Les élèves du Mont Notre-Dame Alice Lemieux, Juliette Thibodeau et Aude Poirier ont rencontré la ministre responsable de l'Accès à l'information et de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, et l'animateur de VRAK Nicolas Ouellet, dans le cadre de la tournée « Ce que tu publies, penses-y! ».

Sensibilisation au sextage : «Ce que tu publies, penses-y »

Plus de 25 % des gens qui reçoivent des photos vont les partager : à l'heure où le sextage devient de plus en plus préoccupant, la ministre responsable de l'Accès à l'information et de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, a mis en garde les élèves du Collège Mont Notre-Dame, jeudi, sur ce qu'elles publient et partagent. Dans le cadre de la tournée « Ce que tu publies, penses-y! », la ministre a sensibilisé les adolescentes aux traces qu'elles laissent sur le web et les réseaux sociaux.
« Une relation qui est très bien un jour peut devenir très mauvaise un autre jour », a fait valoir la ministre.
La députée de Bourassa-Sauvé et l'animateur de VRAK Nicolas Ouellet ont passé environ une heure en présence des élèves de quatrième et cinquième secondaire.
Au cours des dernières semaines, La Presse+ a rapporté l'histoire d'une jeune fille de 13 ans qui a fait une tentative de suicide après que son ami l'eut menacé de faire circuler une photo intime d'elle. Des joueurs de football d'une école secondaire de l'Est de la province font aussi face à des accusations après avoir échangé des photos de victimes mineures.
Nicolas Ouellet a abordé la question du sextage (le partage de photos intimes) en avertissant qu'il s'agissait du seul moment de la conférence où il serait moralisateur.
« Envoyer, à votre âge, une photo de vous dans une position compromettante, dans ce qu'on appelle un nude, c'est illégal et criminel. Recevoir et la montrer à quelqu'un d'autre, c'est illégal et criminel. Il y a des jeunes qui ont été arrêtés parce qu'ils ont envoyé, reçu et partagé ce genre de photos. »
« Je dirais que (le sextage) c'est un phénomène assez nouveau que les élèves n'abordent pas tant que ça. En secondaire quatre-cinq, parfois... On a à développer beaucoup le jugement critique, les amener à prendre conscience de l'impact qu'une publication peut avoir », commente Isabelle Côté, psychoéducatrice au Collège.
« Parfois je dis : publieriez-vous telle vidéo ou telle image dans la grande salle auprès de 500 élèves? D'emblée, elles disent : bien voyons donc! Mais je leur dis que c'est ce qu'elles font lorsqu'elles publient de l'information sur Facebook... Il faut prendre conscience que l'information ne t'appartient plus à partir du moment où elle est sur les réseaux sociaux. »
L'école doit parfois gérer les suites de ce qui s'est dit sur les réseaux sociaux : des conflits peuvent émerger.
« Il y a eu un événement qui s'est passé dans une autre école à Sherbrooke. Un gars a envoyé une photo (intime) de lui, la fille l'a partagée à plusieurs amis. Ça a fait le tour des écoles à Sherbrooke. Le gars, sa réputation est endommagée par ça », raconte Leila Atalla, une élève avec qui La Tribune s'est entretenue.
Au terme de la conférence, elle et ses camarades soulignaient que la séance d'information leur avait fait penser à certains aspects auxquels elles n'avaient pas nécessairement pensé, comme nettoyer l'historique après avoir utilisé un ordinateur public.
« J'ai aimé ça. Ça devient une réalité. Ça va venir toucher une génération » , lance Yasmine Zaki.
Lorsque l'animateur leur a demandé quelle application elles utilisaient, les filles ont majoritairement répondu Snapchat.
La ministre a toutefois rappelé que même s'il comporte des risques, le web offre aussi « un très grand potentiel ».
La tournée se termine ces jours-ci, et Rita de Santis estime qu'environ 10 000 élèves auront été rencontrés.
Le téléphone, le troisième poumon
Les jeunes sont de plus en plus confrontés au stress numérique, estime Isabelle Côté, psychoéducatrice du Collège Mont Notre-Dame. Depuis quelques années, elle doit de plus en plus intervenir sur les questions liées à l'usage des téléphones intelligents et des médias sociaux, comme le sommeil et la question de l'estime de soi.
Certaines élèves vont carrément dormir avec leur téléphone sous l'oreiller. Avec l'envoi de notifications et la réponse aux textos, le sommeil peut s'en trouver perturbé.
« Je dois travailler au niveau de la qualité du sommeil chez les jeunes, en prévention : le téléphone doit rester à l'extérieur de la chambre. Ça a un impact énorme au niveau du sommeil et ça engendre de l'anxiété chez certaines élèves (...)
Lorsqu'on aborde cette question avec quelques élèves, Annabel Sylvain Ruel lance en riant : « Je dors presque en cuillère avec lui! » Elle raconte qu'un voyage au Nicaragua, où elle ne pouvait avoir son téléphone, lui a fait réaliser à quel point elle pouvait vivre le moment présent sans lui. « Dans la vie en général, on ne vit pas le moment présent. »
Juliette Hall anticipe les moments où elle n'aura pas accès au wi-fi lors d'une expédition cet été. « Je m'en vais 23 jours. Je me prépare mentalement. C'est bizarre de faire des choses et de ne pas le dire. »
Autre préoccupation : la gestion du stress par rapport à l'image, énumère Isabelle Côté. « Quand une élève publie une photo, ce n'est pas rare que l'une aille dire qu'elle attend et si elle n'a pas atteint un nombre de j'aime qu'elle croit suffisant, elle va enlever la photo. Tout le rapport à l'image, le rapport à soi, à l'autre, va énormément passer dans les réseaux sociaux et ça devient dangereux. On ne peut pas s'attribuer une valeur personnelle en fonction des commentaires sur un profil. Il y a quelque chose d'inquiétant à cet égard-là. »
La ministre Rita de Santis a fait part de ses préoccupations par rapport au sextage, une préoccupation qui lui a été partagée par plusieurs directions d'école. « On doit toujours être attentif, porter attention à cette situation, aiguiller les filles pour ne pas trop s'exposer, note le directeur général du Collège, Éric Faucher. C'est à propos d'avoir une conférence comme celle-là. » L'établissement privé compte quelque 455 élèves.
Celles-ci ont droit à leur téléphone intelligent uniquement à certains moments de la journée. La surveillance n'est pas facile pour les parents, admet la psychoéducatrice, en rappelant que l'on n'est plus à l'époque où l'on comptait un seul ordinateur familial. « On est avec des étudiantes qui ont leur téléphone cellulaire en permanence avec elles. De plus en plus, les élèves ont quasiment toutes un téléphone. Le téléphone devient le meilleur ami, le troisième poumon. »