Consensus scientifique et climat: ce qu’il faut savoir

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Dès qu’une personne ou un groupe veut remettre en doute l’existence du réchauffement climatique, ou la responsabilité humaine dans le réchauffement, ou «l’urgence climatique», l’argument de l’absence de «consensus scientifique» revient sur la table. Mais que veut dire consensus ici ? Cette question, venue d’un lecteur, donne l’occasion au Détecteur de rumeurs d’expliquer pourquoi l’argument révèle une incompréhension du concept.

«Il n’y a pas de consensus des scientifiques sur le climat, la preuve, telle lettre signée par des scientifiques qui ne croient pas au réchauffement.» Sous diverses formes, cet argument revient périodiquement depuis 20 ans. Cette semaine encore, un document de ce genre a été envoyé à António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies.

En réalité, cet argument traduit une confusion : un scientifique qui émet son opinion sur un sujet, et un scientifique qui publie une étude sur ce sujet, ce n’est pas la même chose.

Le Détecteur de rumeurs ne le rappelle sans doute pas assez souvent dans ses vérifications de faits, mais la base de la construction d’un savoir, en science, ne repose pas sur l’opinion d’un ou de plusieurs scientifiques, mais plutôt sur l’accumulation des études sur un sujet. Un consensus s’établit donc quand plusieurs études confirment la même chose dans un domaine particulier.

Ainsi, chaque fois qu’on entend, à propos du climat, le fameux chiffre « 97 % des scientifiques sont d’accord », on fait référence à 97 % des scientifiques qui ont publié une étude sur le réchauffement climatique. On parle d’un accord général, même s’il n’y a pas d’unanimité.

L’origine de ce pourcentage est une recherche de l’historienne des sciences de l’Université Harvard, Naomi Oreskes, en 2004 : sur 928 études publiées par des climatologues et contenant les mots-clés (en anglais) « global climate change », aucune n’était en désaccord avec le consensus sur la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique. Depuis 2004, au moins 14 compilations similaires sont arrivées à des totaux variant entre 91 % et 100 %, tout dépendant du niveau d’expertise retenu pour figurer dans la compilation.

Non seulement y a-t-il donc consensus sur la responsabilité humaine, mais ce consensus aurait de surcroît augmenté entre 1991 et 2011, selon une de ces compilations.

C’est en vertu de cette même définition qu’on a coutume de dire que l’évolution fait consensus parmi les biologistes, ou que le caractère cancérigène du tabac fait consensus parmi les oncologues. Ce qui n’empêche pas que des gens détenteurs d’un diplôme en science peuvent bel et bien continuer de nier ces faits sur la base de leurs opinions personnelles.

Deux illustrations du problème :

«30 000 scientifiques ont signé une pétition signifiant leur opposition à la théorie du réchauffement»

Connue sous le nom de pétition de l’Oregon, ou Global Warming Petition Project, elle exhortait en 1998 le gouvernement américain à ne pas signer le Protocole de Kyoto et affirmait qu’il «n’existe aucune preuve scientifique convaincante» que les émissions de gaz à effet de serre risquent de provoquer un réchauffement planétaire. Deux décennies plus tard, des gens continuent d’alléguer que puisque «plus de 30 000 scientifiques» l’ont signée, c’est la preuve qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur le climat. Toutefois, parmi les signataires, on ne retrouve pratiquement aucun scientifique qui ait publié une étude pertinente : plus du tiers ont un diplôme d’ingénieur, plusieurs milliers sont en médecine, en sciences aérospatiales, en biologie… II y avait aussi beaucoup de signataires fantaisistes ou fictifs.

500 scientifiques «contre l’urgence climatique»

Le 23 septembre 2019, un groupe envoyait au Secrétaire général des Nations Unies une lettre signée par «500 scientifiques» et proclamant «il n’y a pas d’urgence climatique». La liste des signataires principaux incluait des figures connues des groupes qui nient le réchauffement depuis des années, comme le Néerlandais Guus Berkhout (un ingénieur) le Québécois Raynald Du Berger (maîtrise en géophysique de l’Université Laval) et le vicomte Monckton de Brenchley (pas de diplôme en science), un Britannique qui s’est auto-proclamé membre de la Chambre des Lords et Prix Nobel (il n’est ni l’un ni l’autre).

La liste, avait révélé au début du mois le média en ligne DeSmog, est le résultat d’un effort coordonné de plusieurs groupes de pression libertariens, de droite ou d’extrême-droite, en Europe et aux États-Unis, et contient à ce titre plusieurs de leurs «vedettes» habituelles.