Viande rouge : ce dont on n'a pas parlé

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Il semble de plus en plus difficile de trouver des conseils alimentaires précis et cohérents. Par exemple, une étude largement publicisée récemment affirmait que les gens n'ont pas besoin de réduire leur consommation de viande rouge et de viande transformée pour demeurer en bonne santé.

Les avis scientifiques se sont divisés, certains experts qualifiant l'étude d'évaluation « rigoureuse », d'autres la remettant en question. L'étude ne serait pas si indépendante.

Les sceptiques de la science de la nutrition pourraient citer de nombreux exemples similaires d'opinions contradictoires, par exemple sur les bienfaits ou les dangers des gras saturés ou des suppléments nutritionnels. De telles contradictions ne font que renforcer la méfiance du public à l'égard de la recherche en nutrition.

Les conseils fiables en matière d'alimentation sont importants. Le hic: ils s'appuient habituellement sur des recherches scientifiques menées auprès de grands groupes de populations. Mais leurs résultats peuvent masquer d'énormes variations du risque entre les individus au sein de ces populations.

La fin du «one size fits all»

Une étude qui ne différencie pas les personnes à risque élevé dans une population générale à faible risque peut produire une estimation faussée du risque global. Elle rassure également, à tort, les personnes à risque élevé que le leur est le même que celui de tous. Mais une politique nutritionnelle universelle n'a pas plus de sens que de calculer la pointure moyenne d'une population et de recommander que tout le monde porte cette pointure. Même les statisticiens conviennent que «la moyenne est une abstraction. La réalité est une variation».

Une simple campagne de santé publique est justifiée si la force de l'association entre cause et effet est élevée pour l'ensemble de la population, comme c'est le cas pour le tabagisme et le cancer du poumon. Mais la plupart des nutriments et des aliments n'ont qu'une faible association avec le risque lorsqu'ils sont évalués sur l'ensemble d'une population. Ce sont ceux qui font partie de sous-groupes à haut risque qui sont les plus concernés.

Par exemple, les personnes en surpoids ou obèses ont tendance à réagir différemment aux autres. Une alimentation riche en glucides augmente le risque de maladies coronariennes, mais elle est beaucoup moins préoccupante pour les personnes minces.

Les personnes en surpoids et obèses ont aussi souvent des taux d'insuline plus élevés dans le sang. C'est un signe d'insalubrité métabolique, ce qui augmente le risque de nombreuses maladies chroniques.

L'obésité est souvent considérée comme un facteur de risque de cancer colorectal. Pourtant, ce n'est pas l'obésité en soi qui augmente ce risque, mais le taux élevé d'insuline. Il n'y a aucun risque accru de cancer colorectal chez les personnes obèses qui conservent un taux d'insuline normal. Ainsi, des études qui ne mesurent que les associations entre l'obésité et ce cancer - sans tenir compte du degré de santé métabolique de ces personnes obèses - peuvent produire des estimations plus faibles du risque pour tout le monde, minimisant par inadvertance les dangers réels pour certains membres du groupe étudié.

Malheureusement, peu de gens connaissent leur taux d'insuline, bien qu'il soit au moins aussi important comme facteur de risque que l'indice de masse corporelle (IMC).

Un autre groupe dont le risque lié à l'alimentation peut être considérablement plus élevé que la moyenne est celui des personnes atteintes d'un précancer (en ayant, par exemple, des cellules anormales associées à un risque accru de développer un cancer). Ainsi, l'acide folique peut aider à protéger contre le cancer colorectal chez les personnes qui n'ont pas de telles cellules, mais peut au contraire provoquer de véritable cancer chez ceux qui en ont. Pourtant, peu de gens connaissent leur condition et supposent donc que leur risque est le même que celui des autres.

Le régime méditerranéen

La plupart des campagnes de santé publique ne tiennent pas compte de ces différences entre les individus, mais vous pouvez le faire, du moins dans une certaine mesure. Des programmes de nutrition personnalisés incluant un dépistage génétique sont désormais disponibles, bien que seuls quelques gènes soient suffisamment compris pour avoir une valeur réelle. Il peut être plus utile d'avoir une évaluation de base des risques pour la santé qui mesure les biomarqueurs comme le cholestérol, la glycémie, l'insuline et l'inflammation.

Une meilleure stratégie — appuyée par une quantité énorme de preuves — consiste à prendre le bon pari avec un régime alimentaire sain, tel que le méditerranéen. De nombreux nutriments interagissent dans ce régime et le résultat est moins susceptible d'être influencé par les variations entre les individus. Au lieu de vous joindre aux sceptiques de la nutrition qui se moquent des conseils contradictoires, il vaut mieux vous protéger en adoptant un régime alimentaire qui a fait ses preuves et qui a résisté à l'épreuve du temps.

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Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.

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