Trop de biologie ou juste assez?

BLOGUE / J'ai reçu d'un peu de tout à la suite de mon article récent, où je résumais les arguments d'un groupe de profs de biologie du cégep de Sainte-Foy, qui dénonçaient une proposition de réforme du programme collégial de sciences pures.

Pour rappel, cette réforme émane d'un groupe d'experts mandaté par le provincial pour lui proposer une marche à suivre, une nouvelle manière de répartir les heures (cours obligatoires et «au choix», nombre de cours à faire dans telle et telle discipline, etc.) dans ce programme. Les profs de bio dont je parle ici faisaient remarquer que si, dans cette proposition, les cours obligatoires de bio de reculent pas, dans l'ensemble ce comité suggère d'accroître beaucoup le nombre de cours obligatoires, au détriment des cours «au choix». Or comme une grande partie de l'offre de cours de biologie se trouve actuellement dans cette catégorie, cette réforme ferait potentiellement fondre de beaucoup le nombre de cours de bio offerts dans les cégeps.

Et j'ai reçu des courriels de pour, de contre, des «au milieu» et des «à côté». Il fallait sans doute s'y attendre : quand on veut réformer un programme comme celui des sciences de la nature, les deux années que durent une formation générale au cégep deviennent immanquablement une sorte de grande «tarte» dont il est impossible de grossir la pointe des uns sans en rapetisser celles des autres du même coup. La seule manière de satisfaire tout le monde serait de faire durer le cégep 4 ans, mais cela n'arrivera évidemment pas — soit, certains étudiants trouvent le moyen de le faire quand même, mais c'est une autre question. ;-)

Par-delà les luttes d'intérêts corporatistes, cependant, je crois qu'il y a de réels arguments derrière les positions de chacun. Je vous résume ici ceux qui m'ont semblé les meilleurs. Je ne dis pas qu'une position est meilleure que les autres, mais on pourra en discuter.

-  Pour plus de biologie. L'argument massue des profs de bio de Sainte-Foy — et il est repris dans une autre lettre ouverte que je viens de recevoir, d'enseignants du cégep de Limoilou, celle-là — est que plus de la moitié des étudiants en science de la nature se dirigent vers des programmes en sciences biologiques ou de la santé une fois à l'université. «Aurions-nous accepté, collectivement, que des étudiants se dirigeant vers [des disciplines comme le génie ou l’informatique] soient obligés de suivre 60 % de leurs heures de cours de sciences en chimie et en biologie et seulement 30 % de leurs heures de sciences en physique et mathématiques ?», ont écrit les enseignants de Ste-Foy dans une lettre ouverte.

Et il est vrai que, de ce point de vue, il apparaît logique (sinon carrément naturel) de laisser les étudiants se tailler des formations correspondant à leurs besoins, ou du moins d'ajouter de la bio dans les cours obligatoire — puisque laisser trop de place aux «cours au choix» entraîne une hétérogénéité dans la formation collégiale qui est dénoncée par les universités.

- En faveur de la réforme proposée. À cela, cependant, d'autres profs de cégep font valoir que si toutes les disciplines ont leur importance dans la formation d'un futur scientifique, certaines ont une portée plus générale que d'autres. Comme me l'écrivait François Gaudreau, enseignant en physique à Sherbrooke, «c’est étrange que les biologistes ne considèrent pas qu’un étudiant assis dans un cours de math ou de physique est en train de recevoir une formation préparatoire adéquate pour les sciences de la vie/santé. Pour eux, cela semble être un cours de pré-génie automatiquement. Les prérequis universitaires des divers programmes de sciences de la vie/santé sont bardés de physique et de maths, à la limite même plus que de biologie ou chimie. (...) Par contre l’inverse est beaucoup moins vrai : suivre une classe de bio n’est en général pas ou peu utile aux étudiants et étudiantes se destinant au génie. C’est tout de même nécessaire à leur culture, oui. La formation d’introduction en Sciences en général est et sera toujours déséquilibré en « faveur » des mathématiques et de la physique parce que c’est la structure même des sciences. (...) C’est l’ÉDIFICE DE LA SCIENCE: physique -> chimie  -> biologie. Et les maths (et à partir de cette révision l’informatique) s’infiltrent à tous les niveaux là-dedans.  Si on ne donne pas une base solide à cet édifice (physique et math), les étages supérieurs (chimie et biologie) risquent l’effondrement.»

Ça se défend ça aussi, je dois dire.

- Et les autres... Enfin, je me dois de souligner que tout ceci n'est pas qu'une affaire de biologistes et de physiciens. Après avoir lu mon texte, une prof de géologie dans un cégep de la région de Montréal a cru bon de souligner que «sa» discipline avait été complètement évincée de la formation collégiale avant d'y être réintroduite — mais avec une place minuscule. À l'heure actuelle, me dit-elle, la géologie n'est même pas offerte dans la moitié des cégeps du Québec.

Elle et d'autres de ses collègues font valoir qu'on veut que le programme de science de la nature ait une pensée particulière pour le développement durable, mais que cela peut difficilement se faire sans passer par les sciences de la Terre — que l'on pense simplement au climat, par exemple. En outre, dans une lettre ouverte envoyée aux médias mais qui n'a apparemment jamais été publiée, cette enseignante et des collègues faisaient valoir : «La géologie est la science intégratrice par excellence. Elle fait appel à la physique, la chimie, la biologie, les mathématiques et l’informatique. Elle mobilise puissamment les capacités de synthèse des étudiants. À ce titre, elle devrait être privilégiée dans tous les programmes de sciences de la nature pour permettre d’atteindre véritablement certains objectifs spécifiques énoncés dans le projet de refonte du programme : «Apprécier les interactions de l’humain avec son environnement», «Démontrer l’intégration de ses acquis en sciences de la nature», et «Consolider sa culture scientifique dans un domaine des sciences de la nature».»

Voilà qui se défend aussi. Encore une fois, je ne dis pas être convaincu par les uns plus que par les autres. Je les ai simplement énumérés ici pour donner un complément à mon texte sur les cours de biologie, et parce que je trouve qu'il y a de solides arguments derrière les positions de tout ce beau monde.

À votre avis ?

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