Le chemin Roxham, à la frontière entre le Québec et les États-Unis

Six mythes sur l’immigration

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L'immigration fait régulièrement la Une de l'actualité, au Québec et ailleurs. Les opinions divergent, la méfiance s’exprime et les jugements se multiplient quant à la capacité des immigrants à s’intégrer, à participer au marché du travail et même quant à leur nombre. Mais qu’en est-il réellement ? Le Détecteur de rumeurs déboulonne certains mythes.

La majorité des immigrants sont des réfugiés : faux

Dans un premier temps, il faut savoir que l’immigration a plusieurs visages. Au Québec, environ 60 % des immigrants proviennent de la catégorie économique, c’est-à-dire qu’ils sont sélectionnés par la province en raison de leurs compétences professionnelles et de leur capacité à contribuer à l’économie. De l’autre côté, il y a les immigrants admis par le gouvernement fédéral par le programme de regroupement des familles, qui représentent près de 25 %, ou comme réfugiés (incluant les demandeurs d’asile). Ces derniers sont souvent obligés d’entrer au Canada sans les documents de voyage nécessaires et sans autorisation. On parle alors d’entrée irrégulière. Bien qu’ils représentent environ 17 % des nouveaux arrivants, ce sont souvent eux qui attirent l’attention et la grogne, comme lors des arrivées du printemps 2017 au chemin Roxham, à la frontière du Québec et des États-Unis.

Source : ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. *Cette catégorie regroupe surtout des cas humanitaires, quelques dossiers de demandeurs non reconnus du statut de réfugié, de titulaires de permis ministériel et des cas d’intérêt public.

«Les immigrants nous envahissent» : faux

Pour toute l’année 2018, 51 118 immigrants ont donc été admis au Québec. C’est légèrement moins que l’année précédente. De ce nombre, seulement 8832 (17,3 %) étaient des réfugiés, souvent ciblés par ceux qui craignent «l’envahissement». Malgré ces arrivées, l’ensemble des personnes nées dans un autre pays ne représente que 13,7 % de la population du Québec, selon le plus récent recensement de Statistique Canada (2016).

Et une étude de l’Institut du Québec, publiée en septembre 2018, montre que le Québec n'accueille que 14,5 % des immigrants admis au Canada, alors qu’il représente 23,1 % de la population. Le document précise que sans l'apport de l'immigration, la population du Québec serait en décroissance dès 2034 en raison du vieillissement accéléré de la population et de son faible taux de fécondité.

Selon des projections effectuées pour Statistique Canada, la proportion d’immigrants continuera d’augmenter au cours des 25 prochaines années pour atteindre entre 24,5 % et 30 % de la population du Canada en 2036.

Mais la méfiance perdure. En juin 2019, 63 % des répondants à un sondage web mené par la firme Léger pour la Presse canadienne estimaient que le gouvernement devrait «prioriser de réduire le nombre d'immigrants qui entrent au Canada». Seulement 37 % croyaient au contraire que le gouvernement devrait l'augmenter, alors que les entreprises, pendant ce temps, disent avoir désespérément besoin de travailleurs. Selon Emploi-Québec, près du tiers des travailleurs devront être remplacés d'ici 2024.

«Les immigrants volent nos jobs» : faux

En 2017, le taux de chômage des immigrants âgés de 25 à 54 ans et arrivés au Québec depuis cinq ans et moins était de 15,8 %, comparativement à 4,5 % pour les Québécois nés ici. Leur principal obstacle à l’emploi : la reconnaissance des diplômes et de l’expérience de travail acquis à l’étranger.

Les immigrants qui sont au Québec depuis cinq ans ou plus s’en tirent mieux, avec un taux de chômage de 8,7 % en 2017, alors qu’il oscillait entre 10,6 % et 13,8 % de 2007 à 2015. Cela demeure toutefois supérieur à celui des gens nés au Québec. Plus révélateur, le taux d’emploi des 25 à 54 ans, c’est-à-dire la proportion des immigrants qui travaillent, a augmenté de plus de 7 % en dix ans pour atteindre 62,8 % en 2018, au Québec.

La pénurie de main-d’œuvre qui frappe le Québec et le Canada explique en grande partie que plus d’immigrants intègrent le marché du travail. Ils viennent occuper les postes que les employeurs peinent à combler. Huit organismes économiques québécois, dont le Conseil du patronat et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, ont même demandé au gouvernement de François Legault de ne pas diminuer le nombre d’immigrants économiques admis, afin de répondre au «besoin urgent de main-d’œuvre».

Les immigrants sont aussi plus nombreux à créer leur propre emploi. En 2010, Statistique Canada indiquait que 5,3 % des immigrants possédaient une entreprise privée neuf ans après leur arrivée en sol canadien, contre 4,8 % des personnes nées au Canada.

Les «illégaux» court-circuitent le processus d’immigration : faux

Au printemps 2017, le nombre de demandeurs d’asile entrant au Canada de manière irrégulière en provenance des États-Unis a explosé, suscitant de vives critiques. Toutefois, pendant l’année 2017, 59 % des demandeurs d’asile sont entrés au Canada de manière régulière. Parmi ceux qui sont entrés de manière irrégulière, 53 % finissent par être reconnus comme des réfugiés, et moins de 1 % ont des antécédents criminels.

Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas un crime de passer la frontière sans autorisation quand il s’agit de demander asile, note le bureau canadien du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Autre détail important : les demandes d’asile politique et les demandes d’immigration ne sont pas soumises au même processus. Les premières sont traitées d’abord par l’Agence des services frontaliers, puis par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, les secondes passent par le ministère de l’Immigration — il s’agit de deux voies étanches et séparées. Et il est à noter qu’une augmentation du nombre de réfugiés ne se traduit pas par une baisse du niveau d’immigration économique l’année suivante.

Le Québec se dirige vers l’islamisation : faux

Le ministère de l’Immigration du Québec ne compile pas les statistiques sur la religion des immigrants. En examinant les pays d’origine de ceux qui sont arrivés au Québec entre 2013 et 2017, on observe que les deux premiers pays de naissance des immigrants économiques — qui composent, rappelons-le, 60 % des immigrants au Québec — sont la France et la Chine. Parmi les réfugiés, seule la Syrie, qui compte une population majoritairement musulmane, se dégageait du lot (33 % des réfugiés) suivie loin derrière par Haïti (6,7 %).

Les rangs des communautés musulmanes grossissent donc… lentement. Lors du recensement de 2011, à peine plus d’un million de Canadiens se disaient musulmans, ce qui représente 3,2 % de la population du pays. Au Québec, ils représentent 3,1 % de la population. Certes, c’est près de deux fois plus qu’en 2001, alors qu’ils représentaient 2 % de la population canadienne et 1,5 % de celle du Québec. Mais à ce rythme, il faudrait des décennies avant que les musulmans forment une proportion significative de la population.

La majorité des immigrants ne parlent pas français : vrai et faux

La connaissance du français est effectivement en baisse chez les nouveaux arrivants. En 2017, 58 % des nouveaux arrivants ne parlaient pas le français, comparativement à 53 % en 2016. De 2006 à 2015, c’est une minorité variant entre 35 et 44 % qui ne parlait pas français.

Les immigrants économiques choisis par le Québec sont les plus nombreux à connaître le français puisqu’il s’agit d’un critère de sélection. Malgré tout, seulement 61,5 % d’entre eux maîtrisaient le français en 2017, contre 72,9 % l’année précédente.

Les statistiques de recensement démontrent toutefois que 10 ans après leur arrivée, 90,5 % des immigrants économiques, 77,1 % de ceux qui ont bénéficié du programme de réunification familiale et 84,3 % des réfugiés, parlent le français. Et le gouvernement de la Coalition Avenir Québec songe à imposer un test de français aux futurs candidats à l’immigration.