Les Inuits du Nunavik sont beaucoup moins apparentés qu’on pourrait le penser, génétiquement parlant, aux autres Inuits du monde.

Génétique: les Inuits du Québec uniques au monde

Si les Inuits du Nunavik partagent leur culture avec les autres Inuits du monde, leurs gènes sont une autre paire de manches, selon une étude de l’Université McGill parue lundi. L’analyse du génome de 170 Inuits du Grand Nord québécois suggère qu’ils seraient génétiquement distincts des Inuits du Groenland, formant un groupe unique au monde à cet égard.

«Nos résultats montrent que les Inuits du Nunavik sont une population très homogène. […] Hormis quelques cas de mélange récents avec des Européens, les Inuits du Nunavik ne partagent presque pas d’ancêtres avec d’autres populations contemporaines et sont distincts des autres populations indigènes de l’Arctique, incluant les Inuits du Groenland», lit-on dans l’article qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Dirigée par les chercheurs de McGill Sirui Zhou et Guy Rouleau, la recherche a consisté à lire le génome de 170 Inuits du Nunavik et à le comparer à celui d’autres populations de l’Arctique. 

De manière générale, ceux que l’on nomme «Inuits» de nos jours sont les descendants des «Thuléens», des chasseurs de baleines originaires de l’Alaska qui ont commencé à essaimer dans tout le Grand Nord il y a environ 1000 ans, et qui se sont rendus jusqu’au Groenland. Ce faisant, ils ont complètement remplacé une population qui était déjà présente, les «Dorsétiens», qui chassaient les petits mammifères marins, mais pas les baleines, et qui sont aujourd’hui disparus. Les Thuléens ont migré en plusieurs vagues successives et leur arrivée dans le nord du Québec remonte à il y a 700 à 800 ans, d’après l’Institut culturel Avataq.

Cependant, M. Rouleau et son équipe ont trouvé que même si leur culture est la même, les Inuits du Nunavik sont beaucoup moins apparentés qu’on pourrait le penser, génétiquement parlant, aux autres Inuits du monde. Ce sont les Inuits du Groenland et des Yupiks de Sibérie qui sont leurs plus proches parents, mais le lien de parenté remonterait à plus de 10 000 ans.

En fait, ils sont plus proches des «Paléo-Eskimos» (les Dorsétiens et d’autres avant eux) que des Thuléens, selon le communiqué de presse de McGill. L’article des PNAS est muet sur ce qui a pu se passer, et il n’a pas été possible de s’entretenir avec M. Rouleau au moment d’écrire ces lignes, mais on peut imaginer que les Dorsétiens du Québec n’ont pas été remplacés par les Thuléens, mais qu’ils auraient plutôt été assimilés.

Quoi qu’il en soit, les chercheurs ont par ailleurs identifié des variantes génétiques chez les Inuits du Nunavik qui suggèrent une adaptation à une diète riche en graisses — les autres populations inuites du monde montrent elles aussi le même genre d’adaptation. Ceux du Québec montrent toutefois d’autres variantes génétiques qui les rendent plus vulnérables aux anévrismes intracrâniens, une déformation d’artères du cerveau qui peut avoir de très graves conséquences.