Le domaine Howard fait partie des sites patrimoniaux à Sherbrooke. La conseillère Annie Godbout suggère d’ailleurs de s’intéresser à l’avenir du site et à réfléchir à la possibilité de l’exploiter à des fins touristiques.
Le domaine Howard fait partie des sites patrimoniaux à Sherbrooke. La conseillère Annie Godbout suggère d’ailleurs de s’intéresser à l’avenir du site et à réfléchir à la possibilité de l’exploiter à des fins touristiques.

Seulement 29 % du plan d’action pour le patrimoine a été réalisé

La Ville de Sherbrooke n’est parvenue à réaliser que 29 % du plan d’action de sa Politique du patrimoine culturel, plan qui devait s’échelonner de 2015 à 2023. Pour parvenir à atteindre ses objectifs, elle repousse son échéancier jusqu’en 2027 et elle aura besoin d’investissements de 15,3 M$.

Le président du comité de la culture de la Ville de Sherbrooke, Paul Gingues, estime néanmoins que le plan d’action est un projet ambitieux, qu’il s’agit d’un document visionnaire qui impose un travail monastique à la Ville de Sherbrooke. « Quand nous aurons des possibilités de financement, je crois que la Ville de Sherbrooke sera prête à déposer des demandes. »

La politique en question comporte 192 actions spécifiques concernant à la fois le patrimoine immobilier, le patrimoine mobilier et le patrimoine immatériel. 

Yvan Gatien, chef de division au Service de la planification et de la gestion du territoire, admet que les ressources sont insuffisantes, ce qui explique le besoin de prolonger l’échéancier jusqu’en 2027. 

Le Devoir publiait justement en juin un article invoquant que malgré une enveloppe de 30 M$ du ministère de la Culture et des Communications pour remédier au manque de compétence des municipalités en matière de patrimoine, très peu d’embauches d’agents de développement avaient été réalisées dans les six derniers mois. À la Ville de Sherbrooke, on précise qu’une demande a été déposée au ministère, mais qu’aucune réponse ne nous est parvenue jusqu’à maintenant. 

L’urbaniste Suzanne Bergeron rapporte qu’en matière de patrimoine immobilier, un inventaire architectural et patrimonial des secteurs urbains est toujours en cours. « Ce serait le plus gros mandat d’inventaire architectural réalisé au Québec. Nous sommes en train d’inventorier 7000 bâtiments. » 

Elle cite aussi les fouilles archéologiques réalisées sur les sites Kruger 2 et Kruger 3 pendant six ans. « Nous y avons découvert deux sites exceptionnels pour le Québec et même pour le nord-est des États-Unis. »

Des circuits patrimoniaux sont en cours d’élaboration pour les secteurs de Lennoxville et de Brompton alors que la Ville travaille pour permettra la citation du Théâtre Granada.

Nathalie Fortin, agente professionnelle de développement de la collection d’œuvres d’art, indique qu’en matière de patrimoine mobilier, un préinventaire a été réalisé pour permettre d’enligner un éventuel inventaire. Le patrimoine mobilier fait entre autres référence aux œuvres d’art, aux photos et aux meubles.

Inventaire du patrimoine immatériel

En ce qui concerne le patrimoine immatériel, un inventaire a été réalisé avec un ethnologue.

Suzanne Fortin insiste sur la nécessité de terminer les inventaires et souhaite que quatre bâtiments obtiennent une citation chaque année. « Pour protéger, il faut d’abord connaître ce que nous avons. La deuxième phase de notre inventaire immobilier s’intéressera aux secteurs ruraux. Nous visons aussi divers sites archéologiques qui ont déjà été inventoriés dans les années 1970 et 1980, mais pas avec les connaissances que nous avons aujourd’hui. »

Un site web avec une carte interactive et un glossaire est prévu pour permettre de situer le patrimoine immobilier. La Ville cherchera aussi à obtenir une citation pour ses sites archéologiques Kruger 2 et Kruger 3. 

Nathalie Fortin souligne qu’il faudra prendre des moyens de conservation préventive du patrimoine mobilier, entre autres en constituant une réserve d’œuvres d’art. « Nos acquisitions sont un peu limitées. » Elle suggère aussi un appel à tous pour bonifier la connaissance du patrimoine immatériel. 

En termes d’investissements, Yvan Gatien affirme qu’il faut prévoir 14,6 M$ en immobilier, 585 400 $ en mobilier et 151 000 $ pour l’immatériel d’ici 2027. « Nous sommes prêts pour aller chercher le maximum d’aide du gouvernement. Notre objectif est d’aller chercher avec les investissements municipaux, du privé et du gouvernement, selon le scénario le plus optimiste, 42,7 M$ pour la période couvrant 2020 à 2027. On sait pertinemment que pour chaque dollar investi par la Ville, le privé met 1,3 $ et que le gouvernement pourrait mettre 0,83 $. »

M. Gatien ajoute que Sherbrooke est « une des rares villes à avoir un plan d’action aussi détaillé ». 

Le conseiller Claude Charron a voulu savoir si certains éléments du patrimoine étaient à risque au cours des prochaines années. 

Suzanne Bergeron mentionne notamment qu’il serait intéressant que la prison Winter soit citée par la Ville, ce qui permettrait au gouvernement du Québec de la classer aussi. « Nous ne croyons pas qu’elle sera démolie demain matin parce que le comité de sauvegarde en prend soin. Nous avons certains bâtiments à l’œil. Si leur valeur est exceptionnelle ou bonne, on peut dire qu’ils ne peuvent pas être démolis parce qu’ils présentent un intérêt supérieur. »

Mme Bergeron indique que le règlement de démolition de la Ville devrait être modifié cette année pour assurer une meilleure protection des bâtiments présentant un intérêt supérieur. 

Annie Godbout estime que l’offre touristique sherbrookoise pourrait s’inspirer des travaux réalisés en matière de patrimoine. Elle souhaite que les élus se positionnement rapidement sur l’avenir du Domaine Howard, puisque les organismes qui occupent ces bâtiments déménageront dans l’Espace Centro de la rue Wellington Sud. « Il faut décider si nous nous en servirons pour des fins touristiques ou pour y faire travailler des fonctionnaires. »

Marc Denault, pour sa part, souligne que c’est la valeur patrimoniale qui dictera le nécessité de rénover certains bâtiments comme celui des Sherbrooke Hussars, sur la rue William, pour lesquels des investissements majeurs seraient nécessaires.

Chantal L’Espérance estime qu’il est un peu triste que toutes les ressources n’aient pas été mises à l’interne. « Ça reste à dire qu’on a besoin de soutien du gouvernement québécois. Le patrimoine est dans nos villes, mais les villes sont dans nos provinces. C’est aussi leur patrimoine. Il ne faut pas détacher ça. Ça nous donne la légitimité de demander des ressources pour sauvegarder ce patrimoine qui est important pour notre histoire. »