

La loi spéciale pourrait être adoptée d’ici dimanche, mais le gouvernement fédéral espère toujours ne pas avoir à s’en servir.

Le STTP demande, entre autres, une réduction du nombre d’employés à temps partiel et de meilleures conditions de travail pour les facteurs en milieu rural qui se retrouvent fréquemment à faire des heures de travail non rémunérées en raison d’une surcharge de travail.

La convention collective actuelle est expirée depuis le 31 décembre 2017.

Postes Canada a prévenu qu’il faudra plusieurs semaines, voire jusqu’en 2019, pour dégager le courrier qui s’accumule, surtout dans de grands centres de distribution comme Toronto, Montréal et Vancouver.

Cette menace de loi spéciale survient alors qu’on peut prévoir une hausse de livraisons avec les ventes en ligne du Vendredi fou et du Cyber lundi. « Les dollars ont parlé peut-être… quitte à brimer notre droit de grève », intervient M. Bleau.

« Nous n’avons pas tenu de grève générale. Ça aurait pris la population en otage. »

Pour Jean-François Cloutier, les syndiqués ont été pris dans une spirale politique. « M. Trudeau veut montrer qu’il peut avoir la main forte sur le dossier », dit ce facteur.

« Malgré les grèves tournantes, le courrier et les colis arrivaient aux portes des gens après un jour ou deux quand même. Oui, le nombre de lettres diminue, mais le volume de ce qu’on transporte augmente avec les colis qui sont en croissance. Mais depuis les 11 ans que je fais ce métier, mes conditions de travail et salariales n’ont pas augmenté. »

Les lettres au père Noël

M. Cloutier tient à préciser que malgré les derniers développements dans ce conflit de travail, les enfants qui assisteront au défilé du père Noël dimanche à Sherbrooke sont invités à apporter leur lettre comme par les années antérieures.

« Le père Noël est au-dessus des lois spéciales! », assure l’un des organisateurs de cette joyeuse collecte.

« Il faut que les enfants apportent leur lettre. Nous allons encore les ramasser pour les remettre au père Noël, c’est assuré. » Avec La Presse canadienne