L'équipage du vol expérimental QF7879 célébrait son arrivée à Sydney dimanche matin (samedi soir, heure du Québec) après 19 heures et 16 minutes sans escale.

Qantas teste un vol New York-Sydney de 19 heures sans escale

SYDNEY — La compagnie australienne Qantas a testé ce week-end les limites humaines en faisant pour la première fois voler, à des fins expérimentales, un ultra-long-courrier entre New York et Sydney, soit un trajet de 19 heures sans escale.

Le vol expérimental QF7879 a voyagé pendant exactement 19 heures et 16 minutes. Il s'agit du premier d'une série de trois vols au cours desquels des chercheurs vont évaluer l'impact physique et émotionnel sur les passagers d'un tel marathon aérien, alors que les ultra-long-courriers sont de nouveau plébiscités par les compagnies grâce à une meilleure efficacité des avions en termes de carburant.

En comptant l'équipage, seule une quarantaine de personnes, essentiellement des employés de Qantas, étaient à bord du Boeing 787-9 lors de son décollage de New York vendredi. Après avoir survolé l'Amérique et le Pacifique, l'avion a atterri dimanche matin en Australie.

Le nombre de passagers a été limité pour minimiser le poids et permettre à l'appareil de voler environ 16 000 km sans être ravitaillé. Aucune autre compagnie aérienne n'a réalisé cette prouesse, selon le directeur général de Qantas, Alan Joyce, qui la présente comme «la dernière frontière de l'aviation».

Selon le site spécialisé flightradar24.com, l'appareil pesait ainsi 233 tonnes au décollage, dont 101 tonnes de kérosène.

Quatre pilotes se sont relayés aux commandes durant le vol.

Le plus long trajet aérien commercial au monde est une liaison entre New York et Singapour lancée en 2018 par Singapour Airlines, qui dure 18h30 selon le site de la compagnie.

Décalage horaire

Des chercheurs de deux universités australiennes étaient à bord du vol de Qantas pour observer la façon dont les passagers dorment et s'alimentent, et surveiller leur niveau de mélatonine, «l'hormone du sommeil». Les pilotes portaient également un capteur qui mesure l'activité de leur cerveau et leur état d'alerte. L'impact du décalage horaire était également observé de près, car il y a 15 heures de différence entre New York et Sydney.

«Les connaissances scientifiques fondamentales du rythme circadien montrent que, plus la différence horaire est grande entre les lieux de départ et d'arrivée, plus les gens ressentent les effets du décalage horaire, qui est aussi plus fort s'ils volent vers l'est plutôt que vers l'ouest, explique à l'AFP Stephen Simpson, professeur à l'Université de Sydney. Mais nous savons aussi que les gens réagissent très différemment au décalage horaire, et il faut davantage de recherches sur les facteurs de décalage horaire et de fatigue associée au voyage, et ce, afin de réduire l'impact des vols long-courrier.»

Qantas avait lancé l'an dernier la première liaison commerciale directe entre l'Australie et la Grande-Bretagne, avec un vol entre Perth et Londres, qui dure 17h45 selon le site de la compagnie. Cela raccourcissait considérablement la fameuse «Route Kangourou», qui à son lancement en 1947, mettait quatre jours et neuf escales entre Sydney et Londres.

Préoccupations des syndicats

La compagnie australienne doit d'ailleurs prochainement tester un Londres-Sydney. Elle devra décider ensuite si ces ultra-longs-courriers sont économiquement viables. Mais elle pourrait faire face à des objections de syndicats préoccupés de la conformité entre la longueur de ces trajets et les normes de sécurité. L'Australian and International Pilots Association (AIPA), qui représente les pilotes de Qantas, a estimé que ces vols expérimentaux ne «donnaient qu'une quantité de données limitées qui ne reflèteront pas les conditions d'un vol réel».

Shane Loney, un responsable de l'AIPA, a exigé une étude à long terme sur les impacts de ces vols sur l'équipage. «Les pilotes s'inquiètent de savoir s'ils auront sur ces ultra-longs-courriers le repos d'une qualité suffisante qui doit leur permettre d'assurer une performance optimale et ils mettent en garde quant au déroulement des opérations initiales pour s'assurer qu'il n'y ait pas de conséquence imprévue.»

Un porte-parole de Qantas a affirmé dans un courriel que ces vols expérimentaux n'étaient qu'un des aspects des recherches en cours sur la viabilité de ces vols. M. Joyce a indiqué que Qantas n'avait pas encore décidé s'il choisirait Airbus ou Boeing pour fournir les appareils qui seraient utilisés pour ces vols, s'ils sont officiellement lancés.