Science

Quand des cerveaux de porcs continuent de fonctionner après leur mort

PARIS - Ça ressemble au début d’un film de science-fiction, voire d’épouvante façon Frankenstein: des chercheurs sont parvenus à rétablir certaines fonctions neuronales dans des cerveaux de porcs morts depuis plusieurs heures, une expérience qui pose de nombreuses questions éthiques.

Publiée mercredi dans la revue Nature, cette étude est toutefois très loin de prouver qu’il est possible de ressusciter d’une mort cérébrale.

En effet, les chercheurs insistent sur le fait qu’ils n’ont repéré dans les cerveaux étudiés «aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception».

«Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives», assure l’un des auteurs de l’étude, Nenad Sestan.

Selon ce chercheur à l’université de Yale (États-Unis), ces travaux montrent «qu’on a sous-estimé la capacité de restauration cellulaire du cerveau».

En outre, ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones «après l’arrêt du flux sanguin pourrait être un processus de longue durée et non rapide», selon un communiqué de Nature.

Les cerveaux des mammifères sont très sensibles à une diminution de l’oxygène qui leur est fourni par le sang. Quand l’afflux sanguin est interrompu, le cerveau cesse d’être oxygéné, ce qui l’endommage de façon irrémédiable.

Les chercheurs ont utilisé 32 cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Grâce à un système de pompes baptisé BrainEx, ils les ont irrigués durant six heures avec une solution spéciale, à une température équivalente à celle du corps (37 degrés).

Cette solution, un substitut au sang, était conçue pour oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l’arrêt du flux sanguin.

Les résultats ont été frappants: diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d’une activité synaptique (signaux électriques ou chimiques dans la zone de contact entre les neurones).

Selon les chercheurs, cela pourrait aider à mieux comprendre le cerveau, en l’étudiant de façon post-mortem avant qu’il ne se dégrade.

Cela pourrait aussi ouvrir la voie à des techniques futures permettant de le préserver après une attaque cardiaque par exemple.

De façon encore plus lointaine, cela pourrait, théoriquement, ressusciter un cerveau mort, ce qui reste pour l’instant de la science-fiction.

Pop culture

«Les défis immédiats posés par ces résultats sont avant tout éthiques», souligne un scientifique qui n’a pas participé à l’étude, le Pr. David Menon, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni).

«Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu’un animal ou un homme est vivant», assurent d’autres scientifiques dans un commentaire publié par Nature pour accompagner l’étude.

«Cette étude a utilisé des cerveaux de porcs qui n’avaient pas reçu d’oxygène, de glucose ou d’autres nutriments pendant quatre heures. Cela ouvre donc des possibilités qu’on pensait jusqu’alors inenvisageables», ajoutent Nita Farahany, Henry Greely et Charles Giattino, respectivement professeure de philosophie et spécialistes de neurosciences.

L’étude pourrait selon eux remettre en question deux principes.

«Premièrement, le fait que l’activité neuronale et la conscience subissent un coup d’arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d’interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères», disent-ils.

«Deuxièmement, le fait que, à moins qu’on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s’enclenche, menant à la mort des cellules puis de l’organe», poursuivent-ils.

Ils appellent de leurs voeux l’établissement de «directives sur les questions scientifiques et éthiques soulevées par ces travaux».

Dans un autre commentaire publié par Nature, des spécialistes de bioéthique font valoir qu’un développement de la technique BrainEx pourrait à terme nuire aux dons d’organes.

Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l’on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment se résoudre au prélèvement d’organes?

Peut-être fan de pop culture des années 80, le trio Farahany, Greely et Giattino cite une réplique du film américain «Princess Bride» pour résumer l’enjeu de ces travaux sur des cerveaux certes morts, mais dont l’activité a été partiellement restaurée.

Dans cette comédie fantastique de 1987, un guérisseur nommé Max le Miracle explique malicieusement: «Il y a une petite différence entre presque mort et raide mort (...). Presque mort, c’est encore un petit peu en vie».

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32 M$ et cinq ans de plus pour ArcticNet

«On est bien excité pendant une demi-heure, et ensuite on réalise qu’on vient de se donner pour 32,5 millions $ d’ouvrage», blague le biologiste de l’Université Laval Louis Fortier, directeur scientifique d’ArcticNet. L’imposant réseau de recherche sur le Grand Nord vient en effet de recevoir un financement de 32,5 millions $ pour assurer son fonctionnement sur cinq ans, a annoncé l’UL mardi matin.

«Ça va nous permettre notamment de nous connecter sur “l’économie bleue arctique”, avec le tourisme, les pêcheries, la navigation, et même les mines parce que le minerai extrait là-bas est transporté par bateau. On est en retard là-dessus, au Canada», dit M. Fortier. L’initiative North-by-North, qui vise à améliorer l’éducation des populations du nord, sera un autre point focal des recherches d’ArcticNet.

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Une anomalie dans l'ADN pourrait résoudre le mystère de Terre-Neuve

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Un généalogiste de Terre-Neuve est tombé sur une étrange et mystérieuse anomalie d'ADN qui, selon lui, pourrait révéler l'histoire inédite des premiers colons européens établis sur l'île.

David Pike, professeur de mathématiques et généalogiste, explique qu'un rare profil d'ADN mitochondrial a attiré son attention il y a plus de dix ans déjà lorsqu'il a commencé à apparaître fréquemment dans les résultats de tests réalisés dans le cadre d'un projet de généalogie à Terre-Neuve-et-Labrador.

Science

Détecteur de rumeurs: la dépendance au sucre, mythe ou réalité ?

Le sucre pourrait vous rendre accro, au même titre que la cocaïne et l’héroïne ? Si la théorie fait du chemin sur Internet, elle demeure controversée au sein de la communauté scientifique, constate le Détecteur de rumeurs.

LA CROYANCE

La croyance veut que le sucre crée une dépendance aussi forte que la cocaïne, ce qui expliquerait pourquoi il est difficile de s’en priver. Il est question ici du sucre libre, ce qui exclut celui qui est naturellement présent dans des aliments comme les fruits ou le lait. 

Cette comparaison entre le sucre et la drogue tire son origine de nombreuses études démontrant que des rongeurs exposés aux deux substances avaient tendance à préférer le sucre lorsqu’ils pouvaient choisir, et que des souris consommant du sucre manifestaient des effets de manque.

Dépendance, ou non?

Une méta-analyse d’une soixantaine d’études publiée en 2017 dans le British Journal of Sports Medicine concluait en effet que la consommation de sucre produit des effets similaires à la consommation de cocaïne, notamment parce qu'elle altère l’humeur. C’est probablement, précisaient les chercheurs, parce que le sucre induit le plaisir et active le mécanisme de la récompense dans le cerveau, ce qui provoque la recherche d’encore plus de sucre.

Toutefois, une partie de ces conclusions ont été largement critiquées. Si les experts s’entendent sur les dangers liés à la consommation du sucre — caries, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires — peu sont prêts à le qualifier de drogue addictive.

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Elle a imaginé l'algorithme pour voir un trou noir, Katie Bouman superstar

NEW YORK - Encore totalement inconnue du grand public en début de semaine, la chercheuse américaine Katie Bouman est devenue une vedette mondiale après la publication mercredi de la première image d'un trou noir, rendue possible par un algorithme qu'elle avait conçu.

«Je regarde incrédule alors que la première image que j'aie faite d'un trou noir prend forme», a écrit mercredi la jeune femme de 29 ans sur Facebook.

Si le phénomène céleste est connu depuis le XVIIIe siècle, aucun téléscope n'avait encore réussi à observer un trou noir, sans même parler d'en obtenir une image.

Katie Bouman a mis au point en 2016 l'algorithme baptisé CHIRP, qui a permis de créer une image à partir des quatre petaoctets (4 millions de milliards d'octets) de données récoltées par huit téléscopes dans le monde, réunis au sein du projet Event Horizon Telescope.

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Trou noir : 235 ans, une photo et un mystère toujours aussi profond

Il aura fallu 235 ans entre l’écriture de la première théorie décrivant un trou noir et la première photographie d’un trou noir — ce qui est une période de temps très courte, considérant qu'une partie de ce que vous voyez sur la photo échappe à l’espace et au temps.

Longtemps avant Einstein, il y avait eu un prêtre et astronome anglais, John Michell, qui avait décrit en 1784 un hypothétique corps céleste qui serait si massif que même la lumière ne pourrait s’en échapper. Il était allé aussi loin avec sa théorie qu’il lui était possible de le faire avec les outils de l’époque — et avec la connaissance imparfaite de la lumière qu’on avait alors. Il avait grandement surestimé la taille que devrait avoir un tel objet, mais sur un point important, il avait visé juste : un tel corps, par définition invisible, ne serait détectable qu’à travers son impact gravitationnel sur les corps célestes voisins.

Albert Einstein irait plus loin et pourtant, s’arrêterait en chemin : sa théorie de la relativité, en 1915, calculait comment la matière peut « courber » l’espace et le temps, à la manière d’une boule de quille sur un matelas ; il avait ouvert la porte à ce qu’un autre physicien, l’Allemand Karl Schwarzschild, en conclut quelques mois plus tard qu’un objet céleste suffisamment massif pourrait non seulement courber, mais « percer » l’Univers lui-même, constituant ce que les physiciens appellent une singularité — qui prendrait le nom de trou noir à partir des années 1960. Et pourtant, Einstein refuserait d’aller jusque-là, alléguant que la notion de singularité était absurde et s’employa dès lors — en vain — à le démontrer.

Pourtant, si plus personne aujourd’hui ne rejette l’idée, personne n’est pour autant capable de la formuler autrement qu’en une vague abstraction : une singularité, dit-on en physique, c’est l’endroit où toute la matière s’est condensée dans un point d’une densité infinie, et où même le temps s’est arrêté.

Le problème est que si la densité est infinie et que le temps s’est arrêté, on ne peut plus dire de la singularité qu’elle est « un endroit » ni « un temps ». D’où le paradoxe.

L'événement-horizon

Une façon de s’en sortir est de faire de la singularité le point de rencontre de ces deux univers de la physique qui, jusqu’ici, ne sont pas parvenus à se rencontrer : la physique classique et la physique quantique. La singularité pourrait ainsi s’expliquer, selon le physicien américain Rainer Weiss, par la « théorie quantique de la gravité » — le problème, ici, étant que cette théorie n’existe pas encore.

Une autre façon de s’en sortir serait peut-être, à défaut de regarder l’intérieur de quelque chose qui n’a ni lieu ni temps, d’observer sa frontière : c’est ce que l’astrophysique appelle l’événement-horizon. C’est non seulement le point de non-retour pour un astronaute qui s’aventurerait trop près d’un trou noir, mais c’est surtout la « bordure » qui, en théorie, pourrait être directement observée — encore que la nature de ce qui puisse être observé fasse elle-même l’objet de débats depuis les années 1950, auxquels ont participé d’aussi grands noms que Stephen Hawking, Roger Penrose ou Jacob Bekenstein.

Mais c’est néanmoins cet événement-horizon qui nous amène à la photographie prise en 2017 et dévoilée aujourd'hui, et ce n’est pas pour rien que ce réseau de neuf télescopes qui est derrière l'annonce internationale, porte le nom de Event Horizon Telescope.

Sommes-nous désormais plus près de comprendre la singularité, si nous voyons la bordure ? Personne ne peut répondre à cette question, ce qui n’a pas empêché des mathématiciens et des physiciens de multiplier les superlatifs cette semaine : « c’est un des plus grands mystères de la science », juge l’astrophysicienne américaine Chiara Mingarelli. « Qu’est-ce que la singularité ? Mathématiquement, nous la définissons comme la courbure infinie de l’espace-temps. Mais ça ne peut pas être vrai ».

Nos mathématiques ne peuvent apparemment pas décrire ce mystère, et une photo n’y changera rien pour l’instant. Tout au plus comprendra-t-on mieux l’impact gravitationnel du géant qui se tapit au centre de la galaxie M87. Mais à travers ces impacts, à travers cette étrange silhouette, la physique continue d’espérer qu’elle pourra découvrir l’empreinte de quelque chose qui lui échappe depuis des décennies — une partie de la réalité, dissimulée là où il est censé n’y avoir ni « là » ni décennies.

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Science

Les ados ont la voix rauque et ça vous agace? Les clés de ce mystère

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Avez-vous remarqué que la voix des adolescents sonne anormalement bas et graveleux, comme une porte sur des charnières rouillées, ou un canard qui fait coin-coin ? Est-ce que ça vous ennuie ?

Vous avez probablement détecté des alevins vocaux, ou ce que les linguistes appellent une voix rauque ou grinçante. Cette particularité de la voix a fait l'objet d'une attention médiatique - et linguistique - considérable au cours des dix dernières années. On croit qu'elle est en hausse chez les jeunes, surtout chez les femmes.

Les commentatrices féministes ont présenté diverses théories. Certains disent qu'en utilisant une voix grinçante, les femmes sabotent leur propre autorité. À l'opposé, d'autres affirment que le fait que la société fasse tout un plat d'une voix rauque n'est qu'une autre manifestation de tentative de policer les voix des femmes au lieu de les écouter.

En tant que parents d'adolescents, il se peut que vous ne compreniez pas pourquoi votre rejeton utilise soudainement une voix rauque et ce que vous devriez faire, le cas échéant.

En tant que linguiste, je me suis intéressée à la manière dont la voix rauque est utilisée comme ressource sociale dans les conversations.

Mais d'abord, pour commencer, que se passe-t-il pour qu'une voix devienne soudainement grinçante ?

Les vibrations régulières ne peuvent pas se produire

La vibration de nos plis vocaux produit nos voix. Lorsque les plis vocaux sont longs, fins et tendus, ils vibrent plus vite et créent une tonalité plus aiguë. Lorsqu'ils sont courts, épais et détendus, ils vibrent plus lentement, créant une tonalité plus grave. Ce fichier son intégré partage quelques exemples :

Science

Les mouvements anti-vaccins, entre tribunaux et étoiles jaunes

Quatre épisodes ces dernières semaines révèlent que l’avenir de la vaccination se jouera peut-être devant des tribunaux… ou sur les réseaux sociaux. Et ces épisodes posent des questions sur la possibilité (ou non) d’établir un dialogue avec les éléments les plus extrêmes des groupes anti-vaccins.

1) Interdiction d’école aux enfants non vaccinés

Le 26 mars, le comté de Rockland, qui couvre des banlieues du Nord de la ville de New York, est peut-être devenu le premier de l’histoire des États-Unis à émettre une interdiction de 30 jours d’aller à l’école et dans des rassemblements publics, pour 6000 enfants non vaccinés. La décision suivait l’apparition d’au moins 150 cas de rougeole depuis octobre dans le comté — le total atteint aujourd’hui les 170, surtout dans les communautés juives orthodoxes, tandis que plus de 200 autres cas ont été signalés à New York.

Le vendredi 5 avril toutefois, un juge a temporairement imposé un moratoire sur cette interdiction, en attendant une audience devant le tribunal qui doit avoir lieu la semaine prochaine. Des parents ont en effet contesté la décision du comté, la qualifiant d’arbitraire et de « capricieuse ».

2) Arbitrage défavorable à la vaccination

Au même moment, à quelques centaines de kilomètres plus au nord, on apprenait par les médias qu’un arbitrage entre deux parents de l’Ontario avait tranché il y a quelques semaines en faveur de la mère, qui refusait de faire vacciner ses deux fils. Les parents étaient allés en cour parce que le père, lui, exigeait la vaccination.

L’arbitre en droit familial Herschel Fogelman, en plus d’intimer le père à payer les frais légaux (35 000 dollars) a écrit que de « choisir de ne pas vacciner n’est pas illégal, négligent ou immoral. C’est un choix personnel. » Son jugement a valeur légale, bien qu’il soit possible de faire appel. Pendant que cette cause était en arbitrage, les enfants auraient attrapé la coqueluche.

3) Menaces de mort contre deux médecins

Si la possibilité de voir la science se décider devant des tribunaux inquiète, il en est de même de la tangente prise par les mouvements anti-vaccination sur les réseaux sociaux. Un reportage de Radio-Canada révélait vendredi que deux femmes, la pédiatre Noni MacDonald en Nouvelle-Écosse — première femme à avoir dirigé une faculté de médecine au Canada — et Natasha Crowcroft en Ontario — directrice générale de la recherche appliquée en immunisation à Santé publique Ontario — ont reçu des menaces de mort pour leurs prises de position en faveur de la vaccination. Cela survient un mois après l’épisode du Pharmachien, que l’intimidation et les menaces ont conduit à mettre un frein à ses activités de vulgarisation.

Or, c’est par les réseaux sociaux que se nourrissent les plus virulentes de ces attaques. Les derniers mois ont confirmé à quel point l’effet « chambre d’échos » leur donne de la force : non seulement les membres de ces groupes peuvent ne lire que ce qui confirme leurs opinions, mais en plus, même des citoyens qui ne s’étaient jamais posé jusque-là de questions sur l’efficacité des vaccins trouvent, sur certaines plateformes, plus facilement des informations « contre » que « pour » la vaccination. En février et mars, des reportages ont ainsi confirmé qu’en dépit des efforts allégués par leurs directions, autant Facebook qu’Instagram affichaient encore de façon dominante des groupes ou des messages de désinformation.

D’autres reportages récents ont révélé à quel point ces attaques contre ceux qui défendent la vaccination — ou le contrôle des armes, ou l’immigration — sont coordonnées : ça commence sur un forum semi-privé (Facebook, Reddit ou autre), où des usagers lancent à leurs « amis » l’idée d’attaquer une personne et proposent « l’argumentaire » à employer, en plus d’identifier, si besoin est, son employeur ou un de ses proches… Plus le forum est populaire, plus les « attaquants » seront nombreux. C’est ainsi qu’aux États-Unis, certains ont choisi ces derniers mois d’attaquer publiquement des parents qui viennent de perdre un enfant, les accusant d’avoir eux-mêmes tué leur enfant.

4) L’étoile jaune

Dernier argument en lice des anti-vaccins : adopter l’étoile jaune que les Nazis imposaient aux Juifs il y a 80 ans, afin de symboliser la « persécution » dont « les parents » seraient l’objet de la part du « gouvernement ». L’analogie a fait son chemin sur les réseaux sociaux ces derniers mois, selon le blogue de la Ligue anti-diffamation, et la photo du directeur d’un groupe anti-vaccins du Texas portant l’étoile jaune a circulé à la fin-mars, lors d’une manifestation tenue là-bas. 

Le Washington Post précise à ce sujet : « Le Texas a l’un des groupes anti-vaccins les plus organisés et les plus politiquement actifs. Texas for Vaccine Choice, qui organisait la manifestation la semaine dernière, a reçu un appui des républicains du Tea Party et de certaines des organisations conservatrices les plus influentes de l’État. »

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Désormais sept espèces humaines au compteur

Encore un Hobbit, mais d’une autre espèce, et pas sur la même île. Si vous avez du mal à suivre le portrait de nos cousins préhistoriques, vous n’êtes pas les seuls : les paléontologues ont aussi du mal.

Selon une recherche parue mercredi dans Nature, c’est à une nouvelle branche de la famille humaine, jusqu’ici inconnue, qu’il faudrait attribuer les ossements découverts dans une caverne d’une île des Philippines

Et pas n’importe quelle branche : un humain qui ne faisait qu’un mètre de haut, baptisé Homo luzonensis — du nom de l’île de Luçon. Un cas possible de nanisme insulaire, à l’image de l’Homo floresiensis — du nom de l’île de Florès, découvert en 2003.

Pour ajouter à la complexité, cet humain aurait vécu sur cette île il y a aussi peu que 50 000 ans, soit à une époque où l’Homo sapiens avait déjà colonisé le continent, de l’Europe à l’Asie, et avait peut-être déjà pris pied en Australie.

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Comment une plante exotique se transforme en invasion

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Chaque invasion biologique est en soi une aventure bien particulière, mais il y a tout de même un patron général qui émerge quant à la façon avec laquelle une espèce occupe la région où elle a été introduite. Pour l’expliquer, je prendrai un exemple réel, soit la plante qui a tant fasciné le Frère Marie- Victorin à son tout jeune âge, le butome à ombelle. Le butome est une plante herbacée qu’on trouve dans les marais et en bordure des rivières et qui est originaire d’Afrique, d’Asie et d’Europe.

Étape 1 : l’introduction

On ne sait pas de quelle manière le butome a été introduit en Amérique du Nord. L’hypothèse la plus probable est que l’espèce ait été importée d’Europe comme plante d’ornement (probablement vers 1897), puis plantée dans l’étang d’un jardin d’où elle s’est échappée.

Étape 2 : la naturalisation

Le butome est vu pour la première fois en nature en 1905 tout près de Montréal (La Prairie), en bordure du fleuve Saint-Laurent. Un peu plus tard (1918), on le trouve aussi près de Détroit, aux États-Unis. Il semble donc s’être écoulé 10 à 20 ans entre le moment présumé de l’introduction et la première preuve de naturalisation.

Les populations de Montréal et de Détroit résultent probablement de deux événements d’introduction distincts. Les souches introduites dans le fleuve et les Grands Lacs ont toutefois ceci en commun qu’elles sont particulièrement

fertiles, au contraire de celles introduites plus à l’ouest qui sont stériles. On verra plus loin que cela a un grand impact dans le processus d’invasion.

Étape 3 : latence

La progression du butome au Québec, où l’histoire de l’invasion a été reconstituée à l’aide de spécimens d’herbier, est au départ très lente. Entre 1905 et 1922, il ne se passe presque rien, sauf l’établissement de quelques populations au lac Saint-Pierre, un élargissement du fleuve Saint-Laurent un peu en amont de Trois-Rivières, et à Québec.

Cette période d’une vingtaine d’années correspond à la phase de latence de l’invasion. On a souvent tendance à penser qu’une fois l’étape de la naturalisation franchie, les populations d’un envahisseur vont immédiatement exploser. Cela arrive, mais c’est loin d’être automatique pour plusieurs raisons. La plante exotique fait face à des herbivores et à des agents pathogènes locaux qui peuvent ralentir le rythme de croissance d’une invasion. Il faut aussi du temps pour bâtir une population de plusieurs milliers d’individus, même si cela se fait à un rythme exponentiel. S’il n’y a qu’un seul événement d’introduction et que le nombre d’individus introduits est petit, la phase de latence risque d’être particulièrement longue. Enfin, l’envahisseur est souvent en attente des conditions propices (des ressources) pour occuper massivement le milieu. Ce n’est souvent que lorsque ces conditions sont au rendez-vous que la phase de latence prend fin.

La phase de latence a une durée très variable chez les plantes exotiques envahissantes. En Nouvelle- Zélande, elle persiste de 20 à 30 ans, rarement plus de 40. Au Québec, pour les quelques rares espèces pour lesquelles le calcul a été fait, elle varie de zéro année (hydrocharide grenouillette), à 45–50 ans (berce commune, roseau commun) à plus de 100 ans (nerpruns bourdaine et cathartique). En Europe, on a calculé des phases de latence pouvant atteindre 170 ans.

Étape 4 : la phase d’expansion

Entre 1922 et 1935, soit sur une période d’à peine 13 ans, le butome s’établit sur une grande partie du cours du fleuve Saint-Laurent, de la frontière ontarienne (et encore plus à l’ouest) jusqu’à L’Islet sur la rive sud du fleuve. On le voit même à l’intérieur des terres, non loin de Sherbrooke. On assiste alors à la phase d’expansion au cours de laquelle l’aire de répartition d’une espèce envahissante s’agrandit rapidement et où ses populations se densifient.

Qu’a-t-il bien pu se passer pour que les populations de butome explosent ? D’abord, le lent processus de constitution d’une masse critique d’individus produisant en abondance des graines et des bulbilles (bourgeons qui se d.tachent pour former de nouveaux individus) a fini par aboutir. Comme ces graines et bulbilles flottent, elles ont pu être disséminées sur de grandes distances et ainsi accélérer le processus d’invasion. Il est aussi possible que la ressource, dans ce cas-ci un habitat de prédilection, ait enfin été au rendez-vous. Le niveau du fleuve Saint-Laurent a été particulièrement bas dans les années 1930. Ce bas niveau a exposé à l’air libre le lit du fleuve en de multiples endroits. Or, un sol humide, mais non inondé, est très propice à la germination des graines de butome ou à l’enracinement des bulbilles. La plante a eu sa chance et ne l’a pas ratée.

Il est intéressant de faire un parallèle entre la situation québécoise et celle que l’on observe ailleurs en Amérique du Nord. On trouve des populations éparses de butome au Manitoba (depuis au moins 1964), en Colombie-Britannique (1978) et en Alberta (1990), ainsi qu’au sud de la frontière canadienne, particulièrement dans l’Idaho (1956), le Wisconsin (1958), les Dakotas (1959), le Montana (1962) et l’État de Washington (1997). Sauf qu’à ce jour, on n’observe pas encore de phase d’expansion.

Une équipe de l’Université Queen’s (Ontario) a montré que ces populations sont en général stériles. On a introduit dans l’Ouest des cultivars ornementaux qui ont la propriété de faire de plus grosses fleurs, mais qui ne produisent jamais de graines ni de bulbilles. S’ils finissent malgré tout par s’échapper des jardins à quelques occasions, c’est probablement grâce à des fragments de rhizomes qui se détachent des plants mères. On voit donc que l’introduction d’un envahisseur potentiel ne mène pas forcément, à chaque fois, à une invasion en règle.

Étape 5 : stabilisation et consolidation

Après 1935, le butome poursuit son expansion géographique, mais à un rythme beaucoup plus lent. Plutôt que d’étendre son aire de répartition, la plante consolide, en les densifiant, ses populations. C’est la phase de stabilisation et de consolidation.

D’autres cours d’eau qui se jettent dans le fleuve Saint-Laurent sont néanmoins peu à peu envahis, comme la rivière Richelieu. On observe aussi l’établissement de populations très éloignées de l’aire de répartition principale, comme à Rivière-à-Claude et à Mont-Saint-Pierre, en Gaspésie, en 1972. Il est probable qu’il s’agisse d’échappées de jardins, puisque la plante est cultivée ça et là dans la péninsule gaspésienne.

De nos jours, le butome est solidement implanté là où il se trouve. Dans les marais riverains du fleuve Saint-Laurent, de Montréal à Trois-Rivières, il peut recouvrir jusqu’à 50 % de la surface du sol. Dans les îles de Contrecœur, c’est l’espèce de plante vasculaire la plus abondante. En aval du lac Saint-Pierre, le butome est par contre très peu présent dans les marais. L’espèce semble avoir de la difficulté à tolérer les marées de l’estuaire qui ont une grande amplitude quotidienne et qui l’inondent et l’exondent à répétition.

Étape 6 : le déclin

Un envahisseur ne peut étendre indéfiniment son aire de répartition, en raison de contraintes climatiques, d’un manque de sites propices à son enracinement (dans le cas du butome, les marais d’eau douce) ou d’une ressource qui n’est tout simplement plus au rendez-vous. Il peut par contre décliner en abondance, parfois de manière assez drastique. Quelques indices suggèrent que le butome serait en déclin, particulièrement au lac Saint-Pierre, mais la tendance est trop récente pour qu’on puisse en tirer des conclusions.

On a observé des déclins chez plusieurs plantes envahissantes, comme le myriophylle à épis, mais aussi chez des moules, des insectes, des poissons, des amphibiens, des oiseaux et des mammifères exotiques. Les causes de ces déclins ne sont pas claires et plusieurs hypothèses ont été mises de l’avant, notamment que les envahisseurs se font, tôt ou tard, rattraper par les ennemis auxquels ils avaient échappé. Chez les plantes, cette hypothèse est controversée. D’autres chercheurs invoquent plutôt la venue de changements dans l’habitat, le rendant soudainement beaucoup moins propice à l’envahisseur.

Au Québec, le cas le plus spectaculaire de déclin chez une plante exotique est celui de la salicaire commune. Les salicaires formaient, au début des années 1950, une grande prairie humide de 1 375 ha sur la rive sud du lac Saint-Pierre. Ce fut peut-être la plus vaste population de cette espèce dans un marais en Amérique du Nord. La salicaire est toujours là, mais rien ne ressemble de nos jours aux densités de plants observées à l’époque. On ignore pourquoi la salicaire est en régression.