Toits verts: des normes anti-incendie trop sévères?

GATINEAU — Malgré une longue liste d’avantages environnementaux et économiques, les toits verts ne percent pas beaucoup au Québec. Du moins, pas autant qu’ils le pourraient, d’après Nataliia Gerzhova, qui travaille sur un doctorat au département des sciences du bois de l’Université Laval, car les normes de sécurité incendie seraient inutilement sévères chez nous.

«Dans d’autres pays, ces systèmes sont considérés comme résistants au feu à cause de la présence de végétaux et d’eau, mais au Québec, ils sont considérés comme un risque d’incendie supplémentaire. Par exemple, ici, il est interdit d’installer un toit vert sur un bâtiment combustible. Et c’est une des raisons pour lesquelles ces installations ne sont pas aussi bien développées que dans d'autres pays», a indiqué Mme Gerzhova lors d’une présentation au congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui se termine vendredi à l’Université du Québec en Outaouais.

Ce qui est bien dommage, car les toits verts, où l’on cultive des plantes, sont connus pour être isolants, pour réduire les îlots de chaleur urbains et retiennent les eaux de pluie.

Afin de voir si les craintes du Québec sont justifiées, la doctorante a d’abord comparé l’énergie qui se dégage lorsque l’on fait brûler une membrane de bitume avec retardateurs de flamme comme on en met couramment sur nos toits, avec la chaleur dégagée par la combustion des «substrats de croissance». Hormis pendant les premières 20 à 30 secondes, la membrane de bitume (que l’on peut installer sur des bâtiments combustibles, contrairement aux toits verts) a dégagé plusieurs fois plus d’énergie que les substrats, même secs, pendant les 15 minutes qu’a duré l’expérience.

Mme Gerzhova a également fait une simulation afin de voir comment la chaleur se transmet à travers un toit vert — ce qui est un des «dangers» que les normes québécoises veulent éviter. Les résultats montrent que même après être exposé à des températures de 750 °C pendant deux heures, un toit vert ne transmet presque pas de chaleur jusqu’à la structure, qui «reste pratiquement à température ambiante», dit Mme Gerzhova.

Dans l’ensemble, conclut-elle, ses travaux montrent «que le sol d’un toit vert contenant 20 % de [matière organique], même à l’état sec, présente un risque d’incendie relativement faible par rapport à une membrane en bitume modifié. [Sans compter que] l’humidité, qui est naturellement présente dans le sol, réduit considérablement le dégagement de chaleur pendant la combustion et [retarde] l’inflammation».