Le coronavirus était-il en Europe avant décembre 2019 ?

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Le coronavirus était-il en Europe avant décembre 2019 ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) circule peut-être en Europe depuis plus longtemps qu’on ne le pensait.

Des études récentes semblent indiquer qu’il était en Italie dès décembre 2019. Plus surprenant encore, des chercheurs de l’Université de Barcelone ont trouvé des traces du virus dans des échantillons d’eaux usées non traitées qui datent du 12 mars 2019.

Une étude à ce sujet a été publiée récemment sur medRxiv, un serveur de prépublication. Le document fait actuellement l’objet d’un examen critique par des experts externes en vue de sa parution dans une revue scientifique. Tant que ce processus d’évaluation par les pairs n’est pas terminé, les données doivent être considérées avec prudence.

Pour l’instant, on peut observer comment l’expérience a été menée et ce qu’ont découvert exactement les chercheurs.

Assez tôt dans l’histoire du SARS-CoV-2, on a constaté qu’il se retrouvait dans les selles des personnes infectées. Lorsque le virus se fraye un chemin dans l’intestin — où il peut provoquer des symptômes gastro-intestinaux —, il perd sa couche externe de protéines, mais des fragments du matériel génétique (de l’ARN) survivent au voyage et sont excrétés dans les selles. À ce stade, le virus n’est plus infectieux — du moins, selon ce que nous en savons jusqu’ici.

Cependant, le fait que ces fragments d’ARN de coronavirus puissent se retrouver dans des eaux usées non traitées (appelées « influents ») est utile pour surveiller l’évolution de la maladie. Ainsi, on peut prédire l’éclosion d’une épidémie d’une semaine à dix jours avant qu’on ne l’observe dans les chiffres officiels puisqu’on excrète le virus avant l’apparition de symptômes évidents. Les personnes présymptomatiques doivent être suffisamment malades pour être testées, obtenir ensuite leurs résultats et, finalement, être admises à l’hôpital en tant que cas officiel, d’où le décalage d’une semaine environ.

C’est pourquoi de nombreux pays, dont l’Espagne, surveillent désormais les eaux usées pour détecter des traces du coronavirus. Dans le cadre de l’étude menée à Barcelone, des spécialistes des eaux usées ont examiné des échantillons congelés d’influents prélevés de janvier 2018 à décembre 2019 pour voir à quel moment le virus est apparu dans la ville.

Une éclipse solaire vue de... Mars !

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Une éclipse solaire vue de... Mars !

24 PAR SECONDE / Il n'y a pas que sur Terre que des éclipses solaires surviennent. En fait, bien des planètes dotées de plus d'une lune ont des éclipses plus fréquentes que nous. Mais elles n'y prennent pas les mêmes allures qu'ici...

La vidéo ci-dessus, enregistrée par la sonde américaine Curiosity (qui était vraiment au proverbial «bon en endroit au bon moment») date d'il y a déjà six ans, mais elle a refait surface ces derniers jours sur les réseaux sociaux. On y voit la lune martienne Phobos passer devant le soleil... ce qui permet de remarquer deux choses intéressantes.

La première, c'est que Phobos n'est pas sphérique comme «notre» Lune, ayant plutôt la forme d'un «patatoïdes», comme disent les astronomes. Cela s'explique par le fait qu'elle est de très petite : environ 27 kilomètres de diamètre dans son axe le plus long, alors qu'il faut autour de 1000 km pour qu'un objet spatial devienne sphérique sous l'effet de sa propre gravité. (Encore que cela peut varier beaucoup avec la densité, mais c'est une autre histoire : pour les densités de planètes, lunes et astéroïdes, c'est à peu près 1000 km.)

La seconde, c'est que cela montre la «chance» que nous avons, sur Terre, d'avoir une Lune qui est juste de la bonne taille et qui orbite juste à la bonne distance pour avoir un diamètre apparent (pas le «vrai» diamètre, mais celui qui est perçu à partir d'ici) presque identique à celui du Soleil. Cela donne aux éclipses solaires de la Terre un côté beaucoup plus dramatique et spectaculaire qu'un simple «caillou» qui ne voile qu'une partie relativement petite du Soleil.

Notons à cet égard que Curiosity a filmé deux autres éclipses solaires l'année dernier, l'une par Phobos et l'autre par Deimos, qui est le deuxième satellite naturel de Mars. Or comme Deimos est plus petite (15 km dans son plus large) et orbite beaucoup plus loin (environ 23 000 km contre 9500 km pour Phobos), ses éclipses sont pour ainsi dire beaucoup plus «discrètes», comme le montre cette photo :

Énergie: appel à ne pas sacrifier les budgets de recherche

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Énergie: appel à ne pas sacrifier les budgets de recherche

PARIS — Le monde aura besoin d'innovations technologiques dans le secteur de l'énergie pour atteindre ses objectifs climatiques, a souligné jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE), en priant les gouvernements de ne pas sacrifier les budgets de recherche.

«En l'absence d'innovations bien plus rapides en faveur de l'énergie propre, il sera quasiment impossible d'atteindre les objectifs de zéro émission nette en 2050», met en garde son directeur exécutif Fatih Birol en présentation d'un rapport consacré au sujet. C'est notamment le cas pour certains secteurs dans lesquels il n'existe pas aujourd'hui de technologie disponible pour éviter les émissions de gaz à effet de serre: le transport de marchandises par bateau et camion, l'aviation ou certaines industries lourdes (acier, ciment, chimie).

Il faudra développer des nouvelles technologies pour rendre ces activités propres. Or le processus est long et le succès n'est pas garanti. «Il a fallu des décennies pour que les panneaux solaires et les batteries atteignent le point où ils en sont. Le temps manque encore plus aujourd'hui», souligne l'AIE, qui conseille des pays développés sur leur politique énergétique.

L'agence évoque aussi ces technologies existantes — éolien en mer, véhicules électriques, captation et séquestration du carbone — dont les prix doivent baisser et le déploiement s'accélérer. Elle a calculé que les trois quarts des réductions d'émissions de CO2 nécessaires pour mettre le monde sur une voie durable, proviennent de technologies qui n'ont pas encore atteint leur maturité.

Tout ceci va nécessiter des investissements, aujourd'hui mis en cause par la crise économique consécutive à la pandémie du COVID-19. Les entreprises qui planchent sur ces solutions craignent que leurs budgets de R&D ne soient rognés, selon une enquête de l'AIE.

«Ce n'est pas le moment de fragiliser le soutien pour ce travail essentiel. C'est le moment de le renforcer», souigne M. Birol. Malgré les difficultés financières, l'agence encourage ainsi les gouvernements à maintenir les budgets de recherche et développement, voire à les augmenter dans certains domaines. Elle formule aussi une série d'autres recommandations comme donner la priorité aux technologies les plus prometteuses, construire les infrastructures nécessaires à leur développement ou collaborer au niveau mondial pour trouver des solutions.

Le monde ultraviolet des colibris

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Le monde ultraviolet des colibris

Les minuscules oiseaux-mouches au vol stationnaire, ceux qui viennent boire le nectar des fleurs en battant des ailes si vite qu’elles sont à peine perceptibles, ont un autre secret. Ils peuvent distinguer un monde qui nous est invisible.

Une récente étude montre en effet que ces colibris utilisent leur capacité à voir dans l’ultraviolet pour se nourrir, rapporte le New York Times. Une capacité qui sert aussi à leur reproduction.

Du point de vue de l’oiseau, de nombreuses plantes et même des plumes portent en effet de riche coloris invisibles pour l’œil humain. Ils vivent dans un monde plus coloré que le nôtre, ont constaté les chercheurs du Rocky Mountain Biological Laboratory qui ont testé 19 paires de couleurs. Leur étude est parue dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

La perception de la couleur, chez eux comme chez nous, repose sur des photorécepteurs (ou cônes) qui, dans la rétine de l’œil, sont dédiés à la détection des couleurs — chacun répondant à différentes longueurs d’onde de la lumière. Par exemple, lorsque la lumière se reflète sur une pomme, une feuille ou un champ de jonquilles, cela envoie des signaux qui, dans le cerveau, génèrent la perception du rouge, du vert ou du jaune.

Les humains disposent de trois sortes de cellules photoréceptrices. La plupart des oiseaux en ont quatre, dont une qui est sensible à la lumière ultraviolette : on dit qu’ils sont tétrachromates, comme la plupart des reptiles, des amphibiens et comme certains poissons.

Les chercheurs savent depuis longtemps que les couleurs UV sont répandues dans le monde animal. Mais le colibri, et plus largement les oiseaux, ne sont pas parmi les plus généreusement dotés de ce type de cellules : la crevette-mante, ou squille de la Grande barrière de corail, en Australie, aurait 12 cônes ; ce qui, étonnamment, ne lui confère pas une vision plus subtile des couleurs.

Les auteurs de la nouvelle recherche, dirigée par la biologiste Mary Caswell Stoddard, de l’Université Princeton, ont passé trois étés dans une prairie de montagne, au Colorado, à observer des centaines de colibris et tenter de déterminer comment ces oiseaux utilisent des couleurs UV dans leur vie quotidienne. Les chercheurs ont notamment planté dans la nature une petite structure avec deux trépieds, chacun surmonté d’une soucoupe remplie de liquide et d’une lumière DEL colorée.

Ces lumières semblaient identiques à l’œil humain, mais l’une des deux était constituée, en plus des lumières « visibles », d’une lumière UV.

Les chercheurs ont capté près de 6000 visites de colibris venus goûter le nectar. En changeant les positions des trépieds, il est rapidement devenu évident que les colibris faisaient bel et bien la différence.

En même temps, des expériences avec des milliers d’échantillons de plumes et de plantes révèlent que les paires de couleurs ne sont pas toutes aussi faciles à distinguer pour tous les oiseaux. Les chercheurs soupçonnent un lien avec les couleurs qui sont davantage présentes dans leur environnement. La semaine, par exemple, d’éclosion des fleurs de Gilia écarlate, les colibris qui distinguent plus particulièrement les couleurs rouges pourraient mieux profiter de leur nectar.

COVID-19 : l’OMS interdit les autopsies ? Faux

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COVID-19 : l’OMS interdit les autopsies ? Faux

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Selon une rumeur qui s’est répandue en plusieurs langues, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aurait interdit les autopsies de patients morts de la COVID-19, dans le but d’empêcher une vérité de voir le jour. Au-delà du fait que la fausseté de cette affirmation peut facilement être démontrée, elle repose sur une méconnaissance des réels pouvoirs de l’OMS, constate le Détecteur de rumeurs.

L’origine de la rumeur

Le point de départ est une affirmation suivant laquelle des médecins italiens auraient prétendument découvert que ce n’est pas un virus, mais une bactérie qui causerait les décès associés à la COVID. Ils auraient fait cette « découverte » en désobéissant à « la loi sanitaire mondiale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de ne pas pratiquer d’autopsies sur les morts du coronavirus ». Depuis la fin du mois de mai, diverses versions de cette « théorie » ont été partagées dans plusieurs langues, comme le français, l’anglais et même le tagalog, un dialecte philippin.

Les faits

C’est en réalité le contraire : les lignes directrices de l’OMS disent clairement qu’il est tout à fait possible d’autopsier un corps présumé ou confirmé infecté par la COVID-19, à condition de respecter certaines mesures de sécurité pour éviter tout risque de contaminer le personnel qui pratique ces autopsies. Par exemple, il faut effectuer ces procédures « dans une salle convenablement ventilée, c’est-à-dire comportant au moins une ventilation naturelle [...], ou dans le cas des salles équipées d’une ventilation mécanique, sous pression négative ». Les États membres de l’OMS, comme le Canada, basent leurs propres lignes directrices sur ces recommandations.

De semblables recommandations s’inscrivent dans la mission globale de l’OMS qui, dans les situations d’urgence, comme une pandémie, a entre autres pour rôle d’établir des normes afin d’harmoniser la réponse de la communauté internationale. Dans le cas de la Covid-19, l’OMS enjoignait d’ailleurs dès la fin janvier les pays à « mettre en œuvre une approche globale en matière de santé publique » pour prévenir les infections.

Recommander, mais pas ordonner

Toutefois, l’OMS ne peut pas contraindre ses membres à suivre ses orientations, et c’est pourquoi, même si elle avait recommandé de ne pas pratiquer d’autopsies (ce qu’elle n’a jamais fait), elle n’aurait eu aucun pouvoir pour obliger qui que ce soit. Contrairement à d’autres organisations de l’ONU comme l’Organisation mondiale du commerce, qui dispose d’un mécanisme de résolution des différends commerciaux, l’OMS n’a pas de pouvoir incitatif ou coercitif et mise plutôt sur une approche de volontarisme. C’est ce qui explique que, par exemple, un pays comme la Suède ait pu gérer la crise à sa manière, sans imposer de confinements aussi stricts qu’ailleurs.

Ce manque de pouvoirs contribue aux critiques. Elle a par exemple été blâmée pour sa gestion de la crise du virus H1N1 de 2009, notamment en ce qui a trait à la transparence de ses processus décisionnels. Il en a été de même pour sa réponse jugée tardive face à l’épidémie d’Ebola, en 2014. Les réformes subséquentes concernant les urgences sanitaires ne l’ont pas empêchée d’être attaquée cette année, cette fois-ci pour sa présumée complaisance envers la Chine.

Les États-Unis, à l’origine de cette accusation, ont d’ailleurs menacé de mettre fin à leur relation avec l’OMS. Ils ont suspendu leur contribution monétaire de 553 millions de dollars américains pour l’exercice financier 2020-2021. Cette cotisation représente plus de 20 % du budget annuel total de l’OMS, qui est actuellement d’environ 2,4 milliards. À titre de comparaison, ont noté plusieurs observateurs lors du retrait américain, c’est moins que chez certains hôpitaux universitaires comme celui de Cleveland, en Ohio, dont le budget se chiffrait à 3,9 milliards en 2017.

En fait, l’OMS souffre d’un sous-financement chronique depuis longtemps. Le retrait des États-Unis pourrait la rendre encore plus dépendante de fonds provenant d’organisations philanthropiques, comme la Fondation Bill & Melinda Gates, qui lui a versé 341 millions en 2020-2021… au risque d’alimenter d’autres théories du complot.

Jean-François Cliche
Quelle pente peut gravir un tramway ?

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Quelle pente peut gravir un tramway ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Le tracé sous-terrain du futur tramway, sous le quartier Saint-Jean Baptiste, a été présenté aux résidants et aux médias récemment. À la question «Pourquoi un tunnel alors qu’il serait tellement plus simple (et meilleur marché !) d'emprunter la Côte d’Abraham ?», la réponse de la Ville fut que cette pente est trop forte pour les tramways modernes. Mais comment expliquer alors que les tramways anciens, dès 1897 et jusqu’en 1948, la montaient sans problème ? La véritable raison ne serait-elle pas que cela Ville veut sauvegarder l’espace déjà dédié à l’automobile ?», demande Michel Beaulieu, de Québec.

Effectivement, le tramway qui a circulé dans les rues de Québec pendant la première moitié du XXe siècle gravissait la côte d’Abraham sans problème, même si son inclinaison est d’environ 10 %, avec des pointes à 12 % pour se rendre jusqu’à la Place D’Youville. Or dans ce dossier, on a souvent entendu la Ville défendre l’idée d’un tunnel sous le quartier Saint-Jean-Baptiste en disant que les tramways dits «modernes» ne peuvent monter des pentes de plus de 6 ou 7 %. Alors depuis quand les «trams» ont tant de difficulté avec les côtes ?

Quand on tente de se figurer ce qui peut empêcher un train ou un «tram» de franchir une pente, on se dit naturellement que ce doit être une question d’adhérence, que les roues de métal doivent finir par glisser sur les rails métalliques. Mais en réalité, explique le spécialiste des transports collectifs de l’École polytechnique Pierre-Léo Bourbonnais, c’est d’abord et avant tout une question de puissance — même si l’adhérence peut finir par être un problème elle aussi, surtout dans certaines conditions météos. Pour peu qu’ils soient conçus de la bonne manière, «en théorie les trams peuvent grimper 12 %, voire 14 %, mais cela engendre des coûts supplémentaires et cela demeure assez rare», dit-il.

À Lisbonne, par exemple, le tramway grimpe des pentes allant jusqu’à 13,8 % et dans la ville autrichienne de Linz, 11,6 %. Et ils le font uniquement par l’adhérence entre leurs roues et les rails, sans recourir à des systèmes spéciaux comme des chaînes qui tirent les wagons vers le haut ou à des crémaillères (des roues dentelées qui s’imbriquent à un rail spécial, dentelé lui aussi, placé dans les côtes particulièrement abruptes).

Pour développer suffisamment de puissance, cependant, les tramways doivent être munis de plusieurs «essieux moteurs». Les essieux, ce sont essentiellement les «barres» qui relient deux roues, sous les voitures. Ils peuvent être «passifs» et servir simplement à supporter le poids du véhicule. Ou ils peuvent être «moteurs» : la puissance du moteur leur est transmise, ce sont eux qui font avancer la voiture.

Or, indique M. Bourbonnais, «de nos jours, pour des questions d’accessibilité universelle, on utilise de plus petites routes et de l’équipement plus petit pour avoir un plancher bas intégral sur toute la longueur du véhicule», ce qui empêche de placer des essieux moteurs sous le véhicule, car ils sont plus volumineux que les essieux «passifs» et prennent trop de place.

Ce ne sont pas donc «les tramways» en général qui ne peuvent pas grimper des pentes comme la côte d’Abraham, mais seulement les trams dits «modernes», dont on garde le plancher aussi bas que possible pour accommoder les personnes âgées et à mobilité réduite. Les autres, pour peu que leur conception le permet, en seraient tout à fait capables.

Ou du moins, ils le seraient du seul point de vue de l’inclinaison, car il y a par ailleurs bien d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte. En plus de la côte, ajoute M. Bourbonnais, «négocier les virages dans les pentes pour monter en Haute-Ville est [...] très complexe. C’est pour cette raison que le tunnel, bien que coûteux, réduit considérablement la complexité du tracé». Quiconque connaît un tant soit peu le secteur sait en effet très bien qu’il y aurait eu des virages prononcés à négocier en pleine pente, notamment à la jonction entre la côte d’Abraham et Honoré-Mercier, puis entre Honoré-Mercier et René-Lévesque.

«Limiter les courbes dans les pentes raides [aurait demandé] un réaménagement important à Québec à mon avis», explique M. Bourbonnais, ce qui n’aurait pas forcément été plus simple à faire qu’un tunnel puisqu’il s’agit d’un secteur très densément construit.

En outre, m’a indiqué la porte-parole de la Ville Stéphanie Gaudreau, «lors de la phase d’avant-projet, différents scénarios ont été envisagés pour la montée de la Basse-Ville vers la Haute-Ville, dont une insertion en surface dans la côte d’Abraham et un passage en souterrain dans le secteur de la Place D’Youville. Cette option n’a pas été retenue en raison de son impact sur la circulation dans la côte d’Abraham et sur l’accès à l’autoroute Dufferin-Montmorency. La Ville considère que le tracé actuel en souterrain est celui qui permet d’assurer la meilleure exploitation possible du tramway tout en réduisant les impacts d’insertion dans un secteur historique et en maintenant les conditions de circulation actuelles»

Donc oui, comme le soupçonne M. Beaulieu, un tunnel sert aussi à «sauvegarder l’espace déjà dédié à l’automobile», mais ce n’est vraiment qu’une partie de l’explication.

Einstein vaut-il la moitié du Dr Raoult ? Pour en finir avec «l’indice h»

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Einstein vaut-il la moitié du Dr Raoult ? Pour en finir avec «l’indice h»

LA SCIENCE DANS SES MOTS / La controverse médiatique entourant le professeur Didier Raoult fournit l’occasion de revenir sur l’omniprésent indice bibliométrique h-index, inventé en 2005 par le physicien américain John Hirsch (d’où le choix de la lettre «h» pour désigner cet indice).

L’«indice h», ou «facteur h», en français est devenu en l’espace de quelques années une référence incontournable chez de nombreux chercheurs et gestionnaires du monde académique.

Il est particulièrement promu et utilisé en sciences biomédicales, domaine où la massification des publications semble avoir rendu impossible toute évaluation qualitative sérieuse des travaux des chercheurs. Cet «indicateur» est devenu le «miroir aux alouettes de l’évaluation», devant lequel les chercheurs s’admirent ou ricanent en constatant le piteux «indice h» de leurs «chers collègues», mais néanmoins rivaux.

Bien que les experts en bibliométrie aient rapidement noté le caractère douteux de cet indicateur composite, la plupart des chercheurs ne semblent pas toujours comprendre que ses propriétés sont loin d’en faire un indice valide pour évaluer sérieusement et éthiquement leur «qualité» ou leur «impact» scientifique.

Le plus souvent, ses promoteurs commettent d’ailleurs une erreur de logique élémentaire en affirmant que les lauréats de prix Nobel ont «en général» un indice h élevé, preuve qu’il mesure bien la qualité individuelle des chercheurs. Or, si un indice h élevé peut en effet être associé à un Nobel, cela ne prouve nullement qu’un indice h peu élevé soit nécessairement associé à un «piètre» chercheur. En effet, un indice h en apparence faible peut cacher un impact scientifique élevé, du moins si l’on accepte que l’unité de mesure habituelle de cette visibilité scientifique se reflète dans le nombre de citations reçues.

Les limites de l’indice h

Défini comme le nombre d’articles N d’un auteur ayant chacun reçu au moins N citations, on voit immédiatement que cet indice est borné par le nombre total d’articles. En d’autres termes, si une personne a vingt articles cités cent fois chacun, son indice h est de 20, tout comme une personne qui a aussi vingt articles, mais cités chacun seulement vingt fois, soit cinq fois moins ! Mais quel chercheur sérieux dirait que les deux sont «égaux» du fait que leur indice h est le même ? Or, si un indicateur n’est pas proportionnel au concept qu’il est censé mesurer, alors il est invalide.

Le plus ironique dans l’histoire de l’indice h est que son inventeur voulait au départ contrer l’usage du nombre de papiers, qui selon lui ne représentait pas bien l’impact scientifique d’un chercheur. Il pensait donc le «corriger» en le combinant au nombre de citations que les articles reçoivent. Pis, il s’avère que l’indice h est en fait très fortement corrélé (à hauteur d’environ 0,9) avec le nombre de publications ! En d’autres mots, c’est bel et bien le nombre de publications qui fait grimper l’indice h davantage que le nombre de citations, indicateur qui, malgré ses limites, demeure la meilleure mesure de l’impact des publications scientifiques.

Quand la poussière du Sahara assombrit l'horizon jusqu'à... Cuba

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Quand la poussière du Sahara assombrit l'horizon jusqu'à... Cuba

LA HAVANE — Un grand nuage de poussière du Sahara a assombri le ciel bleu de Cuba une bonne partie de la semaine dernière, entraînant un pic de chaleur et risquant de provoquer des affections respiratoires, alors que ce pays a déclaré sous contrôle la pandémie de coronavirus.

Selon l'Institut de météorologie, une température record, pour cette époque de l'année, de 37,4 degrés a été enregistrée dans la province orientale de Guantanamo, où se trouve la fameuse base navale américaine du même nom. Le nuage a recouvert d'autres îles ou parties d'îles des Caraïbes, dont la Jamaïque, Porto Rico et la République dominicaine.

«Des zones de poussière du Sahara [ont été observées] sur la capitale cubaine, mais c'est jeudi matin qu'a eu lieu la plus forte concentration», a estimé sur Facebook le météorologue cubain José Rubiera.

Le phénomène est dû à une masse d'air chaud et sec qui élève les températures mais bloque aussi la formation de cyclones tropicaux, entraînant une sensation thermique élevée et moins de pluies. Créé par des tempêtes de sable et de poussière du Sahara, ce nuages voyage jusqu'aux Caraïbes poussé par le vent. C'est un phénomène normal à cette saison mais, cette année, la concentration de poussière est «très supérieure à la normale», selon M. Rubiera.

«La docteure Olga Mayol, de l'université de Porto Rico, une île fortement touchée par ce nuage de poussière, estime que cette année, l'intensité est la plus forte depuis 50 ou 60 ans», a-t-il précisé. Cela «entraîne une détérioration notable de la qualité de l'air», a souligné le scientifique cubain Eugenio Mojena, précisant que ce nuage est chargé de matières «hautement nocives pour la santé humaine» et «les écosystèmes marins et terrestres».

Il contient «des minéraux comme du fer, du calcium, du phosphore, du silicium et du mercure, ainsi que des virus, des bactéries, des champignons, des acariens pathogènes, des staphylocoques et des contaminants organiques», a-t-il ajouté.

Le docteur Francisco Duran, le chef du département Epidémiologie du ministère de la Santé, a prévenu que ce nuage pouvait «augmenter les affections respiratoires et allergiques», au moment où l'île vient de déclarer la pandémie de coronavirus sous contrôle, avec seulement un nouveau cas rapporté mercredi, pour un total de 2318 cas dont 85 décès.

Fermer les rues aux voitures, mauvais pour le commerce ? Faux

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Fermer les rues aux voitures, mauvais pour le commerce ? Faux

DÉTECTEUR DE RUMEURS / À travers le monde, le confinement a entraîné toutes sortes de réaménagements urbains, plusieurs impliquant la fermeture de rues commerciales aux voitures. Bien que les commerçants y aient d’abord vu une menace pour leurs affaires, les études disent le contraire, constate le Détecteur de rumeurs.

Ce printemps, la Ville de Montréal a annoncé vouloir implanter 327 km de nouvelles voies piétonnes et cyclables à travers la métropole. Même intention à Québec, où l’administration municipale multiplie les rues exclusives aux piétons et cyclistes — elle comptait six artères commerciales (sur 12) piétonnisées au début juin. À New York, Oakland (Californie), Kansas City et ailleurs aux États-Unis, les autorités ont fermé des rues à la circulation et autorisé des restaurants à y installer des tables. À Paris, certaines rues sont décrites comme des « boulevards à vélos ».

La transformation n’est pas toujours bien accueillie par les marchands. Mais de nombreux travaux ont conclu que le retrait de la circulation automobile des rues commerçantes est généralement bon pour les affaires. Un rapport sur la question publié en 2011 par le ministère de la Transition écologique et solidaire de France établissait que les impacts économiques globaux de la piétonnisation étaient assez positifs. Une étude réalisée en 2008 à Melbourne, en Australie, révélait que la conversion de places de stationnements en pistes cyclables avait un impact positif sur le chiffre d’affaires des commerces riverains.

Une étude réalisée en 2012 par des chercheurs de l’Université de Portland, en Oregon, révélait pour sa part que les piétons et cyclistes consommaient autant, sinon plus, que les automobilistes à chacune de leurs visites, qui sont plus fréquentes. Une enquête réalisée pour le compte de la Ville de Québec en 2018, dans la foulée de l’installation controversée d’une bande cyclable sur la 3e avenue dans le quartier Limoilou, indiquait que les plus grands consommateurs se déplacent près de 80 % du temps à pied ou sur deux roues.

Les facteurs de succès

À Montréal même, ce n’est pas la première fois que la question se pose : la piétonnisation en été de la rue Sainte-Catherine Est, à la hauteur du Village gai, est une histoire couronnée de succès depuis près de 15 ans. En 2016, soit une décennie après le lancement du projet, la Société de développement commercial du Village faisait notamment état d’un taux d’inoccupation des locaux moindre que sur d’autres artères commerciales montréalaises.

Dans un mémoire de maîtrise en géographie publié en 2011, une étudiante de l’Université du Québec à Montréal (aujourd’hui conseillère en aménagement à la Ville de Montréal) analysait d’ailleurs les «facteurs favorisant le processus de piétonnisation dans le contexte nord-américain». Pour ce faire, elle se penchait sur les cas spécifiques de l’avenue Mont-Royal, au début des années 2000, et de la rue Sainte-Catherine Est.

Ses conclusions : parmi les prérequis pour favoriser la réussite de tels projets, «l’importance du pouvoir de l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise de décision finale» est déterminante. La prise de décision «semble peu liée au projet en tant que tel, à ses impacts, mais davantage à la localisation du leadership […], dans notre cas celui des sociétés de développement commercial», écrit-elle.

Autrement dit : une forme de consultation des principaux groupes concernés, garante d’acceptabilité sociale, semble nécessaire à une piétonnisation réussie. Sans réunions, communications et autres sondages d’opinion, les différents acteurs, commerçants comme citoyens, se sentent peu concernés par le projet, et ce, même s’il répond en théorie à leurs besoins.

Données sur la COVID-19 : bonne cause, mauvais argument

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Données sur la COVID-19 : bonne cause, mauvais argument

BLOGUE / Je ressens toujours le même malaise quand j'entends des gens invoquer de mauvais arguments pour défendre une cause qui me tient à cœur. Et je l'ai ressenti souvent depuis mercredi, quand le gouvernement Legault a annoncé que les données québécoises sur la COVID-19 ne seraient désormais mises à jour qu'une fois par semaine, et non plus à chaque jour.

NOTES AUX LECTEURS: Ce texte a été rédigé avant que le gouvernement prenne la décision de poursuivre la publication quotidienne des bilans de la COVID. 

Beaucoup de journalistes, de commentateurs et d'acteurs politiques ont critiqué cette décision comme un recul pour la transparence. Le public sera moins bien informé avec des données mises à jour hebdomadairement plutôt que quotidiennement, disent-ils.

Or j'ai beau, de manière générale, appartenir au camp du «toujours plus d'info et de transparence», cette fois-ci, j'ai du mal à être d'accord. Ce n'est pas vrai que l'information publique perdra grand-chose avec des données mises à jour une fois par semaine. La fonction principale — sinon la seule — de ces chiffres-là est d'indiquer des tendances. Est-ce que l'épidémie est en train de gagner du terrain ou d'en perdre ? Est-ce que le nombre de nouveaux cas est en croissance ou en diminution ? Est-ce que les nouvelles hospitalisations sont à la hausse, et si oui est-ce qu'on approche des limites du système de santé ? Est-ce que la courbe de décès prend le même bord (avec un certain retard), comme on doit s'y attendre ?

C'est à cela que servent ces données. Mais ces tendances-là, comme toutes les autres tendances d'ailleurs, ne peuvent pas être établies sur la base d'une seule journée de données, ni même de deux ou trois. Voyez plutôt :

Étranges symptômes? C’est le stress, pas la COVID-19 !

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Étranges symptômes? C’est le stress, pas la COVID-19 !

Depuis les débuts de la pandémie de Covid-19, vous êtes-vous demandé pourquoi vous aviez plus souvent mal à la tête ? Ou au ventre ? Des démangeaisons ou des boutons ? Pourquoi vos règles sont-elles irrégulières ou plus douloureuses que d’habitude ? Des recherches scientifiques récentes indiquent qu’il pourrait s’agir de réactions biologiques du corps au stress.

Notre système biologique de réponse au stress — l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) — a évolué il y a des centaines de millions d’années pour aider nos ancêtres vertébrés à mobiliser rapidement de l’énergie pour faire face à des événements mettant leur vie en danger, comme des attaques de prédateurs. À court terme, ce système est d’une efficacité redoutable et s’avère essentiel pour la survie.

Le problème de notre situation actuelle est qu’elle dure depuis des mois et qu’on n’en entrevoit toujours pas la fin. Le stress chronique place l’axe HHS en hyperactivité, avec des effets qui se répercutent dans tout le corps. Ses symptômes peuvent même rajouter une source de stress. En comprenant pourquoi notre organisme réagit de cette manière, on pourra élaborer des stratégies pour empêcher le stress de s’installer.

La réponse biologique au stress

Lorsque les animaux perçoivent une menace dans leur environnement, l’axe HHS stimule leurs glandes surrénales pour qu’elles libèrent une hormone appelée cortisol. Le cortisol contribue, avec l’adrénaline, à pomper l’oxygène vers les muscles les plus importants pour permettre à l’animal de combattre ou de fuir.

La réaction « de lutte ou de fuite » produit des symptômes physiques tels que des palpitations cardiaques et une oppression thoracique (le cœur pompe de l’oxygène vers les principaux muscles) ainsi que des papillons dans l’estomac, des nausées et des picotements (le sang quitte l’estomac et les extrémités pour atteindre les muscles plus importants).

L’axe HHS interagit également avec le système immunitaire pour gérer la suite des choses. Le cortisol est un puissant anti-inflammatoire qui se lie à un grand nombre de récepteurs de la peau afin d’aider à réparer les blessures et à combattre les infections.

L’axe HHS ne voit pas de différence entre la menace mortelle que représente l’attaque d’un prédateur et les facteurs de stress modernes. Ainsi, au début de la pandémie, si votre estomac tressaillait ou que vous sentiez votre cœur battre la chamade en lisant les informations sur l’augmentation des cas de Covid-19, votre corps faisait ce pour quoi il a été programmé même si, à ce moment-là, vous n’étiez pas devant un danger physique imminent.

Le problème du stress chronique

L’attaque d’un prédateur est limitée dans le temps. La pandémie de Covid-19, pour sa part, dure depuis des semaines et peut causer de l’isolement social, de l’insécurité professionnelle ou financière ainsi qu’une augmentation des responsabilités familiales. Malheureusement, tout ce que fait l’axe HHS, c’est de sécréter des hormones de stress lorsqu’on perçoit une menace dans son environnement. Ainsi, si l’on se croit devant une menace constante, l’axe HHS produira continuellement ces substances.

L’un des effets les plus importants de la libération prolongée de cortisol est la résistance aux glucocorticoïdes. Les cellules du système immunitaire deviennent alors moins sensibles aux effets anti-inflammatoires du cortisol. En conséquence, le cortisol engendre une augmentation de l’inflammation dans le corps et le cerveau.

Vos démangeaisons et vos éruptions cutanées ? Il est possible que les récepteurs de cortisol de votre peau ne soient plus réceptifs aux effets anti-inflammatoires du cortisol et que soient produites des substances chimiques qui enflamment la peau.

Vos maux de tête ou d’estomac ? Vos règles douloureuses ? Tous ces symptômes peuvent également être le résultat d’une inflammation de systèmes d’organes causée par une activation chronique de l’axe HHS.

Même des symptômes psychologiques, tels que les sentiments de dépression ou de solitude, peuvent être liés à la libération de substances chimiques pro-inflammatoires engendrée par le stress chronique.

Contrôler sa réponse au stress

Une bonne partie de ce qui est perçu comme stressant au quotidien n’est pas liée au risque de contracter le virus de la Covid-19, mais plutôt aux changements que nous avons dû apporter à notre vie. Le travail à domicile, ou la perte de travail, a perturbé nos horaires de sommeil, d’alimentation et d’activité qui régulent notre horloge circadienne interne. Le fait de rester à l’intérieur diminue notre niveau d’activité et d’exercices. De nombreuses personnes, en particulier celles qui vivent seules, se sont retrouvées isolées de leurs amis et de leurs proches.

La perturbation de la routine circadienne, le manque d’exercice et l’isolement social sont considérés comme liés à la dysrégulation des systèmes de stress et immunitaires de l’organisme, ainsi qu’à la libération de substances pro-inflammatoires dans le corps et le cerveau.

Heureusement, il suffit de petits changements positifs pour obtenir une grande réduction du stress. Le fait de maintenir une routine en allant au lit, en se levant et en mangeant à des heures régulières chaque jour favorise un fonctionnement sain de l’axe HHS et du système immunitaire, ce qui est lié à une meilleure santé générale. Il suffit d’une vingtaine de minutes d’exercices modérés, ce qui peut inclure des vidéos d’entraînement dans la maison ou du jogging dans le quartier, pour réduire l’inflammation et améliorer son humeur.

Enfin, parler régulièrement avec des proches, même à quelques mètres de distance ou à l’aide d’un appareil de communication, est excellent pour se protéger des effets biologiques et psychologiques du stress. N’oubliez pas que nous sommes tous dans le même bateau !

* * * * *

Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

Cancers de la prostate : la bonne thérapie pour le bon patient... mais comment ?

Science

Cancers de la prostate : la bonne thérapie pour le bon patient... mais comment ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Un diagnostic de cancer de la prostate, c’est un peu comme une sinistre partie de pile ou face. Pile, le cancer est indolent et le patient peut vivre avec, même sans traitement et pendant très longtemps. Face, le cancer est agressif, ne répond pas aux traitements (même s’ils sont multiples et intenses) et le patient décède au bout de quelques années. Et toutes les variantes entre ces deux extrêmes sont possibles. Bien sûr, les médecins peuvent différencier les formes de cancers plus agressives des indolentes pour conseiller le patient dans son choix de thérapie. Mais comment se fait-il qu’un même cancer se comporte de tant de manières différentes? Et nous, les oncologues, comment est-ce qu’on peut décider de la marche à suivre quand nous sommes en face d’un cancer agressif ?

Bien que «le cancer» soit souvent utilisé au sens large et au singulier pour décrire l’ensemble des cancers, il est maintenant reconnu que nous devrions plutôt parler «des cancers». Premièrement, la sensibilité des cancers aux thérapies varie selon l’origine des cancers i.e. selon l’organe dans lequel les cancers se développent initialement (cancer du sein vs cancer de la prostate). Il faut donc adapter le traitement à l’origine du cancer.

Deuxièmement, le comportement des cancers varie énormément d’un individu à l’autre selon la génétique propre à chaque individu et selon des facteurs environnementaux comme les habitudes de vie.

Troisièmement, il faut comprendre que chez un même individu, la sensibilité des cancers à un traitement évolue dans le temps : les cellules se modifient pour devenir résistantes  aux traitements et à notre système immunitaire, un phénomène appelé « plasticité ». Lorsqu’on parle des cancers de la prostate, nous savons qu’il y a même parfois plusieurs cancers de la prostate au sein d’un même individu avec des réponses distinctes aux traitements. C’est ce qu’on appelle la polyclonalité et l’hétérogénéité.

Cela complique grandement le choix des médecins pour décider du meilleur traitement à administrer à un patient car la sensibilité des cancers à un traitement spécifique est difficile à prédire. On peut administrer plus d’un traitement en même temps (ex. : à la fois hormonothérapie et chimiothérapie) afin de cibler un maximum de cellules cancéreuses mais cela est souvent au prix d’effets secondaires augmentés. L’idéal serait de savoir quel traitement va fonctionner grâce à des biomarqueurs. La manière classique de procéder est de prendre un fragment de tissu des cancers (une biopsie) afin de l’analyser et de choisir une thérapie en fonction des caractéristiques de la tumeur. Mais comme un même patient peut avoir plusieurs types de cellules cancéreuses de la prostate différentes, rien ne nous dit que la biopsie est représentative de toutes les cellules. Ainsi, jusqu’à récemment, les biomarqueurs issus de biopsies ne se sont pas avérés être suffisamment précis pour être utilisé en clinique.

Il faut donc trouver une nouvelle approche qui permette d’évaluer toutes les métastases en même temps et nous faisons justement partie d’une équipe de recherche qui travaille sur une nouvelle stratégie contre le cancer : la «théranostique». Celle-ci allie l’imagerie moléculaire à la thérapie à «radioligand», qui utilise des molécules radioactives qui vont se coller spécifiquement sur les tumeurs.

L’imagerie moléculaire permet de voir spécifiquement les métastases des cancers de la prostate en injectant au patient un traceur radioactif qui va s’attacher à une protéine fortement exprimée dans ces cancers, la PSMA (Prostate Specific Membrane Antigen). Une fois liée au PSMA, le traceur radioactif (ou ligand PSMA) émettra des photons qui seront détectés grâce à une technologie disponible en clinique, la tomographie par émission de positron (Figure 1). Des images de tout le corps du patient seront alors générées.

Le plus vieil œuf de l'Antarctique a été pondu par un énorme reptile marin

Science

Le plus vieil œuf de l'Antarctique a été pondu par un énorme reptile marin

PARIS — Un œuf fossile découvert en Antarctique, semblable à un ballon de rugby, serait l'oeuvre d'un énorme reptile marin de l'époque des tyrannosaure, selon une étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Âgé de 66 millions d'années, l'œuf est détenteur de bien des titres: premier œuf fossile découvert en Antarctique, plus gros œuf à coquille molle, deuxième plus gros œuf jamais découvert (après celui de l'oiseau-éléphant de Madagascar, un volatil disparu)... Mais sa reconnaissance n'est venue que sur le tard : depuis sa découverte en 2011, le fossile patientait sur les étagères du Muséum d'histoire naturel du Chili, ses airs de «ballon dégonflé» ayant laissé les chercheurs dubitatifs. Il avait même été surnommé «The Thing» en référence au film de John Carpenter.

Le mystérieux objet est finalement sorti de l'anonymat après la visite au Muséum en 2018 d'une paléontologue américaine: Julia Clarke, coauteur de l'étude. «Je le lui ai montré et au bout de quelques minutes, Julia m'a dit que ça pouvait être un œuf dégonflé !», raconte dans un communiqué de l'Université du Texas, David Rubilar-Rogers, l'un des découvreurs du fossile. Une théorie depuis confirmée par des expertises pointues.

«Cet œuf est à coquille molle, c'est-à-dire que sa coquille est peu minéralisée et très souple. C'est un type d'oeuf aujourd'hui pondu que par les lézards et les serpents», explique à l'AFP Lucas Legendre de l'Université du Texas, également coauteur de l'étude.

Pour définir quel animal pouvait avoir pondu un telle chose, les chercheurs ont fait l'inventaire des animaux présents en Antarctique à cette époque. «Il y avait beaucoup de dinosaures, mais la plupart d'entre eux étaient trop petits pour pondre un tel œuf. Et ceux qui auraient pu être assez grands pondaient des œufs sphériques. Il ressemble vraiment aux oeufs des lézards et des serpents, mais il provient d'un parent de ces animaux vraiment géants", ajoute-t-il.

Le chercheur estime d'ailleurs que le reptile qui a pondu l'œuf devait faire plus de 6 mètres de long (sans compter sa queue). Peut-être un mosasaure, un reptiles marins disparu, très commun en Antarctique à cette époque.

«Cette nouvelle découverte montre que les œufs peuvent être incroyablement différents dans leur structure et leurs proportions, et nous ne comprenons pas complètement les facteurs qui peuvent influencer la variation de ces paramètres», conclut Lucas Legendre.

Les humains sont capables de décrypter les cris des chimpanzés

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Les humains sont capables de décrypter les cris des chimpanzés

PARIS — Aux cris d'un chimpanzé, les humains sont capables de deviner si le primate se fait attaquer, découvre de la nourriture ou subit une séance de chatouilles, selon une étude publiée mercredi dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

«Pour la première fois, nous démontrons que l'homme est capable de déduire de vocalisations d'autres espèces, les contextes comportementaux dans lesquels elles ont été produites», explique à l'AFP Roza Kamiloglu de l'Université d'Amsterdam, coauteur de l'étude.

Pour arriver à ces conclusions, près de 3.500 personnes, non expertes en primates, ont été invitées à écouter 150 vocalisations de 66 chimpanzés, puis à déterminer si l'animal se trouvait dans un contexte positif ou négatif et s'il était détendu ou excité. «L'individu se trouve dans une situation négative lorsque par exemple il est attaqué par un autre chimpanzé, lorsqu'il fait face à quelque chose d'effrayant ou est séparé de sa mère», détaille Roza Kamiloglu. Les chatouilles et les bons repas illustrent, eux, les contextes positifs.

«Nos résultats montrent que les auditeurs sont plus à même de déduire des informations à partir de vocalisations négatives que positives», note la chercheuse, ajoutant que «les situations négatives impliquent un danger et peuvent être plus importantes pour la survie».

Parmi les participants, 300 ont ensuite dû relier les vocalisations à dix contextes comportementaux définis par les chercheurs, selon s'ils pensaient que le primate découvrait de la nourriture, était chatouillé ou attaqué par un autre chimpanzé, ou si lui-même menaçait un congénère agressif ou un prédateur... Les autres ont été invités à indiquer si oui ou non le cri entendu correspondait à un contexte comportemental. Ce pour chaque contexte.

Selon l'étude, «les résultats montrent que les auditeurs ont réussi à faire correspondre les vocalisations avec la plupart des contextes». Une aptitude due au fait que nous sommes «génétiquement étroitement apparentées» aux chimpanzés.

COVID-19 : vos animaux de compagnie sont-ils à risque ?

Science

COVID-19 : vos animaux de compagnie sont-ils à risque ?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Les chats et les chiens peuvent-ils être contaminés et transmettre le virus ? Des recherches récentes semblent confirmer qu’ils peuvent bel et bien contracter la COVID-19… mais ça ne veut pas dire qu’ils peuvent la transmettre. Le Détecteur de rumeurs a vérifié.

Deux chats qui, en avril dans l’État de New York, avaient présenté des symptômes respiratoires (toux, reniflements, écoulements nasaux), étaient bel et bien porteurs du virus SRAS-CoV-2. Le propriétaire du premier félin avait contracté la maladie avant son animal. Dans le second cas, aucun membre du foyer n’a manifesté de symptômes, mais aucun test n’a été effectué pour vérifier si l’un d’eux était porteur du virus.

Il s’agissait des deux premiers cas d’animaux de compagnie contaminés aux États-Unis, selon l’agence américaine de prévention et de contrôle des maladies (CDC). Mais ils ne sont pas uniques. Des tests réalisés à Hong Kong sur deux chiens se sont aussi révélés positifs sans que les animaux ne présentent de signes de la maladie. Et le chat d’une personne contaminée par le SRAS-CoV-2 a été infecté en Belgique et a présenté des symptômes. À la fin-mai, un berger allemand vivant à New York devenait le premier chien infecté aux États-Unis. Un de ses propriétaires était porteur du virus.

Ces exemples démontrent que les chiens et les chats peuvent être sensibles au coronavirus, mais ça ne semble pas très fréquent : des tests effectués sur 15 chiens et 8 chats dans des familles atteintes de la COVID-19 à Hong Kong se sont révélés négatifs. Et lors de la validation de son test de dépistage de la COVID-19, la compagnie américaine IDEXX a testé 3500 spécimens canins, félins et équins aux États-Unis et en Corée du Sud : aucun n’était positif. On ne sait toutefois pas si ces échantillons provenaient de ménages ou d’environnements infectés par le virus.

Bien que les données soient limitées, l’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) concluait à la fin de mars que le risque d’infection et de maladie est faible chez les animaux domestiques.

Facteur de transmission ?

Et rien n’indique qu’ils jouent un rôle dans la transmission de la COVID-19 aux humains ou à d’autres animaux, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le CDC. Jusqu’à maintenant, tous les cas de chiens et de chats infectés montrent que la transmission s’est faite de l’humain vers l’animal, et non l’inverse.

Une revue de littérature n’a pas permis de trouver d’études évaluant la fourrure, les poils ou la peau comme sources de transmission chez les chats ou les chiens, que ce soit le SRAS-CoV-2 ou les autres coronavirus à l’origine du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) ou du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). En mai, l’OMS a fait état d’un cas «possible» de contamination de deux employés néerlandais par deux visons d’élevage, mais la preuve reste encore à faire.

Mesures de précaution

Incapables de dire avec certitude si le virus peut survivre quelques minutes ou quelques heures sur les poils des animaux, les vétérinaires recommandent la prudence et de les tenir à distance des personnes qui n’habitent pas le même foyer.

Le CDC et les vétérinaires demandent aussi aux propriétaires d’animaux domestiques de les maintenir autant que possible à l’intérieur, pour limiter les contacts. Pour leur part, des chercheurs réclament que la question de la transmission de l’humain à l’animal soit davantage creusée.

En attendant, des vétérinaires s’en tiennent aux bonnes vieilles recommandations : éviter de se faire lécher le visage par son animal et se laver les mains régulièrement lorsqu’on s’occupe de sa litière ou de son alimentation.

Jean-François Cliche
COVID-19 : la «Suède d’Asie»

Science

COVID-19 : la «Suède d’Asie»

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi le Japon a-t-il eu si peu de cas confirmés et de morts liés à la COVID-19 comparativement au Canada, qui pourtant possède seulement le tiers de la population du Japon ?», demande Michel Jacob, de Trois-Rivières.

Aux dernières nouvelles, le Japon n’avait pas encore atteint le cap des 18 000 cas ni celui des 1000 décès. C’est effectivement beaucoup moins que les quelque 100 000 cas confirmés et plus de 8000 décès constatés au Canada. Au pro rata de la population (127 millions au Japon, 38 millions au Canada), le contraste est encore plus saisissant : 141 cas et 8 décès par million d’habitants au Japon, contre 2630 et 210 ici. Et c’est sans rien dire du Québec : 6350 cas confirmés et 616 décès par million.

Comme on l’a déjà vu dans cette rubrique, il est toujours hasardeux de comparer les statistiques entre différents pays ou provinces parce que les efforts de dépistage et les définitions de «décès liés/causés par la COVID-19» ne sont pas les mêmes partout. D’ailleurs, le premier ministre nippon Shinzo Abe a été critiqué en début de pandémie parce que son pays faisait relativement peu de tests, «échappant» ainsi de nombreux cas. Alors il est possible qu’une partie de l’épidémie soit passée inaperçue puisque les dernières données disponibles au sujet de la mortalité (toutes causes confondues) notaient environ 1000 décès de plus qu’à l’habitude juste dans la capitale, Tokyo, rapportait l’agence Bloomberg la semaine dernière. Partout où l’épidémie a frappé, on a noté une hausse notable de la mortalité générale. Alors peut-être bien, oui, que l’ampleur des dégâts a été un peu sous-estimée au Japon.

Mais on n’a clairement pas juste affaire à un tour de passe-passe méthodologique, ici. La surmortalité d’avril à Tokyo, pourtant la ville la plus durement touchée du pays, n’était qu’environ 12 % par-dessus la moyenne des quatre dernières années, et 7 % supérieure au nombre de décès survenus en avril 2019. C’est beaucoup, beaucoup moins pire que dans les pays qui ont été les plus durement frappés par la COVID-19. En Angleterre et au Pays-de-Galles, par exemple, la surmortalité a dépassé les 100 % dans la seconde moitié d’avril, au plus fort de l’épidémie. Si le Japon avait «regardé ailleurs» en limitant le dépistage, les stats de mortalité générale auraient facilement révélé l’entourloupe. On voit ici que ce ne fut pas (ou assez peu) le cas.

Alors pourquoi le coronavirus a-t-il eu tant de mal à se répandre là-bas ? Le Japon est un cas très intrigant, il faut le dire : une sorte de «Suède d’Asie», au sens où le gouvernement Abe n’a pas imposé un confinement massif et obligatoire comme ailleurs. Un état d’urgence a été déclaré, mais rien qui s’approchait de ce qu’on a connu ici — pas de restriction légale dans les mouvements de la population, la plupart des commerces sont restés ouverts, etc.

Sauf que… Après des débuts prometteurs, la Suède s’est hissée parmi les pays où l’on déplore le plus de mort à chaque jour : elle est montée jusqu’à 10 décès quotidiens par million d’habitants et se situait toujours au-dessus de 3 aux dernières nouvelles. Le Japon, lui, n’a jamais dépassé les 0,25 mort par million et par jour, et se maintient très proche du zéro absolu depuis plusieurs semaines.

Six mythes sur le masque

Science

Six mythes sur le masque

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Tour à tour louangé ou désavoué, le port du masque semble, ces dernières semaines, avoir finalement gagné ses lettres de noblesse dans la majorité des pays qui ont enclenché leur déconfinement. Mais la teneur exacte de son efficacité reste difficile à établir. Le Détecteur de rumeurs survole six mythes sur le masque.

1) Le masque sert à se protéger soi-même ? Faux

Le masque protège avant tout l’entourage de celui qui le porte, plutôt que la personne qui le porte. Il bloque la majorité des particules que cette personne émet en toussant et en éternuant, mais aussi en parlant ou en respirant. Or, c’est là le mode principal de transmission du virus, comme le rappellent notamment la Royal Society en Grande-Bretagne ou le Centre de contrôle des maladies (CDC) aux États-Unis.

2) Les masques N95 sont les plus efficaces ? Vrai

Certains masques sont meilleurs que d’autres. Ainsi, les seuls qui bloquent au moins 95 % des particules transportées par les gouttelettes que nous projetons sont les fameux masques N95, qui sont équipés d’un appareil de filtration de très petites particules. C’est pourquoi ce sont ceux qui doivent être utilisés en priorité par le personnel soignant.

Les masques chirurgicaux — qui répondent à des normes précises suivant les pays — sont également reconnus pour leur efficacité, notamment par l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (FDA) et le CDC.

Pour autant, cela ne veut pas dire que le port des masques autres que chirurgicaux est inutile, mais plutôt que leur efficacité nécessite un effort commun et réciproque. Comme l’écrivent les auteurs d’une revue de la littérature scientifique prépubliée en avril et intitulée Face Masks Against COVID-19 : An Evidence Review : «Si chaque personne porte un masque pour diminuer le risque qu’elle soit, sans le savoir, en train de contaminer quelqu’un, alors chacun s’en trouve plus protégé».

Il a en effet été démontré ces derniers mois que les personnes peuvent être contagieuses même si elles ne présentent pas de symptômes : l’existence de ces «asymptomatiques» est devenue un argument supplémentaire pour le port de masques, y compris des masques non médicaux, estiment les auteurs de Face Masks. Même son de cloche dans une revue de la littérature publiée au début de mai par la Royal Society, et dans une tribune de chercheurs publiée fin mai dans Annals of Internal Medicine. Cette dernière conclut que, bien qu’on ne soit pas totalement sûr que le masque en tissu protège réellement l’entourage ou même celui qui le porte, un bénéfice même minime en termes de réduction de la transmission communautaire, dans un contexte de pandémie, n’est pas à négliger.

3) Porter un masque sécurise trop ? Plutôt faux

Un argument souvent avancé par les autorités sanitaires, et qui peut expliquer leur hésitation à recommander le port du masque, réside dans la difficulté à prévoir les changements de comportements des gens, une fois le masque répandu. La crainte est que, animés par un faux sentiment de sécurité, les citoyens se mettent à mal utiliser le masque ou à négliger d’importantes mesures de prévention contre la COVID-19, telles que la distanciation sociale et le lavage des mains. Les auteurs de la revue de la littérature scientifique Face Masks Against COVID-19 : An Evidence Review ont conclu qu’il était peu probable que cette compensation du risque élimine les bénéfices apportés par la généralisation du masque.

Ils rappellent que des craintes similaires avaient été formulées lors de la mise en place des stratégies de prévention du VIH, lors de l’introduction des lois sur les casques de motos, sur le port de la ceinture de sécurité en voiture ou au sujet des casques de ski alpin. Selon la littérature scientifique qu’ils ont consultée, la mise en œuvre de chacune de ces mesures n’aurait pas eu pour effet un regain des comportements risqués, mais elle se serait soldée globalement par davantage de sécurité. La Royal Society avance le même argument dans son document.

4) Les autorités ont changé d’idée ? Oui et non

Fin février, Jerome Adams, l’administrateur fédéral américain des services de santé publique, avait instamment demandé à la population américaine d’arrêter d’acheter des masques. Une position partagée alors par le Centre de contrôle des maladies (CDC). Celui-ci a toutefois, au début d’avril, modifié son guide de recommandations, les Américains étant appelés désormais à porter le masque là où les mesures de distanciation sociale ne peuvent être respectées. Les dirigeants canadiens et québécois ont commencé eux aussi en avril et en mai à s’afficher masqués.

Or, comme le suggère Face Masks Against COVID-19 : An Evidence Review, l’une des raisons expliquant la frilosité première de plusieurs pays a été la crainte de la rupture de stock, particulièrement en masques N95 et chirurgicaux. Une telle situation aurait été catastrophique pour le personnel de la santé. «Les stratégies pour gérer ces réserves critiques ont été d’en appeler au public à réduire son usage de masques médicaux», écrivent les auteurs.

Il est également possible qu’un autre argument ait joué. Dans le passé, le masque ne faisait pas l’unanimité et quelques études avaient bel et bien conclu que le port du masque ne protégeait pas, notamment dans le cas de l’influenza et du rhume. En comparaison, la littérature scientifique sur les coronavirus, qui sont des virus plus gros, est beaucoup plus récente.

5) On peut chiffrer la réduction du risque ? Faux

D’une part, la recherche s’entend de plus en plus sur le fait que la majorité des gens contaminés l’ont été par une exposition directe à une personne déjà contaminée et souvent sans symptômes — donc, par les gouttelettes que cette personne émet en parlant. D’autre part, on mesure de mieux en mieux le pourcentage de gouttelettes qu’un masque peut bloquer. Par conséquent, peut-on mettre un chiffre, comme des mèmes l’ont suggéré, sur la réduction du risque de transmission du virus quand on porte un masque ?

Comme le fait valoir la rubrique de vérification des faits Les Décodeurs, la recherche n’est pas rendue là : la transmission de personne à personne dépend de trop de facteurs, allant du lieu où ces deux personnes se trouvent (espace ouvert ou fermé, climatisation, etc.) à la durée pendant laquelle ces personnes ont été en contact en passant par la charge virale de la personne contaminée.

6) C'est ce qui a fait la différence d’un pays à l’autre ? Pas clair

Plusieurs des pays qui ont aplati rapidement leur «courbe» sont ceux où le port du masque est d’usage courant : le Japon, Singapour, Hong Kong, la Corée du Sud… «Plusieurs sources officielles citent comme raison à cela la mise en place de politiques de masques, à cause de la transmission asymptomatique», écrit la Royal Society.

Toutefois, ces bons résultats ne peuvent pas être attribués uniquement aux masques : le fait que ces pays aient été en première ligne lors de l’épidémie du SRAS en 2003 a fait en sorte qu’ils étaient déjà mieux préparés à mettre en place des politiques sévères (dépistage massif, confinement, isolement, etc.). La Corée du Sud a par exemple une politique de traçage systématique de toutes les personnes avec lesquelles a été en contact une personne contaminée, depuis les transactions de cartes de crédit de cette dernière jusqu’aux données GPS de son téléphone. «Aucun facteur unique ne peut expliquer les différences entre nations ou régions», conclut un reportage récent de The Atlantic.

Il faut aussi signaler les cas de la Nouvelle-Zélande et de l’Islande : elles ont aplati leur courbe assez rapidement, sans que le port du masque ne soit une pratique recommandée. À l’inverse, le Maroc a imposé le port du masque très tôt, mais aussi une politique de confinement très stricte. En Europe, la République tchèque est citée pour avoir imposé très tôt le port du masque et avoir un nombre de décès inférieur à ses voisines.

«Lorsqu’utilisé conjointement avec une généralisation des tests, le traçage des contacts, la mise en quarantaine de toute personne qui pourrait être infectée, le lavage des mains et la distanciation physique, les masques sont un précieux outil de réduction de la transmission communautaire», abondent, pour leur part, les auteurs de la revue de littérature Face Masks.

Dans ses directives du début d’avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) renvoyait la balle aux dirigeants, considérant qu’il n’y avait pas de preuves scientifiques suffisantes «pour conseiller ou déconseiller l’utilisation de masques (médicaux ou autres) par les personnes en bonne santé au sein de la communauté». La Nouvelle-Zélande continue de ne pas inviter sa population à porter le masque, tout en prévenant qu’elle actualisera cette recommandation, «advenant de nouvelles preuves ou directives de l’OMS, ou si l’on voit un changement dans l’évolution de la COVID-19 en Nouvelle-Zélande», peut-on lire sur le site du ministère de la santé néo-zélandais. Dans de nouvelles directives publiées le 5 juin, l’OMS invite cette fois les gouvernements à inciter au port du masque dans les lieux «très fréquentés» des «régions les plus touchées» par la pandémie, ou lorsque la distanciation physique est difficile.

Nature humaine : l'héritage (sexuel) de l’évolution

Science

Nature humaine : l'héritage (sexuel) de l’évolution

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Voici une liste non exhaustive d’une vingtaine d’attributs psychosociaux, de nature sexuelle ou reproductive, très répandus parmi nous et à peu près, voire totalement absents même parmi nos cousins les plus proches [...] : l’érotisme, la pornographie, la prostitution, la pédophilie, la chasteté, le célibat (volontaire ou non, religieux ou laïque), l’adoption, la contraception, l’abstinence, l’avortement, la procréation assistée, l’homosexualité exclusive (et tout l’univers LGBTQ++), la césarienne.

Et, sans prétendre pouvoir confirmer ce qui se passe dans l’esprit des autres mammifères, j’ajouterais : le désir, les fantasmes, la jalousie, la pudeur, l’indécence, l’obscénité, l’exhibitionnisme, etc.

Ces caractères psychosociaux ont été forgés par les capacités culturelles des humains, soutenues par notre nature sexuelle biologique, résultat de notre longue évolution. Les quelques exemples anatomiques ou physiologiques qui suivent représentent un échantillon de l’héritage que nous a légué notre évolution par sélection naturelle. En effet, tout au long des quelque six millions d’années qui séparent la lignée humaine de celle des chimpanzés, plusieurs caractères reproducteurs qui nous distinguent des autres mammifères sont apparus.

Les seins

Comme tous les mammifères, nous sommes pourvus de glandes mammaires productrices de lait, mais nous sommes la seule espèce à posséder des seins. Ces attributs se développent dès la puberté et leur volume se maintient, voire s’accroît, même sans grossesse ni allaitement. De plus, lors de l’allaitement, les quantités de lait produites semblent avoir peu de rapport avec le volume des seins. En fait, les glandes sécrétrices de lait n’occupent qu’une partie du volume du sein, le reste étant constitué surtout de graisses.

Quelle peut bien être la fonction des seins ? Puisqu’ils coûtent de l’énergie et des ressources à construire, à maintenir et à transporter, et que la production de lait ne suffit pas à expliquer leur existence, nous sommes tentés de leur attribuer une fonction sociale. On imagine mal qu’ils ne procurent aucun avantage et n’impliquent que des coûts ; ce serait contraire à l’économie de la nature, telle que dictée par la sélection naturelle, qui exige que les bénéfices surpassent les coûts.

Une hypothèse plausible serait que les seins sont une forme de caractéristique sexuelle secondaire, c’est-à-dire un caractère lié à la procréation, mais qui ne sert pas directement à faire des enfants, comme c’est le cas des caractères sexuels primaires (les gonades, l’utérus et les organes génitaux). Il s’agit davantage de spéculation que d’une hypothèse scientifique capable de générer des prédictions pour la mettre à l’épreuve ; mais de telles spéculations sont utiles, elles constituent le premier pas vers la formulation d’une hypothèse scientifique réfutable. On peut supposer que les seins pourraient servir de signal annonçant la bonne santé et la possession de réserves corporelles suffisantes pour élever des enfants. [...]

Production d'électricité avec des... plantes ?

Science

Production d'électricité avec des... plantes ?

JÉRUSALEM — Des scientifiques israéliens de l'Université de Tel-Aviv ont réussi, au terme de plusieurs années de travaux, à produire de l'électricité à partir de plantes, montrant que ces végétaux peuvent être une source d'énergie «propre».

Cette étude publiée dans la revue scientifique britannique Energy and Environmental Science, a été menée par le professeur Iftach Yacoby, directeur du laboratoire des énergies renouvelables de la Faculté des Sciences de la vie de l'Université de Tel-Aviv, en collaboration avec le professeur Kevin Redding de l'Université d'Arizona (sud-ouest des États-Unis). Elle montre que les plantes possèdent des capacités de production électrique particulièrement efficaces, basées sur le processus de photosynthèse.

Selon M. Yacoby, toutes les plantes vertes, feuilles, herbe ou algues, contiennent de véritables «panneaux solaires» et savent prendre un rayon de lumière pour le transformer en un courant d'électrons. Le défi restait d'extraire ce courant de la plante, d'après ce professeur. «Pour relier un appareil à l'électricité, il suffit de le brancher à une prise de courant. Dans le cas d'une plante, nous ne savions pas où nous brancher. Nous avons cherché une nano-prise en travaillant sur une micro-algue», dans laquelle nous avons injecté à l'aide d'un bio-réacteur une enzyme qui fabrique de l'hydrogène, explique-t-il.

La micro-algue a alors développé des cellules contenant le nouvel enzyme et les chercheurs en ont conclu qu'elle produisait bien de l'électricité. À 42 ans, le professeur Yacoby s'est dit convaincu qu'il pouvait s'agir «d'une nouvelle ère dans l'agriculture qui, après avoir permis de nourrir des gens pendant des millénaires, va pouvoir être utilisée pour produire de l'énergie. On pensait qu'il y avait du potentiel mais on ne savait pas si ça allait marcher et ça a fonctionné», après un travail de presque six années.

«Il y a beaucoup de choses qu'on peut envisager de faire grâce aux résultats de notre recherche», a-t-il renchéri, comme, à terme, «diminuer la pollution dans le domaine des transports et de l'industrie lourde». Mais, selon lui, il faudra pour cela encore attendre entre 10 et 20 ans.

Peut-on «nourrir» sa peau ?

Science

Peut-on «nourrir» sa peau ?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Des crèmes hydratantes promettent de «nourrir» votre peau pour éviter qu’elle ne ride et se dessèche. Mythe ou réalité ?

L’origine de la rumeur

L’idée de départ est simple : il serait nécessaire de nourrir et d’hydrater la peau, de la même façon qu’on le fait pour son corps, en lui fournissant de l’eau, des huiles et des vitamines.

Les médecins du site américain spécialisé en santé Healthline affirment que, pour hydrater sa peau, il faut en fait hydrater son corps. Ils recommandent de boire beaucoup d’eau et de manger des aliments riches en eau comme la pastèque, les fraises et le concombre, pour maintenir une peau lisse et souple, comme dans notre enfance.

Une petite revue de littérature publiée en 2018 pointe dans le même sens. Elle indique que boire davantage d’eau peut augmenter l’hydratation de la couche cornée — la partie de notre peau composée principalement de cellules mortes. Les auteurs soulignent que le mécanisme biologique qui explique cette relation reste mystérieux et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si une hausse de l’apport hydrique diminue les signes de sécheresse cutanée.

Mais pour déterminer si votre peau a effectivement besoin de l’aide d’une crème pour se nourrir et s’hydrater, il faut d’abord comprendre quatre choses sur la façon dont fonctionne la peau.

1) Hydratation naturelle

La peau est formée de trois couches : l’épiderme, le derme et l’hypoderme. La couche externe, l’épiderme, sert de barrière contre les agressions extérieures (le soleil, le froid, la poussière, etc.). La couche la plus profonde, l’hypoderme, contient surtout des cellules graisseuses. Au milieu se trouve le derme, qui contient notamment des glandes qui fabriquent la sueur et le sébum, une matière grasse qui remonte à la surface pour être évacuée par des pores. C’est le sébum qui maintient l’hydratation de l’épiderme, en limitant l’évaporation de l’eau.

Pour plusieurs dermatologues et autres experts, le sébum est suffisant pour assurer l’hydratation de la peau. A priori, les crèmes et lotions ne sont donc pas nécessaires, à moins de ressentir des tiraillements dus à la sécheresse. Le Détecteur de rumeurs n’a pas trouvé d’études pour appuyer ou démentir leur propos.

2) Comment réhydrater une peau sèche

Il est certain que de boire plus d’eau permet de contrer la déshydratation du corps et, par le fait même, de la peau. La peau déshydratée se reconnait notamment à la présence d’un pli cutané, c’est-à-dire que la peau met quelques secondes à reprendre sa forme quand on la pince doucement entre le pouce et l’index. Pour que la peau conserve sa souplesse, la couche cornée doit être composée d’au moins 10 % d’eau et, idéalement, de 20 % à 30 %. Il faut ingérer environ 1,5 litre de liquide par jour pour se prémunir de la déshydratation.

L’application de graisses censées « hydrater » la peau serait d’une utilité limitée pour soigner la déshydratation. Elle le serait davantage sur une peau desséchée par le soleil, la poussière, le froid ou par un traitement médical comme la chimiothérapie ou l’hormonothérapie.

Une publication de l’École de médecine de l’Université Harvard précise que tous les hydratants aident la peau sèche en lui fournissant un peu d’eau et une substance grasse qui la retient. Les crèmes ne remplacent toutefois pas l’huile perdue. À preuve, les enfants ont une peau lisse, même s’ils ne produisent pas de sébum. La peau sèche est donc plus un problème de manque d’eau que de manque d’huile, disent les auteurs.

3) Redonner de l’élasticité à la peau

Une revue de onze petites études portant sur 805 patients a montré que la prise de suppléments de collagène oraux augmenterait l’élasticité de la peau, l’hydratation et la densité de collagène dermique. Une autre étude portant sur 50 femmes, dont la moitié ont reçu un traitement et l’autre moitié formaient le groupe contrôle, suggère que la consommation d’un nutraceutique multicomposant (non spécifié) pendant 60 jours améliorerait l’hydratation et l’élasticité de la peau de 15 à 22 %, selon les zones du visage. Il serait donc possible, en théorie, d’ingérer le collagène plutôt que de le chercher dans une crème hydratante.

4) Le rôle des gras et des vitamines

Presque tous les hydratants sur le marché contiennent, en plus de l’eau, une substance grasse, des humectants (glycérine, acide lactique, urée, etc.) qui aspirent l’eau dans la peau à la fois à partir de l’air et des couches profondes de la peau, ainsi que des substances huileuses, aussi appelées hydratants (vaseline, diméthicone, lanoline, lécithine, etc.), qui bloquent l’évaporation de l’eau.

Toutefois, les études bien contrôlées des ingrédients sont rares et souvent menées auprès de petits groupes. Une analyse de la littérature publiée en 2018 a révélé que les formulations à base d’acide hyaluronique présentent une efficacité prometteuse dans l’étanchéité et l’élasticité de la peau, ainsi que le rajeunissement du visage, mais d’autres études devront être menées pour valider ces effets.

Par ailleurs, l’École de médecine de l’Université Harvard souligne que la présence de vitamines est censée nous faire penser que les crèmes hydratantes peuvent nourrir la peau ou l’alimenter en antioxydants. Pourtant, dans la plupart des cas, ces vitamines font probablement peu de différence, soit parce que les quantités utilisées sont trop petites pour avoir un effet, soit parce que les vitamines se dégradent avec l’exposition à la lumière et à l’oxygène.

Verdict

La peau a besoin d’eau et d’une certaine dose de gras pour maintenir son élasticité. Les données probantes sont cependant trop maigres pour déterminer si les crèmes hydratantes sont la solution. Il semble que boire beaucoup d’eau pourrait être suffisant pour vous éviter des applications quotidiennes… et des dépenses importantes.

Jean-François Cliche
Nicheuse en série

Science

Nicheuse en série

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’ai remarqué un couple de roselins au début du printemps dans notre petit cèdre, juste devant ma fenêtre, et j’ai pu observer toutes les étapes allant de la couvaison jusqu’à la sortie du nid le 5 mai dernier. Je croyais qu’ils avaient quitté le nid pour de bon avant de voir deux mâles tourner autour du nid et se chamailler, alors que la femelle semble être restée dans le nid. Est-il possible qu’ils fassent une deuxième couvaison? Et pourquoi y a-t-il deux mâles ?», demande Marie-Chrystel Marier, de Sherbrooke.

Il y a deux sortes de roselins que l’on voit fréquemment au Québec : le roselin pourpré et le roselin familier. Selon Marie-Hélène Hachey, biologiste pour l’organisme Québec Oiseau et co-auteure de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec (un ouvrage colossal paru l’an dernier), nous avons affaire ici à un nid de roselin familier. La vidéo ci-bas, filmée par Mme Marier, ne montre que la femelle et les petits à leur sortie du nid, mais elle est suffisante pour l’identification. La tête du roselin familier femelle est plus terne que celle du roselin pourpré femelle — et cette dernière a une barre blanche de chaque côté de la tête, que n’a pas le roselin pourpré femelle.

En outre, le roselin pourpré ne fait qu’une seule couvée par année et construit généralement son nid dans des arbres plus grands que le cèdre de Mme Marier et plus loin du tronc. Le roselin familier, lui, fait son nid dans des arbustes (entre autres) et on le voit plus fréquemment en ville.

«C’est [un oiseau] vraiment intéressant parce que la femelle construit des nids «à répétition» et que le mâle nourrit seul les jeunes», commente Mme Hachey. C’est la femelle qui construit le nid toute seule, puis qui «s’occupe d’incuber les œufs, poursuit-elle. Elle couve aussi les oisillons jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de quitter le nid. Quand les jeunes sont sortis du nid (stade fledglings), la femelle part construire un autre nid et le mâle s’occupe de nourrir les jeunes un certain temps.»

Il arrive tout de même assez fréquemment que la femelle reste dans son nid et fasse une seconde couvée avec le même mâle, mais elle finit souvent par «aller voir ailleurs», pour ainsi dire. Le nombre de nids et de couvées varie d’une région à l’autre mais, on a observé au Michigan des femelles faire jusqu’à 6 nids et autant de couvées dans une seule saison, selon les informations que m’a fournies Mme Hachey. Là-bas, aucun couple n’est resté ensemble pour plus de trois couvées.

«Bref le mâle roselin qui a été observé pourrait s’occuper des jeunes laissés derrière par la femelle (si celle-ci n’est visible nulle part). Quant au deuxième mâle, il peut se trouver là seulement par hasard. Mais qui sait, il pourrait lui aussi nourrir les jeunes», dit Mme Hachey.

Celle-ci indique par ailleurs qu’il existe sur Facebook un très bon groupe québécois d’«entraide ornithologique», si je puis dire, où les gens peuvent mettre leurs vidéos et leurs questions : «Des oiseaux à la maison» [https://www.facebook.com/groups/Des.oiseaux.a.la.maison/]. Cela pourra aider pour de futures observations ou questions.

Le coronavirus ne survivrait pas longtemps sur les surfaces, selon de nouvelles études

Science

Le coronavirus ne survivrait pas longtemps sur les surfaces, selon de nouvelles études

MONTRÉAL - La durée de survie du coronavirus sur les surfaces serait somme toute limitée, s’il faut en croire deux nouvelles recherches.

Lors de la première étude, des scientifiques allemands ont cherché des traces du virus sur les surfaces de résidences où habitait au moins une personne infectée.

Ils ont détecté l’ARN du virus sur seulement 3 % des surfaces les plus fréquemment touchées, comme les poignées de porte, et sur 15 % des surfaces de la salle de bain. Ils n’ont pas été en mesure de cultiver le virus en laboratoire à partir de ces échantillons.

L’ARN du virus n’a pas été détecté dans des particules en suspension dans l’air, mais les chercheurs préviennent que la méthode utilisée signifie que ces résultats doivent être interprétés avec prudence.

Par ailleurs, des chercheurs indiens croient qu’un temps chaud réduira la durée de survie du virus sur des surfaces, puisque la chaleur fera s’évaporer les gouttelettes qui le contiennent. Le virus séchera ensuite et mourra.

En revanche, préviennent-ils, un temps très humide pourrait protéger les gouttelettes et, du fait même, le virus.

Ils ajoutent en terminant que des surfaces comme le bois ou encore les écrans de téléphone doivent être nettoyées plus souvent que l’acier et le verre, par exemple. Ces surfaces permettraient aux gouttelettes de s’accumuler, ce qui augmente les chances de survie du virus.

L’intelligence artificielle pour freiner la propagation du coronavirus

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L’intelligence artificielle pour freiner la propagation du coronavirus

Une technologie de surveillance à distance basée sur l’intelligence artificielle mise au point par une professeure de l’Université McGill pourrait freiner la propagation du coronavirus dans les murs des centres de soins de longue durée pour les aînés.

L’invention de la professeure Samira A. Rahimi a été retenue parmi les 11 projets gagnants du concours Défi Innover pour contrer la COVID-19 de Roche Canada. Elle sera mise à l’essai dès le mois prochain auprès d’une soixantaine de patients au Québec et en Ontario, pour une période de trois à six mois.

Dans les deux provinces, entre 70 et 80 % des décès attribuables au coronavirus sont survenus dans des centres de soins pour aînés, a rappelé Mme Rahimi.

«On voulait trouver un moyen pour identifier très rapidement les gens qui ont la COVID-19 dans ces établissements, a-t-elle expliqué. Avec l’intelligence artificielle, on peut surveiller les signes vitaux en temps réel.»

Le programme «AiCoV19: AI-empowered Real-time COVID-19 Symptom Monitoring and Prediction among Senior Residents» de Mme Rahimi exploite l’intelligence artificielle et ce qu’on appelle l’»internet des objets médicaux». Des technologies portables, comme des bracelets et d’autres capteurs, et des réseaux informatiques sont reliés par le biais d’internet pour générer une interaction en temps réel entre les bénéficiaires et le personnel soignant.

Le projet permet donc de suivre, de surveiller et de prédire les symptômes et les changements asymptomatiques chez les personnes âgées. L’appareil avertit le personnel soignant lorsque des symptômes de la COVID-19 sont détectés et/ou prédits, et reste à l’affût de tout signe de décompensation.

Par exemple, si les données témoignent d’un changement ou d’une détérioration des signes vitaux, comme une fièvre ou un essoufflement, le système intelligent informera les responsables.

«Les données récoltées sont automatiquement transmises sur la plateforme. Tout se fait en temps réel, a dit Mme Rahimi. Dans la plateforme, on analyse les données (...) avec l’intelligence artificielle et on peut envoyer une alarme au personnel soignant pour lui dire que quelque chose ne va pas bien.»

Maintien des aînés à domicile

L’utilité du dispositif ne se limite toutefois pas à la lutte contre le coronavirus, puisque Mme Rahimi croit que la technologie pourrait être exploitée pour favoriser le maintien des aînés à domicile.

«On pourrait aussi utiliser ça pour surveiller la santé des gens chez eux, a-t-elle assuré. Ce serait très utile en télémédecine. (...) Avec l’intelligence artificielle, on peut prédire si quelque chose risque de mal tourner, par exemple le lendemain ou la semaine suivante.»

Les séquelles psychologiques de la COVID-19 (bis)

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Les séquelles psychologiques de la COVID-19 (bis)

BLOGUE / Dans ma chronique de dimanche dernier, on me soumettait le cas d'un homme très âgé qui s'était remis de la COVID-19 après trois semaines passées à l'hôpital, mais qui semblait garder des séquelles psychologiques. Il n'avait apparemment jamais repris sa «personnalité» et son humeur habituelles, montrant au contraire une irritabilité et un manque d'entrain prolongés que sa famille ne lui connaissait pas.

Je citais dans cette chronique une étude parue récemment dans The Lancet concluant que la plupart des patients atteints de la COVID-19 devraient s'en sortir sans subir de troubles mentaux, mais que le personnel soignant ferait mieux de garder un œil sur des symptômes de dépression, d'anxiété, de lassitude et de stress post-traumatique, car les auteurs de l'article en avaient observé pas mal. Je citais également la professeure de psychologie à l'Université Laval Geneviève Belleville, qui me confirmait qu'on ne devrait pas présumer qu'un changement d'humeur chez un aîné est simplement dû au vieillissement, «surtout quand il ne semble pas y avoir de cause physiologique derrière, comme un début de démence».

J'ai reçu un commentaire très intéressant d'une médecin de Laval, qui me dit que oui, il est tout à fait possible que le changement d'humeur de ce monsieur soit entièrement dû à l'hospitalisation, mais que dans le cas d'une maladie comme la COVID-19, qui touche plus d'organes et de systèmes différents que les infections respiratoires habituelles, il faut vraiment être très prudent l'interprétation des symptômes.

Or le passage de mon texte sur l'absence de causes physiologiques à valider avant de conclure que le séjour à l'hôpital est en cause survient à la toute fin, et il est fort bref. Le commentaire de Dre Bonnaud me fait réaliser que j'aurais sans doute dû faire ressortir un peu plus cette possibilité, alors je le reproduis ici (avec sa permission) afin d'amener les nuances nécessaires :

Je vous suis sur twitter et apprécie beaucoup votre professionnalisme et votre rigueur scientifique. Je n'ai jamais commenté un de vos articles dans le passé, mais je me suis sentie interpellée par l'article ci-haut cité.

Je suis d'accord avec vous pour le fait qu'un changement de milieu de vie, comme une hospitalisation avec/ou sans un séjour aux soins intensifs peut définitivement conduire à un détérioration de l'humeur, surtout chez les personnes âgées.

Par contre, comme pour tout changement de l'humeur chez un patient, il faut s'assurer d'avoir un diagnostic différentiel qui inclut d'éliminer des pathologies physiologiques. Même si nos connaissances sur une infection au SARS-COV2 sont embryonnaires, il semble que cette pathologie présente plus de symptômes systémiques que les autres virus d'origine respiratoire.

Il est connu que plusieurs virus (Virus du Nil Occidental, Zika etc ) peuvent causer des atteintes du système nerveux et donner des symptômes neurologiques périphériques et centraux (ce qui inclut des changements de l'humeur).

Avant de conclure à une atteinte psychologique dans le contexte d'un infection à SARS-COV2 prouvée, il faudrait d'abord valider si l'atteinte est plutôt organique. Nous voyons des patients qui développent des complications neurologiques de leur infection à SARS-COV2 : névrites sensitives (douleurs et engourdissements), névrites motrices (faiblesses musculaires localisées), atteintes cognitives ou de l'humeur (irritabilité, diminution de la patience). Ces symptômes apparaissent habituellement plusieurs jours/semaines après l'infection initiale, soit dans la phase vasculaire.

Au niveau du cerveau, «le psychologique influence le physique» et vice-versa. Selon votre article, le patient devait obtenir des services de physiothérapie. Si le début des symptômes psychologiques coincide avec une atteinte neurologique périphérique (plainte de douleurs et fatigue) cela indique que la problématique pourrait être en partie d'origine organique. Dans ce cas, il est rassurant de savoir que le prognostic des neuropathies d'origine virales est habituellement très bon.

Face à un virus à multiples facettes et que nous connaissons peu, je pense qu'il faut être très prudent dans l'interprétation des symptômes.

Dre Jeanne Bonneau, Laval

La «zone de combustion des graisses» existe-t-elle ?

Science

La «zone de combustion des graisses» existe-t-elle ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les gens qui souhaitent maigrir cherchent à savoir quel est le moyen le plus efficace pour perdre leurs kilos en trop — et les régimes ou les entraînements à la mode qui affirment avoir le «secret» pour faire fondre la graisse abondent.

Selon une théorie, en s’entraînant à environ 60 % de sa fréquence cardiaque maximale, l’organisme se trouve dans la «zone de combustion des graisses», qui serait optimale pour la perte du poids. Mais cette zone existe-t-elle vraiment ?

Il faut d’abord comprendre le fonctionnement du métabolisme. Même si l’on reste assis toute la journée à un bureau, pour répondre à ses besoins énergétiques, le corps utilise du «carburant» qui provient des glucides, des protéines, des lipides (ou graisses) et des phosphates. Toutefois, le rythme auquel l’énergie est utilisée et la quantité dont on dispose varient d’une personne à l’autre. Cela dépend d’un certain nombre de facteurs, tels que l’apport en nourriture, l’âge, le sexe et la quantité ou la fréquence de l’exercice physique.

En général, les exercices à faible intensité — comme la marche à un rythme soutenu ou un jogging léger — n’exigent pas autant d’efforts de nos muscles que le sprint, par exemple. Cela signifie que le corps a moins besoin d’énergie et, dans ce cas, il s’approvisionne principalement dans les graisses.

Cependant, quand l’intensité augmente, l’organisme n’arrive plus à métaboliser les lipides assez rapidement pour répondre à ses besoins énergétiques. Il utilise alors les glucides, qu’il peut les métaboliser plus rapidement. On peut en conclure qu’il y a effectivement une intensité d’exercice où la graisse est la principale source d’énergie.

Lorsque le corps est au repos, le nombre de calories dont il a besoin pour fonctionner est particulièrement faible, de sorte qu’il puise alors son énergie dans les graisses. Cela signifie que l’éventuelle «zone de combustion des graisses» se situerait entre l’état de repos et le niveau d’intensité d’exercice où les glucides deviennent la principale source d’énergie (en termes de pourcentage de contribution à la demande énergétique).

On parle alors d’une zone qui s’étend d’un rythme cardiaque au repos d’environ 70 battements par minute à un rythme d’environ 160 battements par minute pendant un exercice d’effort modéré (comme le cyclisme à vitesse constante où tenir une conversation devient un défi), où on passe de l’utilisation des graisses à celles des glucides.

Le problème avec une aussi large zone est que la personne qui fait de l’exercice n’optimise pas toujours sa capacité à métaboliser les graisses, car à mesure que l’intensité de l’exercice augmente, il y a une modification progressive de la proportion des graisses et des glucides qui servent à alimenter l’organisme.

Zone de combustion des graisses

Comment pouvons-nous savoir à quel moment notre corps passe de l’utilisation des graisses à celle d’autres combustibles pour produire de l’énergie ? Une des approches adoptées par les chercheurs consiste à évaluer la quantité de graisse qui sert de source d’énergie pendant des exercices de différentes intensités.

En mesurant la quantité d’air qu’une personne expulse pendant une épreuve d’effort qui devient de plus en plus difficile, les physiologistes ont pu calculer la proportion des lipides et des glucides utilisés pour répondre aux besoins énergétiques à différentes intensités. La plus grande quantité de graisse brûlée est appelée «taux maximal d’oxydation des graisses» (ou MFO pour l’anglais maximal fat oxidation rate), et l’intensité à laquelle elle se produit est appelée «FATmax».

Coronavirus : 4 mythes sur le modèle suédois

Science

Coronavirus : 4 mythes sur le modèle suédois

Il a beaucoup été question de l’approche de la Suède depuis le début de la pandémie. Sa gestion de la crise, assez unique, lui a valu de nombreuses critiques. S’agit-il d’un échec ou le verdict est-il encore à venir ?

1) La Suède prétend viser l’immunité collective ? Faux

Bien que plusieurs personnes en doutent, la position officielle des autorités suédoises depuis le début de la crise de la COVID-19 est qu’elles ne poursuivent pas une stratégie d’immunité collective — c’est-à-dire une stratégie qui consisterait à laisser le virus circuler librement pour faire en sorte que les citoyens y soient peu à peu immunisés. L’épidémiologiste en chef de l’Agence de santé publique de Suède, Anders Tegnell, parle plutôt d’une approche « souple », basée sur le volontariat et la prise de responsabilités individuelles.

Concrètement, cela signifie que la population suédoise n’a jamais été forcée de se confiner. Seuls les rassemblements de plus de 50 personnes, les voyages non essentiels et les contacts rapprochés avec les personnes âgées, sont interdits.

Les cafés, restaurants et bars, sont demeurés ouverts. Même chose pour les écoles destinées aux moins de 16 ans. Le télétravail est encouragé et les mesures de distanciation physique sont martelées.

2) Un taux de mortalité plus élevé en Suède ? Ça dépend

Au début de juin, le taux de décès lié au nouveau coronavirus était de 450 morts par million de personnes en Suède, selon le site Internet Worldometer. Ce chiffre place le Royaume de Suède parmi les 10 pays qui présentent les plus hauts taux de décès liés à la COVID-19.

Si l’on compare la Suède à ses proches voisins, cela la plaçait, toujours au début de juin, loin devant le Danemark (99 décès par million d’habitants), la Finlande (57) et la Norvège (44), qui ont tous instauré des mesures de confinement. En revanche, elle fait mieux que des pays où la pandémie a été particulièrement meurtrière, comme l’Espagne (580), le Royaume-Uni (567) et l’Italie (555). Et mieux qu’au Québec, où le taux de mortalité était, au début du mois, d’un peu plus de 550 décès par million de personnes.

Ces chiffres doivent toutefois être relativisés : chaque État compile à sa manière les morts sur son territoire. C’est ce qui mène certains experts, comme l’épidémiologiste Nimâ Machouf, chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, à affirmer qu’il faut plutôt comparer la Suède à ses voisins nordiques, où la «composition démographique est similaire».

àDans une entrevue accordée le 3 juin à la radio publique suédoise, Anders Tegnell semblait admettre que le nombre de décès était trop élevé et qu’il y avait «de toute évidence un potentiel pour de l’amélioration».

3) Sans confinement, l’économie se porte mieux ? Pas vraiment

Confinement strict ou non, les Suédois ont certainement modifié leurs habitudes quotidiennes. Selon des données publiées par Google en mai, ils ont moins consommé et se sont moins déplacés qu’avant la pandémie, en plus d’avoir déserté les bureaux.

Cela a eu entre autres pour effet de plomber leur économie. Dans un communiqué de presse émis à la fin d’avril, la Riksbank, banque centrale de Suède, avait publié ses prévisions économiques pour 2020. Il y était question d’une contraction du produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 6,9 % à 9,7 %, selon deux scénarios proposés, l’un conservateur, l’autre catastrophiste.

«Les conséquences [de la COVID-19] sur l’économie vont dépendre de la propagation du virus et de la durée des mesures de restriction mises en place pour l’endiguer», soulignait la Riksbank.

En comparaison, le Danemark, pays voisin de la Suède, prévoit que son économie va se contracter de 5,3 % en 2020. Même chose en Norvège, qui s’attend à une chute de 5,2 % de son PIB.

4) Sans confinement, beaucoup ont acquis une immunité ? Non

Les premiers résultats d’une étude menée par l’Agence de santé publique de Suède (et toujours en cours) indiquent que seulement 7,3 % des Stockholmois avaient développé des anticorps contre la COVID-19 à la fin d’avril. L’étude a été dévoilée le 20 mai.

Ce taux est bien en deçà des attentes. Pour rappel, l’ambassadrice de Suède aux États-Unis prétendait il y a un mois que Stockholm atteindrait «un certain niveau d’immunité», allant jusqu’à affirmer qu’environ 30 % des habitants de la capitale auraient déjà été infectés par le nouveau coronavirus. Selon l’Agence de santé, ce n’est manifestement pas le cas.

Jean-François Cliche
La COVID-19 peut-elle laisser des séquelles psychologiques ?

Science

La COVID-19 peut-elle laisser des séquelles psychologiques ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Mon père de 96 ans est officiellement rétabli de la COVID-19 depuis le 24 mai, après 3 semaines à l’hôpital et une semaine malade à sa résidence. Il n’a jamais été aux soins intensifs. Cependant, il aurait dû débuter un peu de physiothérapie la semaine dernière mais a catégoriquement refusé à chaque essai. On nous dit qu’il crie de le laisser tranquille, qu’il est malade et trop fatigué. Il a même fait peur à une préposée avec son attitude. Ça ne ressemble pas du tout à mon père, qui a toujours été un homme aimable, cohérent et actif. Alors est-ce que la COVID-19 laisse des traces psychologiques ? Ou une espèce de traumatisme ?», demande Suzanne Perrault, de Saint-Lambert.

La revue médicale The Lancet a publié à la mi-mai une revue des études sur les conséquences psychologiques liées à trois coronavirus graves : le «syndrome respiratoire aigu sévère» (SRAS), qui a infecté 8000 personnes et en a tué environ 800 en 2002-2003 ; le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), apparu en 2012 avec un taux de létalité de 35 % ; et la fameuse COVID-19 à laquelle on a affaire depuis quelques mois. Il n’y a presque pas de travaux publiés sur cette dernière pour l’instant mais, écrivent les auteurs du Lancet, si la COVID-19 suit à peu près le même cours que le SRAS et le MERS, il semble que la «plupart des patients devraient récupérer sans éprouver de maladie mentale».

Cependant, cette étude a aussi trouvé des symptômes d’anxiété, de dépression et de stress post-traumatique (SPT) chez une proportion importante des survivants, même une fois remis du SRAS ou du MERS. Un an après avoir reçu leur congé de l’hôpital, 29 % montraient des symptômes «de niveau clinique» pour la dépression, 34% pour l’anxiété et autant pour le SPT. On parle ici de symptômes comme une humeur maussade, de l’insomnie, de l’irritabilité, etc. Si bien que les auteurs de l’étude avertissent les médecins de garder un œil sur cet aspect de la chose.

Et ce n’est pas particulièrement étonnant, souligne Geneviève Belleville, chercheuse en psychologie à l’Université Laval qui mène des travaux sur (notamment) le syndrome de stress post-traumatique. «Le SPT qui serait causé par une maladie ou un séjour à l’hôpital, c’est une chose qui existe, c’est clair. Même chose pour la dépression : ce sont des réactions qu’on peut avoir quand on est exposé à un danger qui met notre vie en péril», dit-elle. Ça n'a rien de spécifique à la COVID-19, mais celle-ci comme n'importe quelle autre maladie grave peut déboucher sur des séquelles psychologiques.

Mme Belleville ne peut pas se prononcer sur un cas individuel, mais elle note que la perte de plaisir et d’intérêt envers les choses de la vie peut être un symptôme de dépression. L’irritabilité, elle, peut à la fois être un symptôme de dépression et de STP. «La capacité d’avoir du plaisir et de ressentir émotions positives est toujours très affectée quand on a ce genre de trouble», dit-elle.

Si (et je dis bien «si», parce que c’est au personnel médical à se prononcer) le père de Mme Perrault souffre bien d’un de ces problèmes, il serait loin — mais alors là très, très loin — d’être la première personne qui sort d’un hôpital déprimée, anxieuse ou plus ou moins traumatisée. Que ce soit à cause de la maladie elle-même, le fait de frôler la mort, le séjour prolongé en milieux hospitaliers (qui malgré les meilleurs efforts du personnel ne sont pas des endroits particulièrement gais) ou d’autres choses encore, plusieurs études l’ont constaté. Celle-ci, par exemple, a trouvé que 34 % de patients âgés admis dans une unité de soins cardiaques intensifs montraient des signes significatifs de dépression pendant leur hospitalisation, mais que un mois après leur sortie, ils n’étaient plus que 17 % à en souffrir. Cet autre article paru en 2018 a trouvé que sur près de 5000 patients admis aux soins intensifs pour diverses raisons au Royaume-Uni de 2008 à 2010, plus de la moitié montraient des «signes significatifs» de dépression, d’anxiété ou de SPT. Et l’on pourrait allonger cette liste pendant longtemps : quand on est hospitalisé, c’est habituellement parce que quelque chose va très mal, alors il n’y a rien d’anormal à en sortir plus ou moins amoché mentalement. — même si on n’est pas passé par les soins intensifs, comme le père de Mme Perrault.

La bonne nouvelle, c’est que ces problèmes se traitent, et ce, à tous les âges. «C’est malheureusement un stéréotype important, déplore Mme Belleville : on va souvent supposer que le changement d’humeur chez une personne âgée est causé par le vieillissement et qu’il n’y a donc rien à faire. Mais ce n’est pas vrai, surtout quand il ne semble pas y avoir de cause physiologique derrière, comme un début de démence. Chez une personne âgée qui a un niveau de santé acceptable, il n’y a pas de raison de ne pas traiter les troubles de santé mentale. (…) Ça se traite, peut importe l’âge. Il peut y avoir des médications qui vont être données avec plus de prudence à cause de la fragilité qui vient avec la vieillesse, mais si on parle de psychothérapie, ça se fait même à un âge avancé.»

Survol de certaines recherches liées à la COVID-19 menées dans le monde [3 juin]

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Survol de certaines recherches liées à la COVID-19 menées dans le monde [3 juin]

Des milliers de scientifiques dans le monde entier sont à pied d’oeuvre pour tenter de lutter contre la pandémie de COVID-19. Voici un résumé de certaines recherches récentes, qui ont été menées par des revues académiques ou des agences scientifiques, et qui ont généralement été révisées par des pairs:

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Le «Journal de l’Association médicale canadienne» a analysé les forces et les limites du traçage numérique des contacts comme moyen de lutter contre la propagation de la COVID-19. Le journal conclut que les applications de téléphonie mobile traçant les mouvements et les contacts ne sont utiles que si elles sont adoptées par un grand pourcentage de la population. Cela signifie que leur efficacité dépend de leur acceptation par le public. Le journal affirme que les gouvernements comme l’Alberta qui envisagent de rechercher les contacts numériques doivent veiller à ce que ces applications respectent la vie privée, utilisent des seuils raisonnables pour mesurer l’exposition et soient coordonnées entre les différentes agences de santé publique. Les auteurs préviennent que de telles mesures ne remplacent pas des tests fréquents et précis.

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Des recherches publiées dans le «Journal de l’Association médicale canadienne» suggèrent que le taux de mortalité chez les patients plus âgés atteints de la COVID-19 pourrait ne pas être aussi élevé qu’on le pensait. Les premières études menées en Chine, en Italie et aux États-Unis ont montré une mortalité variant de 23 à 62 % chez les patients gravement malades. Une enquête auprès de 117 patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs à Vancouver, cependant, a montré un taux de mortalité de 15%, même si l’âge médian était de 69 ans et près des trois quarts des patients avaient des problèmes de santé sous-jacents.

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Le blogue scientifique «Retraction Watch» souligne qu’un article largement diffusé qui jette le doute sur la capacité des masques à empêcher la propagation du nouveau coronavirus a été retiré. Le journal a été largement cité dans les médias et les médias sociaux après sa publication, mais la revue «Annals of Internal Medicine» l’a par la suite supprimé. La revue a cité des problèmes de taille d’échantillon - quatre participants - et le fait que les auteurs n’aient pas considéré les limites du test qu’ils utilisaient pour détecter le virus. «Retraction Watch», qui surveille les recherches sur la pandémie depuis qu’elle a commencé, répertorie plus d’une douzaine d’articles sur la COVID-19 qui ont été retirés, tant sur des sites de prépublications non évaluées par des pairs et sur les sites de revues prestigieuses telles que «The Lancet».

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La Société canadienne de thoracologie publie des lignes directrices sur l’asthme et la COVID-19. Les asthmatiques ne courent pas plus de risques de contracter le nouveau coronavirus, indiquent les lignes directrices, soulignant de grandes études montrant que le pourcentage d’asthmatiques parmi les patients atteints de COVID-19 correspond à leur part de la population générale. La société affirme que l’asthme pourrait bien être exacerbé par la maladie, mais cela n’a pas été directement prouvé jusqu’ici. Il n’y a pas non plus de preuve solide que les asthmatiques aient un risque plus élevé de maladie grave ou de décès en raison du virus. La société encourage les asthmatiques à poursuivre leur traitement régulier.

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La revue «Biomedicines» a publié des recherches montrant que les compléments alimentaires, dont la vitamine D et la quercétine (un flavonoïde présent dans les plantes), pourraient jouer un rôle dans le traitement des personnes souffrant de la COVID-19. Il a été constaté que la quercétine modifiait l’activité de nombreux gènes qui encodent les protéines ciblées par le virus, interférant ainsi potentiellement avec les fonctions de 85 % des protéines virales dans les cellules humaines. On pense que la vitamine D a un impact similaire. Les auteurs suggèrent qu’une carence en vitamine D associée à l’âge pourrait contribuer à la mortalité élevée des personnes âgées atteintes de COVID-19. Les auteurs suggèrent d’autres recherches et essais cliniques.

Le pire

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Le pire

BLOGUE / J'ai beau retourner cette histoire d'hydroxychloroquine dans tous les sens, je ne vois pas ce qui aurait pu arriver de pire, ni à un pire moment : quelques jours après qu'une étude parue dans The Lancet eut incité l'Organisation mondiale de la santé à suspendre les essais cliniques sur les soi-disant vertus de ce médicament contre la COVID-19, la prestigieuse revue médicale a émis hier une «expression d'inquiétude» à son sujet. Bonjour le cauchemar de relations publiques...

L'hydroxychloroquine est cette molécule couramment utilisée dans le traitement de la malaria que le médecin marseillais Didier Raoult, dans la foulée d'une petite (et douteuse) étude chinoise, a décidé d'administrer à grande échelle à l'hôpital où il travaille. Il en a tiré quelques «données» qu'ils décrit comme des preuves d'efficacité mais dont les failles méthodologiques sont si énormes, en fait, qu'elles ont scandalisé plus qu'elles n'ont convaincu la communauté scientifique.

Cependant, et ne me demandez pas comment c'est arrivé parce que je n'en ai aucune idée, cette histoire est entrée en résonance avec une certaine mouvance populiste. Les défenseurs de l'hydroxychloroquine décrivent Dr Raoult comme un génie, une sorte de Galilée qui subirait un procès injuste de la part de l'«élite» médicale parisienne. Le refus des autorités sanitaires de généraliser l'usage de ce médicament contre la COVID-19 est interprété comme un complot des «élites» pour empêcher le petit peuple d'être traité. Les autres études (et il y en a quand même plusieurs) qui n'ont trouvé aucun bienfait à l'hydroxychloroquine sont soupçonnées d'avoir été téléguidées par «Big Pharma». Bref, comme on dit en jargon technique, la foire est pognée.

L'étude publiée dans The Lancet, même si elle n'était pas un essai clinique en bonne et due forme, avait à première vue toutes les allures d'un point final, en partie à cause de sa taille (elle colligeait les données de 96 000 patients traités pour la COVID-19 dans des hôpitaux d'un peu partout dans le monde) et en partie parce qu'elle concluait que non seulement l'hydroxychloroquine (en conjonction ou non avec d'autres médicaments) n'aidait pas, mais qu'elle était associée à un surplus de mortalité cardiaque.

Mais voilà, des scientifiques (qui ne font pas partie du «clan Raoult») ont rapidement commencé à faire entendre des doutes sérieux au sujet de l'étude de The Lancet. Par exemple : les chiffres au sujet des patients traités en Afrique demandaient des instruments de mesure que les hôpitaux africains n'ont à peu près jamais les moyens de se procurer ; les données, qui prétendaient couvrir une période allant de décembre jusqu'au 14 avril, incluaient des patients australiens dont 73 seraient décédés, alors qu'en date du 21 avril, l'Australie ne comptaient que 67 décès liés à la COVID-19 ; l'étude prétendait avoir eu accès aux données de 63 000 patients nord-américains sur un total de 66 000 à la mi-avril, ce qui aurait impliqué que pratiquement (et invraisemblablement) tous les hôpitaux du continent auraient collaboré avec les auteurs. Sans compter les points d'interrogation entourant la firme Surgisphere, qui prétendait avoir colligé ces données — voir ici pour une bonne vue d'ensemble.

En somme, ces chiffres semblent avoir été fabriqués de toutes pièces. Et le New England Journal of Medicine a lui aussi exprimé des «inquiétudes» récemment au sujet d'une autre étude sur l'hydroxychloroquine faite par la même équipe de recherche. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les procédures en science : quand une revue savante publie une expression of concern, cela veut dire qu'elle a des doutes sur la validité/honnêteté d'un article qu'elle a publié, qu'une enquête est en cours et qu'il est possible que sa conclusion amène la revue à le «dépublier» ou à le modifier.

Au risque de me répéter : dans un contexte où les partisans de la chloroquine ont au départ un fort penchant pour les théories du complot, je ne vois pas ce qui aurait pu arriver de pire qu'une histoire de fausses données au sujet de la plus vaste étude parue à ce jour. Comme c'était à prévoir, d'ailleurs, ils s'en donnent à cœur joie sur les réseaux sociaux :

Rigueur scientifique: la communauté Internet à la fois chien de garde et chien fou

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Rigueur scientifique: la communauté Internet à la fois chien de garde et chien fou

MONTRÉAL - Les tirs groupés de milliers d’internautes n’ont mis que quelques jours à mettre du plomb dans l’aile d’une étude qui prétendait que l’hydroxychloroquine et la chloroquine étaient non seulement inutiles, mais même potentiellement dangereuses dans le traitement du coronavirus.

Cette étude, qui affirmait notamment que les patients qui avaient reçu ces deux molécules présentaient un risque de décès plus élevé que les autres, avait pourtant été signée par un chercheur de Harvard et publiée par The Lancet, qui compte parmi les journaux médicaux les plus prestigieux de la planète.

Qu’à cela ne tienne. Des interrogations graves ont été soulevées en ligne dès la publication de l’étude. Et exactement une semaine plus tard, quelque 140 chercheurs provenant de partout dans le monde ont publié une lettre ouverte qui remettait sérieusement en question l’intégrité des données utilisées et, conséquemment, les conclusions qu’on pouvait en tirer.

Le mot-clic  #LancetGate a même commencé à circuler sur Twitter pour rassembler tous ceux qui avaient quelque chose à dire à ce sujet.

La rapidité et la virulence de la réaction illustrent bien ce dont est capable le pouvoir collectif des internautes, pour le meilleur comme pour le pire.

«Dès le départ, (des experts) ont trouvé que c’était un peu étrange et ils se sont posé des questions sur les données, a commenté Nadia Seraiocco, une doctorante de l’UQAM. Les gens en sciences sont beaucoup sur Twitter. (...) Ils ont l’habitude de lire des études, et quand ils voient une étude qui parle de 670 hôpitaux à travers le monde et des profils démographiques presque similaires (...), ça n’avait pas de sens. Ça devient vraiment un outil de vérification.»

Mutisme complet

Face à un tel barrage de critiques, les auteurs de l’étude et la firme qui prétend leur avoir fourni des données, Surgisphere, se sont emmurés dans un mutisme presque complet. The Lancet n’a, pour le moment, publié qu’une correction mineure à l’étude.

Les internautes n’allaient toutefois pas en rester là. Plusieurs experts ont ainsi tenté de démontrer que les chiffres de l’étude n’avaient pas de sens, certains allant même jusqu’à évoquer une «fabrication». Un type a aussi dévoilé sur Twitter un document qui prouverait que Surgisphere, qui est aujourd’hui basée à Chicago, a fait faillite en Caroline du Nord en 2015.

Mais des dérapages se sont aussi produits, comme ces internautes qui ont prétendu que la directrice des ventes et du marketing de Surgisphere était en réalité une actrice de films pour adultes.

«C’est une jolie petite jeune fille, mais elle n’a vraiment pas l’air d’une ‘porn star’, a dit Mme Seraiocco. À part qu’elle est blonde avec les yeux bruns, elle n’a rien en commun avec les photos (...) mises en ligne.»

C’est ce qui arrive, ajoute-t-elle, quand des gens qui n’ont pas l’éducation média nécessaire présentent comme étant des faits les choses qui leur font plaisir.

«Ils vont se mettre à faire des enquêtes bidon, mal conçues, a expliqué Mme Seraiocco. Ils vont prendre la petite photo de cette jeune femme-là sur LinkedIn et ils vont essayer de voir sur Google. Mais si tu fais un ‘match’ de photos sur Google, il ne va pas seulement te présenter la photo exacte de cette personne-là, il va te présenter des photos qui ressemblent à cette personne-là. Donc ils voient une fille blonde qui fait de la porn, avec une autre fille blonde, et ils décident que ça doit être la même.

«C’est de la désinformation, mais c’est aussi le résultat de gens qui ne comprennent pas ces outils-là. Les gens utilisent ces outils-là pour faire des pseudo enquêtes et ça donne des résultats complètement déconnectés de la réalité.»

D’autres cas?

Bien qu’aucune malversation de la part de Surgisphere ou des auteurs n’ait encore été prouvée, il est difficile de comprendre comment des institutions aussi prestigieuses que Harvard et The Lancet peuvent se retrouver empêtrées dans pareil imbroglio.

Cela étant dit, la pandémie signifie que tout va toujours plus vite et que certains coins sont peut-être tournés un peu plus ronds qu’ils ne le seraient autrement. Les chercheurs qui croient détenir une information cruciale veulent être les premiers à la publier, par souci de prestige ou par crainte d’être pris de vitesse par leurs collègues, et les revues spécialisées veulent être les premières à dévoiler le tout au monde.

Une étude signée par un chercheur de Harvard et publiée par The Lancet attirera aussi inévitablement plus d’attention que la même étude signée par un chercheur d’une université de deuxième ordre et publiée par un journal dont personne n’a jamais entendu parler.

«On voit probablement la pointe de l’iceberg, a dit Mme Seraiocco. Oui, il y a un travail collaboratif qui peut se faire par les réseaux sociaux. (...) Je pense que si on avait le temps présentement de vérifier (toutes les études), il y en a une mozusse de gang qui se ferait prendre. (...) Il y en a probablement plein qui ne passeront pas la barre quand elles seront révisées par les pairs.»