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Dis-moi comment tu manges ton hamburger, je te dirai ta nationalité

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi est-ce que, quand je suis au États-Unis, je peux commander mon steak haché saignant dans mon hamburger au restaurant, mais pas au Canada ? Quelle est la magie ?», demande Sylvain Arsenault, de Lévis.

C’est à cause de la bactérie E. coli, et en particulier sa variante O157:H7, qu’il est toujours recommandé de bien faire cuire sa viande hachée, ici comme ailleurs. Escherichia coli, de son nom complet, est une bactérie en forme de bâtonnet qui vit dans notre intestin et celui des animaux. La plupart sont parfaitement inoffensives, mais certaines souches produisent des toxines qui peuvent nous donner la fameuse «maladie du hamburger». La gravité des symptômes varie énormément d’une personne à l’autre, allant d’une petite poussée de fièvre avec vomissement/diarrhée, par exemple, jusqu’à un danger de mort. Chez une petite partie des personnes infectées, en effet, la maladie finit par empêcher les reins de fonctionner convenablement —  et ces gens-là doivent absolument recevoir des soins, lit-on sur le site de la santé publique américaine (CDC).

Maintenant, il n’y a évidemment pas de «magie» qui rendrait la bactérie E. coli plus ou moins virulente selon le côté de la frontière où elle se trouve. Cette histoire de hamburgers «médium saignants» disponibles seulement aux États-Unis s’explique tout simplement par des différences de «philosophie» et dans les lois des deux pays, dit Charles Lavigne, directeur scientifique du Centre de développement bioalimentaire du Québec, à La Pocatière.

«Ici, Santé Canada a pour mission de protéger les Canadiens et ils vont prendre tous les moyens pour le faire. C’est pour ça que Santé Canada oblige les restaurateurs à faire cuire leurs boulettes jusqu’à ce que la température interne atteigne 71 °C, afin de s’assurer d’éliminer E. coli O157:H7. Aux États-Unis, la norme n’est pas de 71 °C, mais plutôt de 68,3 °C pendant 15 secondes. Du point de vue de la stérilisation, le résultat est à peu près le même, mais aux États-Unis, la loi permet aussi aux restaurateurs de servir les hamburgers à la cuisson demandée par le client, même si elle ne répond pas aux critères. Au Canada, les restaurants ne peuvent pas faire ça», dit M. Lavigne.

Alors, est-ce que ça marche ? Est-ce que la bactérie E. coli fait moins de ravage au Canada qu’aux États-Unis ? Je n’ai malheureusement pas trouvé de chiffres comparables pour les deux pays — certaines statistiques ne tiennent compte que de O157:H7, d’autres incluent toutes les souches qui produisent une toxine particulière, certaines parlent de «cas déclarés» alors que d’autres traitent du nombre «estimé» de cas, etc. De toute manière, même des statistiques mesurant exactement la même chose ne seraient pas parfaitement comparables dans ce cas-ci, puisque le taux d’incidence est influencé par une série de facteurs autres que les règlements sur la cuisson de la viande, comme la popularité du bœuf haché, l’exposition à d’autres sources de E. coli que le bœuf haché, les pratiques de boucherie et de conservation, etc.

Mais tout de même, il est intéressant de savoir qu’au Canada, le taux d’infection à «O157» est passé d’environ 5,5 par 100 000 en 2000 à 1,1 en 2014, selon une étude parue récemment dans le Canadian Journal of Public Health [https://bit.ly/2GIrWFC]. Les auteurs voient dans cette baisse le résultat de plusieurs facteurs, dont des régulations qui ont été resserrées.

Malgré tout, il y aurait moyen de manger une boulette bien rosée en toute sécurité — et même potentiellement deux façons, fait remarquer M. Lavigne. On peut exposer la viande à un rayonnement qui tue les germes, dit-il, mais il semble que l’idée de manger de la viande «irradiée» inspire des craintes dans la population. Celles-ci ne sont pas fondées mais, pour l’industrie de la viande, cela revient au même : difficile à vendre.

Une autre manière de procéder est de soumettre la viande à des pressions intenses. Le labo de M. Lavigne a d’ailleurs obtenu des résultats  intéressants à cet égard. Avec des pressions de l’ordre de 6000 fois l’atmosphère terrestre, dit-il, «on a démontré que plusieurs souches de E. coli sont détruites comme ça et on a présenté ça à Santé Canada. Mais ils nous ont répondu qu’il fallait faire la même démonstration avec une centaine de souches différentes. C’est trop onéreux pour nous, on n’a pas pu le faire, mais cela montre que le potentiel est là», dit-il.

Enfin, toute cette histoire soulève une autre question, il me semble : pourquoi ces mêmes restaurants qui n’ont pas le droit de servir des hamburger «rosés» proposent-ils des steaks bien saignants et même, «pire» encore, des tartares qui n’ont pas subi l’ombre d’un début de cuisson ?

Pour l’œil profane, il peut certainement y avoir là l’apparence d’une contradiction, mais ça n’est vraiment rien de plus qu’une apparence, assure M. Lavigne. En ce qui concerne le steak saignant, il rappelle que E. coli est une bactérie faite pour vivre dans les intestins. C’est à cela qu’elle est adaptée, si bien qu’elle est incapable de pénétrer les cellules musculaires ni de se faufiler entre elles — et comme elle ne peut pas se rendre jusqu’au centre du steak, la cuisson à l’extérieur suffit.

Pour les mêmes raisons, enchaîne M. Lavigne, les restaurants qui servent du tartare vont «parer» leur pièce de bœuf : ils vont d’abord en enlever une couche extérieure, seul endroit où d’éventuelle E. coli peuvent se trouver, et ensuite couper le bœuf en petits morceaux. 

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Encore des biais contre les femmes en science

Il subsiste des biais contre les femmes en science… lorsqu’il s’agit de décrocher une subvention, lorsqu’il s’agit d’être invitée à réviser l’article de collègues et lorsqu’on compte le nombre de photos dans les livres de médecine.

Ce sont trois des exemples qui se retrouvent dans un numéro spécial de la revue médicale The Lancet, consacré à «l’avancement des femmes en science, médecine et santé». Leur appel à contributions pour ce numéro, explique la revue en éditorial, avait conduit à pas moins de 300 propositions provenant de 40 pays. L’ensemble démontre que pour «arriver à des changements significatifs», il y a encore du chemin à faire.

L’article qui a fait le plus de bruit lors de la parution du numéro spécial, vendredi, provient du Canada. On y apprend qu’hommes et femmes avaient, entre 2011 et 2016, autant de chances de décrocher une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada lorsque les examinateurs évaluaient principalement la recherche… mais que lorsque ces derniers devaient se concentrer sur la personne, le taux de succès des femmes devenait inférieur à celui des hommes (8,8 % contre 12,7 %).

«Réfléchir à ces biais, ajoute l’éditorial, peut s’avérer difficile pour des professions qui sont enracinées dans la croyance en leur propre objectivité et la pensée appuyée sur des preuves.» N’empêche que c’est par des données qu’on peut combattre le problème, réplique la chercheuse en physique Jessica Wade dans le New Scientist : «Je peux facilement imaginer que les questions discutées dans The Lancet vont rendre la lecture inconfortable pour plusieurs scientifiques, avec autant de vérités dérangeantes. Mais les articles ne sont pas simplement des réprimandes. Ils nous invitent tous à entreprendre de réelles actions.»

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Des organismes étaient capables de se déplacer il y a 2,1 milliards d'années

PARIS — Des organismes avaient déjà la capacité de se mouvoir il y a 2,1 milliards d'années, selon une étude publiée lundi décrivant «les plus vieilles traces fossiles» de déplacement et relançant le débat sur la datation des premières formes de vie complexes sur Terre.

«Le mouvement est un indicateur d'une certaine sophistication biologique», explique à l'AFP Abderrazak El Albani de l'Université de Poitiers, co-auteur de l'étude publiée dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

Les premières formes de vie apparues sur Terre voici environ 3,5 milliards d'années étaient unicellulaires, des êtres vivants constitués d'une seule cellule, comme les bactéries. Les formes de vie complexes, comme les plantes et les mammifères, ont des cellules dites eucaryotes, avec des chromosomes abrités dans un noyau. Un certain consensus scientifique fait remonter l'émergence des eucaryotes à 1,8 milliard d'années.

«Nous avons découvert des traces des mouvements verticales, obliques, horizontales, avec tout le respect que j'ai pour le monde bactérien, il est incapable de se déplacer comme ça, précise le géologue. C'est forcement des eucaryotes !»

Jusqu'à maintenant, les plus anciennes traces de mobilité découvertes en Australie, aux États-Unis, au Canada, en Afrique ... avaient 570 millions d'années. Abderrazak El Albani et ses collègues avaient déjà fait sensation en 2010 en annonçant la découverte, sur le même site au Gabon, de fossiles d'organismes pluricellulaires vieux de 2,1 milliards d'années, c'est-à-dire jusqu'à 1,5 milliard d'années plus tôt que scientifiquement attesté au moment de la parution.

«Un boom biologique» rendu possible par un changement environnemental. À cette époque, la Terre sortait d'une période glaciaire. En fondant, la glace a libéré de grandes quantités d'oxygène et de nutriments permettant à la vie de franchir un nouveau palier d'évolution, explique le géologue. L'ampleur de cette découverte avait valu en 2010 la couverture de la revue scientifique britannique Nature, même si, selon des experts, elle «posait plus de questions qu'elle n'apportait de réponses».

Depuis, avec l'équipe internationale de chercheurs qu'il coordonne, M. El Albani n'a cessé de fouiller le bassin de Franceville, au Gabon, «un site unique en termes de conservation», y découvrant ces traces de mobilité. «Il s'agit de structures tubulaires, de diamètre relativement constant (plusieurs millimètres), plus ou moins sinueuses, et qui traversent les lamines (fines couches) sédimentaires, précise un communiqué du CNRS. L'analyse de leur géométrie et de leur composition chimique démontre que leur origine est biologique et qu'elles sont contemporaines du dépôt des sédiments.»

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Découverte d'une araignée... à corne ?

PRETORIA — Des chercheurs sud-africains ont récemment découvert dans le sud sauvage de l'Angola un spécimen d'araignée jusqu'alors inconnu sur notre planète, qui présente la particularité d'arborer une grande corne au-dessus de la tête.

Ce nouveau type de mygale a été découvert au cours d'une campagne scientifique de recensement de la biodiversité menée en 2015-2016 dans la région de l'Okavango, à cheval entre l'Angola, la Namibie et le Botswana. Au cours de son exploration, John Midgley, du Museum d'histoire naturelle de Pietermaritzburg (est), est tombé par hasard sur un, puis plusieurs exemplaires d'une araignée aux caractéristiques inédites.

«Quand j'ai reçu une photo (de ce spécimen) sur mon téléphone, je n'en ai pas cru mes yeux, a déclaré à l'AFP son confrère Ian Engelbrecht, de l'Institut national sud-africain de la biodiversité et à l'université de Pretoria. Cette araignée est absolument unique au monde. Elle a cette grande corne juste au milieu de la tête. Aucune autre araignée connue au monde n'a ça.»

Présentée dans la revue African Invertebrates, la nouvelle espèce, de la famille des «araignées babouins», a été baptisée Ceratogyrus attonitifer, du latin attonit qui signifie «étonnement» ou «fascination».
Les chercheurs sud-africains n'ont fait qu'ébaucher la description de leur nouveau spécimen.

«Nous n'avons absolument aucune idée des fonctions de leurs cornes, a concédé Dr Engelbrecht, c'est un mystère.»

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Le graph du jour : le dernier insecte ?

BLOGUE / En fiers «vertébrés supérieurs» qu'ils sont, les oiseaux seront sans doute un peu vexés de se faire mettre dans le même panier qu'un paquet de vulgaires hexapodes, mais je n'y peux rien : c'est fou ce que leur sort me fait penser à celui des oiseaux champêtres.

Cette semaine est parue une étude australienne qui a conclu qu'au rythme actuel, pas moins de 40% des espèces d'insectes risquaient l'extinction d'ici «quelques décennies». Ses deux auteurs, Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys, ont passé en revue toutes les études qu'ils ont pu trouvées faisant un suivi des populations d'insectes dans le temps, et en ont agrégé les (inquiétants) résultats. Comme les «bibittes» sont un des socles principaux sur lesquels reposent les écosystèmes, si cette tendance s'avère réelle et qu'on ne fait rien, on parle ici d'une énorme catastrophe potentielle — et pas seulement pour les animaux, pour nous aussi.

Quelles sont les causes de ce déclin mondial ? C'est la question à laquelle tente de répondre l'article de Biological Conservation, et c'est à cet égard que je suis tenté de faire un rapprochement (bien imparfait, on s'entend) avec les oiseaux champêtres. Depuis 1970, ceux qui volaient au-dessus des campagnes québécoises ont perdu environ les deux tiers de leur population totale, et l'écrasement démographique atteinte les 98 % chez certaines espèces. La situation est essentiellement la même dans les campagnes des autres pays.

Notons aussi que tant pour les oiseaux que pour les insectes, les espèces spécialisées déclinent beaucoup plus vite que les généralistes. Une partie de ceux-ci profitent même du sort des spécialistes pour prendre leur place et proliférer davantage. Je le vois moi-même à chaque fois que je vais chasser l'oie blanche : nos campagnes sont maintenant peuplées de généralistes comme le goéland et le corbeau.

Au rayon des facteurs en cause, l'usage des pesticides à grande échelle est immédiatement montré du doigt comme une cause majeure, sinon la principale, que ce soit pour expliquer le sort des oiseaux de campagne ou celui des insectes. Il est d'ailleurs absolument vrai que cela joue un rôle — c'est même tellement direct et évident dans le cas des insectes que c'en est quasiment tautologique. Mais comme me le disait récemment un ornithologue québécois qui a étudié la question, dans le cas des oiseaux ce n'est rien de plus qu'«un facteur parmi d'autres». C'est l'intensification de l'agriculture et les pertes d'habitat qui viennent avec qui est principalement en cause.

Et dans le cas des insectes, MM. Sanchez-Bayo et Wyckhuys ont trouvé ceci :

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Fécondation in vitro: une découverte pour réduire les défauts d’embryons

MONTRÉAL — Un autre espoir pointe à l'horizon pour les couples infertiles ayant recours à la fécondation in vitro. Des chercheurs du CHUM à Montréal ont réussi en laboratoire à réduire la quantité de défauts sur des embryons de souris et donc de maximiser le nombre de ceux qui seraient viables. Cette découverte a le potentiel d'être transposée un jour aux humains pour faciliter la conception d'enfants, dit l'un des chercheurs de l'étude, Greg FitzHarris.

Un couple canadien sur six est touché par l’infertilité. Pour y remédier, certains d’entre eux ont recours à la fécondation in vitro.

Mais les embryons obtenus par cette technique présentent souvent des défauts. Environ la moitié d’entre eux contiennent des cellules qui ont un nombre anormal de chromosomes, est-il rapporté dans l’étude.

Des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) ont trouvé l’une des raisons de ce nombre élevé de défauts: la défaillance d’un mécanisme appelé «point de contrôle du fuseau». Ils ont manipulé ce point de contrôle chez des embryons de souris à l’aide d’un médicament somme toute assez simple.

Résultat? Ils ont réussi à réduire les risques d’erreur d’environ 50 pour cent sur les embryons de souris, a expliqué Greg FitzHarris, aussi professeur à l’Université de Montréal, qui est le chercheur principal de cette étude.

En fait, M. FitzHarris cherchait à comprendre pourquoi il y avait autant d’erreurs dans les embryons. Son but n’était pas de réduire le nombre de défauts, a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

«Mais on a trouvé que ça, c’était au moins un des problèmes. Et pour prouver que c’était bien le cas, on a essayé d’améliorer ce mécanisme. Et en fait, ça a marché.»

La découverte permet-elle aux couples désireux d’avoir un enfant d’entretenir l’espoir d’une conception plus facile? «Le potentiel est clair. Le concept est clair. En réduisant les erreurs, on est en mesure de faire de bons embryons.»

«Et puis, la clé de notre étude est que cette trouvaille suit la logique de la biologie», se réjouit-il.

Prudence

Cette percée dans le domaine de la fertilité est toutefois encore au stade de la recherche fondamentale. M. FitzHarris insiste donc sur la «très grande prudence» à observer quant à l’application de cette découverte chez l’humain.

Il estime qu’il serait irresponsable d’appliquer ce concept en clinique dès maintenant, avant même que tous les tests de sécurité et d’innocuité soient réalisés - et réussis.

«Ce serait une très mauvaise idée», a-t-il insisté en entrevue, de l’inquiétude dans la voix.

Le chercheur dit voir des choses inquiétantes dans ce domaine qu’est la biologie reproductive. L’exemple qu’il cite s’est produit juste avant Noël: un scientifique chinois avait alors affirmé avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés, une nouvelle fustigée par de nombreux chercheurs. «Il n’y avait pas de tests de sécurité», déplore-t-il.

«Je veux réellement mettre en garde les cliniques de fertilité de ne pas prendre notre étude, trouver le nom du médicament et de l’essayer sur une patiente la semaine prochaine. Ce serait une idée extrêmement mauvaise.» Il faut s’assurer que cela n’endommage pas les embryons d’une autre façon, soutient-il.

Jacques Kadoch, le chef du service de médecine et de reproduction au CHUM, souligne que ce type de défaut dans les embryons est fréquent.

Il estime que cette découverte de son collègue, «en théorie, ça pourrait être magique».

Car «l’idée est de s’assurer qu’on va transférer un embryon qui serait compatible avec une grossesse évolutive. On veut éviter le choc de la grossesse qui débute et qui s’arrête finalement parce qu’il y a une fausse couche. Parce que c’est encore plus traumatisant qu’un test négatif dès le départ», explique le médecin qui s’occupe de patientes et de couples souffrant d’infertilité.

L’étude est publiée jeudi dans la revue scientifique «Current Biology» et la technique utilisée pour réduire le nombre de défauts dans l’embryon a fait l’objet d’une demande de brevet provisoire aux États-Unis.

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Quand les enfants non vaccinés arrivent à l'adolescence...

Défiant l’autorité de ses parents, un adolescent de l’Ohio a décidé de se faire vacciner — après avoir découvert qu’il ne l’avait jamais été, parce que sa mère n’y croyait pas.

Un reportage du magazine Undark consacré au cas d’Ethan Lindenberger, en profite pour signaler qu’à travers les États-Unis, de plus en plus de parents ont profité ces dernières années des «exemptions non médicales». Une allusion au fait que, dans plusieurs États américains, dont celui de New York, les autorités locales permettent aux parents d’invoquer des raisons religieuses pour ne pas faire vacciner leurs enfants, et même des raisons «philosophiques», comme en Ohio, au Texas et en Californie.

Le dossier médical du jeune homme, aujourd’hui âgé de 18 ans, révèle qu’il aurait uniquement reçu deux injections contre le tétanos en 2002, quoique interrogée par le magazine, sa mère ait affirmé que c’était sûrement une erreur. Après avoir fait vacciner sa première fille, explique-t-elle, elle avait décidé de passer outre à tous les vaccins pour ses autres enfants, lorsqu’elle a appris qu’en Ohio, elle avait ce droit de refus.

Et alors que certains de ces enfants non vaccinés atteignent l’adolescence et s’inquiètent des conséquences, surgit une autre question : à partir de quel âge, légalement, est-il possible de se faire vacciner sans le consentement de ses parents ? Il se trouve que la réponse, là encore, dépend des lois de l’endroit où l’on vit. Le reportage cite un adolescent de 15 ans du Minnesota qui, l’an dernier, avait utilisé le réseau social Reddit pour connaître ses recours légaux. Il avait affirmé avoir tenté depuis quatre ans de convaincre ses parents que la vaccination infantile était sécuritaire — sans succès.

Cette histoire survient au moment où des cas de rougeole s’accumulent dans une région située à cheval entre deux États du Pacifique, Washington et l’Oregon. Deux des États qui, comme la Californie, permettent à la fois les exemptions religieuses et «philosophiques».

Quant à la mère d’Ethan Lindenberger, elle dit voir la décision de son fils comme une insulte personnelle. «Je ne l’ai pas vacciné parce que je sentais que c’était la meilleure façon de le protéger.» Sa décision, dit-elle est comme «une claque dans la figure».

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Non, il n’a pas fait plus froid que sur Mars

DÉTECTEUR DE RUMEUR / «Il fait plus froid que sur Mars !», ont martelé la semaine dernière plusieurs internautes, devant les températures glaciales qui frappaient une partie des États-Unis et du Canada. Les Martiens protesteraient, constate le Détecteur de rumeurs.

Certes, il a fait froid. Les villes de Rockford et de Moline, en Illinois, ont franchi le 31 janvier les moins 35, du jamais vu chez elles depuis plus d’un siècle que de telles mesures sont prises. Et en plusieurs endroits, comme à Winnipeg les 29 et 30 janvier, sans pour autant battre des records, les habitants ont dû affronter des moins 30 Celsius (sans compter le vent).

Mais en comparaison, on a enregistré sur Mars, au fil des décennies, des températures variants entre plus 20, à midi à l’équateur… et moins 140 en hiver au pôle nord. La température moyenne y est estimée par la NASA à moins 63. En comparaison, sur notre planète, le record absolu de température enregistrée est de moins 89, en 1983 à la station Vostok, dans l’Antarctique. Et une température de moins 67 à Verkhoyansk, Russie, en 1933, est souvent citée comme la plus basse température enregistrée dans un endroit habité.

Même la comparaison avec une seule journée froide ne tient pas : certains ont fait grand cas du relevé de température quotidien de la sonde martienne Curiosity qui nous apprenait, le 27 janvier, que la température la plus élevée ce jour-là dans le cratère Gale était d’un «agréable» moins 7. Mais Curiosity signalait aussi que la température la plus basse ce même jour avait été de moins 73.

C’est que Mars partage un point commun avec la Terre : sa température n’est pas la même partout. Il y fait plus chaud à l’équateur qu’aux pôles, plus chaud en été qu’en hiver, et plus chaud le jour que la nuit. Les deux sondes américaines Viking, qui se sont posées sur Mars en 1976, ont enregistré des températures diurnes variant entre moins 89 et moins 31… et des températures nocturnes descendant régulièrement sous les moins 100. Si vous y allez, n’oubliez pas votre tuque (et votre masque à oxygène).

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Vitamine C : pendant ce temps, en Ontario...

BLOGUE / On va reparler un peu d’injections massives de vitamine C (IMVC), si vous le voulez bien. Juste un peu... Je me doute que cela me vaudra une nouvelle fournée d’insultes, mais bon, j’ai fini par obtenir réponse à certaines de mes questions, et je crois qu’il y a là-dedans des éléments d’information dont l’intérêt public est manifeste. Alors on plonge…

Le 30 janvier, j’ai écrit un billet à propos d’une pétition demandant la mise sur pied d’un «registre» qui autoriserait les médecins à prescrire des doses massives de vitamine C à leurs patients cancéreux (afin de réduire les effets secondaires souvent très lourds de la chimiothérapie), le remboursement de ces injections par le régime public et l’utilisation du «registre» pour documenter les effets des IMVC. Essentiellement, je répétais dans ce texte ce que les meilleures autorités médicales disent : les études sont pour l’instant contradictoires, certaines montrent de possibles bénéfices mais d’autres suggèrent des interactions néfastes potentielles avec les traitements de chimio, alors il est trop tôt pour demander d’intégrer ça aux pratiques médicales «officielles».

La réaction des supporteurs de la pétition sur ma page Facebook fut très émotive, sinon franchement agressive dans certains cas. C’est une émotivité qui peut se comprendre, remarquez, puisqu’il y a parmi eux des patients qui sont littéralement écrasés tant par la maladie que par leurs traitements, et qui sont en train de se battre pour leur vie — sans compter les proches de combattants/survivants du cancer, qui ne l'ont pas facile eux non plus. Alors passons par-dessus et croisons les doigts pour eux.

L’un des arguments les plus fréquemment évoqués en faveur de la pétition peut se résumer comme ceci : ces injections massives sont déjà disponibles en Ontario, alors pourquoi ne ferait-on pas la même chose ici ? L’instigatrice de la pétition, Nathalie Prud’homme — pour laquelle je réitère mon admiration, car peu de gens sont capables de se battre la fois contre un cancer et pour une cause —, a elle-même dû pendant un certain temps se rendre régulièrement dans la province voisine pour recevoir des IMVC qui, elle en est convaincue, lui faisaient et lui font toujours le plus grand bien. (Je répète ici que je ne remets aucunement en question son témoignage.) Alors effectivement, à lire tous ces topos et articles de presse qui disent que c'est «déjà accessible en Ontario», la question se pose : pourquoi pas au Québec ?

J’ai décidé de m’en informer directement auprès du ministère ontarien de la santé. Voici l’intégrale des questions et des réponses, suivies des captures d'écran. Je vous laisse en faire ce que vous voulez...

Q1. Est-ce que le Ministère de la Santé de l’Ontario considère officiellement que les injections massives de vitamine C sont une manière efficace de gérer les effets secondaires de la chimio ?

R : Les décisions sur le traitement du cancer s’appuient sur une approche fondée sur les preuves scientifiques, afin de s’assurer que tous les Ontariens reçoivent des traitements qui sont sécuritaires, efficaces et respectant les plus hauts critères de qualité.

Bien que certains travaux montrent que de fortes doses de vitamine C intraveineuse peuvent réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, il manque de preuves robustes pour en faire une option régulière de traitement. Les bienfaits des injections massives de vitamine C, que ce soit pour augmenter l’efficacité de la chimiothérapie ou pour réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, continuent d’être étudiés.

Présentement, les injections de fortes doses de vitamine C ne sont pas approuvées par Santé Canada pour le traitement du cancer ou pour prévenir ou réduire les effets secondaires de la chimiothérapie.

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Le cerveau des femmes serait trois ans plus jeune que celui des hommes

MONTRÉAL - Le cerveau des femmes est trois ans plus jeune que celui des hommes du même âge chronologique, ce qui explique possiblement pourquoi les femmes conservent leur acuité mentale plus longtemps, affirment des chercheurs américains.

Le cerveau carbure au glucose, mais la manière dont il l’utilise évolue au fil des années. Les bébés, les enfants et les jeunes adultes consacrent de grandes quantités de glucose au développement et à la maturation de leur cerveau, mais seules de faibles quantités sont dépensées à cette fin par les sexagénaires.

On ne savait toutefois que peu de choses concernant les différences entre les hommes et les femmes. Des chercheurs de l’université Washington, à St. Louis, ont donc recruté 205 sujets pour étudier comment leur cerveau utilise le glucose.

Les 121 hommes et 84 femmes étaient âgés de 20 à 82 ans. Ils ont été soumis à un examen par tomographie par émission de positons pour mesure la circulation de l’oxygène et du glucose dans leur cerveau. Les chercheurs ont ensuite utilisé un algorithme pour établir un lien entre l’âge du sujet et le métabolisme de son cerveau.

L’algorithme a mesuré que le cerveau des hommes était 3,8 ans plus vieux que leur âge chronologique et le cerveau des femmes 2,4 ans plus jeune que leur âge chronologique. La jeunesse relative du cerveau des femmes était détectable même chez les participantes âgées d’une vingtaine d’années.

Le chercheur Manu Goyal a expliqué que «le cerveau des hommes ne vieillit pas plus rapidement, mais il commence l’âge adulte trois ans plus tard que celui des femmes et cette différence persiste tout au long de la vie». Les ramifications exactes de cette découverte ne sont pas vraiment comprises, mais le docteur Goyal croit que cela explique possiblement pourquoi le déclin cognitif des femmes ne survient habituellement que plusieurs années après les hommes.

Les femmes obtiennent souvent de meilleurs scores que les hommes du même âge lors de tests de raisonnement, de mémoire et de résolution de problèmes.

Les conclusions de cette étude sont publiées en ligne par les Proceedings of the National Academy of Sciences.