Des dizaines de personnes se sont rassemblées dimanche devant le bureau du ministre Luc Fortin.

Services de garde : Fortin prêt à revoir les ratios

La baisse de ratio redoutée par les propriétaires de services de garde privés en milieu familial, prévue dans le projet de loi 143, pourrait bien être laissée de côté par le gouvernement.

C’est du moins ce qu’a laissé entendre le nouveau ministre de la Famille Luc Fortin dimanche après la manifestation qui s’est déroulée devant son bureau. Les éducatrices présentes ont souligné que si le ratio passait de 6 enfants par adulte (excluant les enfants de la propriétaire) à 4 enfants par adulte (incluant ses propres enfants), les services de garde privés perdraient tout espoir de rentabilité et devraient fermer leurs portes.

« J’entends déposer un amendement qui va toucher de manière très spécifique cette question-là, et je leur ai dit également que ce serait en échange d’autres obligations à leur égard », a annoncé M. Fortin après avoir discuté avec la représentante des manifestantes, Audrey Blouin.

Le ministre a répété qu’il était ferme sur les objectifs du projet de loi, soit assurer la sécurité et la réussite éducative des enfants, mais souple sur la forme. Il a d’ailleurs assuré que le but du gouvernement n’était pas de faire fermer ces services de garde. « Je pense d’abord et avant tout aux parents dont les enfants vont dans ces services de garde là et y sont heureux. On ne veut pas déstabiliser ces enfants-là, on ne veut pas non plus causer de pépins à ces parents qui devront trouver une option. Dans ce sens-là, l’amendement que je vais déposer au projet de loi va faire en sorte que, justement, on ne puisse pas utiliser cet argument pour fermer un service de garde. Alors, s’il y a un service de garde qui ferme à la suite de ça, ce ne sera pas à cause du projet de loi 143, ça je peux vous le dire. »

Luc Fortin aimerait déposer les amendements au cours des prochaines semaines, pour tenter de faire adopter le projet de loi avant les Fêtes.

Rencontre positive

« Je crois que la rencontre a été très positive. Le ministre Fortin nous a bien écoutées, il est ouvert à discuter avec nous et je crois que la rencontre s’est bien passée et qu’il ne va en sortir que du positif pour tous les milieux familiaux », a déclaré Audrey Blouin, responsable d’un service de garde, qui s’est entretenue avec M. Fortin en marge de la manifestation.

Comme plusieurs de ses collègues, Mme Blouin a mentionné être d’accord avec la majorité du projet de loi, mis à part bien sûr l’épineuse question des ratios. « Du côté des bases du projet de loi, notamment concernant la question de la sécurité, on est absolument d’accord. On en a discuté avec le ministre : on accepte de donner nos absences et empêchements, on accepte d’avoir une assurance responsabilité, on accepte d’avoir un cours de RCR à jour... »

Quelques dizaines de personnes s’étaient réunies devant le bureau du ministre sur la rue King Ouest à Sherbrooke dimanche midi. Un rassemblement de plus grande ampleur avait également lieu à Québec devant l’Assemblée nationale.

L'envers de l'accréditation

Les manifestantes réunies dimanche étaient pour la plupart des propriétaires de services de garde privés non reconnus par le bureau coordonnateur de leur territoire. Pour elles, pas question de se faire accréditer : elles tiennent à leur indépendance.
« C’est un choix personnel. Par exemple, mon conjoint, qui est charpentier-menuisier, a construit chez nous un module de jeu pour les enfants de la garderie. Si je me faisais accréditer, on viendrait probablement me dire d’enlever le module parce qu’il ne correspondrait pas à des normes bien précises, alors qu’il est parfaitement sécuritaire », illustre Kathleen Nadeau.

Hélène Paquette partage son point de vue : le logement dans lequel elle accueille les enfants ne lui appartient pas, elle est locataire. Si elle faisait le processus d’accréditation, elle craint qu’elle se fasse demander par exemple de clôturer son terrain, chose qu’elle ne peut pas faire sans l’aval du propriétaire de l’immeuble où elle vit. « Et de toute façon, je préfère apprendre les consignes de sécurité aux enfants que de poser une clôture... Il y a aussi toute la paperasse à fournir constamment quand on est accrédités; ça devient très lourd. »

La question syndicale touche également certaines éducatrices, qui ne souhaitent pas appartenir à un tel regroupement et tiennent à demeurer les seules administratrices de leur service de garde.

Le problème des ratios

Dans le projet de loi 143, c’est vraiment la question des ratios qui pose problème, affirmaient dimanche les manifestantes. En effet, si celui-ci passe de 6 enfants par éducatrice (excluant les siens) à 4 (incluant les siens), il serait impossible pour plusieurs d’entre elles de poursuivre leurs activités, question de rentabilité. « Ça va faire fermer des milieux », résumait tout simplement Karine Scalabrini.

« J’ai 6 enfants actuellement à mon service de garde... auquel je dirais de partir? » soulevait comme question Sophie Dallaire.

Une inquiétude que partagent les parents d’enfants qui fréquentent ces services de garde. « Notre éducatrice est devenue la deuxième maman de mes enfants. C’est une personne de confiance, et moi je préfère que mes enfants se fassent garder en milieu familial. Ça va super bien actuellement, mais s’il y a le changement de ratio, le service de garde va fermer, et je ne veux tellement pas que ça arrive! » donnait en exemple Valérie Jacques, dont le garçon fréquente le même service de garde depuis 4 ans. « Et mon bébé de cinq mois va aller là lorsqu’il en aura l’âge », espère-t-elle.