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Jean-François Cliche
Le Soleil
Jean-François Cliche

Quand la COVID s’incruste...

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SCIENCE AU QUOTIDIEN / «À la fin de janvier 2020, j’ai attrapé une grippe qui s’est transformée en sinusite et qui a fini par durer quatre mois. Par la suite, j’ai aussi attrapé la COVID-19, et encore maintenant, plusieurs mois après, j’ai des symptômes qui persistent toujours (toux, écoulement nasal, retour du goût et de l’odorat à seulement 60%) Est-ce que ça peut être les conséquences de la COVID qui durent si longtemps?», demande Josée O’Toole.

Il est impossible de se prononcer sur le cas individuel de Mme O’Toole sans avoir un médecin qui l’examinerait en personne et qui ferait faire des tests. Mais à la question de savoir si, de manière générale, il est possible que la COVID-19 s’étire ainsi sur des mois, la réponse est clairement «oui». Et c’est même suffisamment fréquent pour que des «cliniques post-COVID» aient été ouvertes au Québec au cours des derniers mois.

«On n’a pas encore de chiffres précis sur la fréquence, qui va changer selon la définition de «longue COVID» qu’on retient, indique Dr Alain Piché, professeur de médecine à l’Université de Sherbrooke et lui même directeur d’une clinique post-COVID à Sherbrooke. (…) En terme d’incidence, dans notre clinique et avec la définition qu’on retient (ndlr : symptômes qui persistent pendant au moins un mois après l’infection), c’est pratiquement le tiers des patients qui vont développer des manifestations à long terme. Donc ça représente un bassin de patients assez important.»

Il y a quelques études qui ont tenté de déterminer la fréquence de ces «COVID au long cours», mais elles portent toutes sur des patients qui ont dû être hospitalisés. Leurs résultats ne valent donc pas pour la population en général, puisque la plupart des gens guérissent du nouveau coronavirus sans avoir à se rendre à l’hôpital. Mais quand même, ils montrent qu’il est assez fréquent de traîner des symptômes de la COVID-19 pendant des semaines, voire des mois. Ainsi, une étude chinoise parue en janvier dans The Lancet a trouvé qu’environ 80% des patients hospitalisés souffraient encore d’au moins un symptôme après six mois. Une autre étude faite à Londres et publié en décembre dans le British Medical Journal arrive pour sa part à 72 % deux mois après la sortie de l’hôpital — encore une fois, rappelons que les définitions varient d’un article à l’autre.

Il est bien évident que les gens qui sont passés à travers ce nouveau coronavirus sans être hospitalisés ne gardent pas aussi souvent des symptômes à long terme, mais cela peut leur arriver à eux aussi.

«La sévérité des symptômes n’est pas la même pour tout le monde, dit par ailleurs Dr Piché. Il y en a pour qui ça a peu d’effet sur leur vie quotidienne, mais d’autres qui ne sont plus capables de faire leurs activités habituelles et qui doivent même arrêter le travail.»

Le symptôme le plus fréquent, précise-t-il, est la fatigue — et c’est aussi ce qu’ont trouvé les travaux cités plus haut. L’étude chinoise, par exemple, indique que 63% des patients rapportaient encore de la «fatigue ou faiblesse musculaire» après six mois, alors que le deuxième symptôme le plus fréquent, soit les troubles du sommeil, n’est survenu que chez le quart des participants (26%). D’ailleurs, une bonne partie des patients en clinique post-COVID sont traités comme ceux qui sont atteints de fatigue chronique, dit Dr Piché.

On ignore encore complètement par quels mécanismes la COVID-19 parvient à provoquer des symptômes même s’il ne reste plus la plus petite trace du virus dans l’organisme, précise-t-il par ailleurs. Mais on sait que ce n’est pas le seul virus à le faire. «Par exemple, on peut observer une fatigue prolongée chez certaines personnes qui guérissent de l’influenza. Une mononucléose infectieuse peut avoir le même genre d’effet. Alors qu’est-ce qui est spécifique à la COVID-19 et qu’est-ce qui vaut pour l’ensemble des virus ? Ce n’est pas clair. Mais il semble, même si on n’a pas encore de chiffre là-dessus, que c’est plus fréquent avec la COVID-19.»

Le phénomène est connu sous le nom de «syndrome post-viral», ou «fatigue post-virale». Mais malheureusement, on ne comprend pas mieux les mécanismes impliqués que pour la COVID-19.

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