Johanne, Johanne, Colette, Jeanne-D’Arc, Diane, Diane, Guy, Micheline, Audette, Paulette, Sylvie et Normand font partie du club de course de Sercovie, un groupe créé il y a sept ans pour permettre aux aînés de s’initier à la course afin de participer au demi-marathon de Sherbrooke.

Sel, poivre et espadrilles

Il n’y a pas que la jeunesse pour fouler l’asphalte des pistes cyclables, la terre battue des sentiers forestiers ou — pourquoi pas — les parcours de défis sportifs : plusieurs aînés s’y frottent également avec joie. C’est entre autres le cas des membres du club de course de Sercovie, un groupe créé il y a sept ans pour permettre aux aînés de s’initier à la course afin de participer au demi-marathon de Sherbrooke et qui rassemble désormais une quinzaine de têtes plus ou moins blanches pratiquant ce sport en toutes saisons.

« Au dernier demi-marathon, il y avait aussi des vieux qui ont couru avec leurs petits enfants! », souligne Gilles Lemay, l’un des coureurs du club, ajoutant du même souffle qu’il est très sensible à l’image des aînés. C’est d’ailleurs ce qui l’avait poussé à contacter La Tribune pour communiquer son mécontentement face à une partie de la couverture de l’événement. L’article visé comprenait une entrevue avec Joël St-Louis, le propriétaire de la boutique Le coureur qui se décrivait comme un « vieux de la vielle » ayant participé au premier demi-marathon de Sherbrooke dans les années 70, ainsi qu’une galerie incluant des photos de coureurs plus âgés. Toutefois, M. Lemay avait ressenti un malaise par rapport à la seconde partie du texte, qui se penchait sur les coureurs poussant des personnes handicapées ou âgées en Karthus. « Ça véhicule une mauvaise image des aînés », estime-t-il.

« Il y a une nouvelle façon de vieillir — dont avec le club de course! », affirme le coureur de 76 ans.

Pour lui, il n’y a aucun doute que l’activité physique est plus que profitable pour les aînés : « Je fais partie d’une génération qui n’a pas appris à bien prendre soin de son corps, mais j’ai découvert que l’activité physique régulière améliore la guérison des blessures et des maux! Il y a la croyance que ça va les aggraver, mais non, pas si on le fait avec discernement et qu’on écoute son corps. J’en étais le premier surpris, mais quand j’arrivais au club de course avec des douleurs, après l’échauffement, ça avait déjà diminué! Et le bien-être que je vis après l’entraînement, c’est tout un cadeau qu’on se donne! »

Ce témoignage a de quoi satisfaire Annick Beaulé, la kinésiologue et gestionnaire de projets à Sercovie qui a créé le club de course il y a sept ans et qui l’entraîne toujours depuis. « Je trouvais que c’était une belle activité à introduire justement pour défaire les mythes qui existent au niveau de la course à pied chez les personnes plus âgées. Moi, je suis une coureuse à la base et je voyais du potentiel chez les groupes que j’entraînais déjà à Sercovie. On a donc décidé de partir ce groupe-là et ça bien marché, les gens ont vraiment bien répondu à l’appel et ont embarqué dans le projet! », se réjouit-elle.

Mme Beaulé rappelle que l’organisme Sercovie a pour mandat la promotion d’un mode de vie sain auprès des 50 ans et plus, notamment au moyen de pratiques sportives variées. Pour elle, aucune activité n’est à proscrire avec l’âge, du moment que l’encadrement est adapté.

« Je trouve que des fois, les gens se mettent des limites alors qu’il ne devrait pas y en avoir! [Avec le club de course], on est allé progressivement, puis les gens se sont rendu compte que « crime, ce n’est pas parce que je suis rendu à 60 ans que je ne peux pas commencer à jogger! » Il y a maintenant des membres qui courent de façon quotidienne, qui ont intégré ça à leur mode de vie, et certains s’inscrivent à d’autres défis et ça fait boule de neige », constate la kinésiologue.

Jeanne-d’Arc Couture en est un bon exemple : elle participe au demi-marathon avec le club depuis le début, avec le parcours de 5 km les cinq premières fois, puis avec celui de 10 km depuis deux ans. À 68 ans, elle pratique désormais la course, la marche nordique et la randonnée en montagne, tout en se frottant aux défis Xtrail d’Orford et de Sutton ainsi que d’autres courses dans la région. « C’est devenu une passion, on embarque dans ça et on veut continuer! », explique Mme Couture.

Même son de cloche chez Guy Gagnon, 74 ans, qui n’avait jamais couru lorsqu’il a rejoint le club il y a sept ans. Il avoue même avoir d’abord été indifférent à la proposition d’Annick Beaulé, avant de se laisser conquérir par le sport. « On a commencé à s’entraîner et à développer du plaisir. Je tripe là-dessus, j’aime la gang et c’est le fun! Je vais courir au moins jusqu’à cent ans! », lance-t-il en riant.