L'Estrie est l’une des seules régions du Québec où la direction de la Santé publique a déjà mis sur pied une équipe de rétablissement pour venir en aide aux Estriens durement affectés par les impacts collatéraux de la pandémie.
L'Estrie est l’une des seules régions du Québec où la direction de la Santé publique a déjà mis sur pied une équipe de rétablissement pour venir en aide aux Estriens durement affectés par les impacts collatéraux de la pandémie.

Santé mentale: le Québec doit se mettre en mode rétablissement

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
« La pandémie n’est pas terminée, mais on doit être en mode rétablissement dès maintenant. Ce serait une erreur d’attendre que la pandémie soit terminée. On l’a vu à Lac-Mégantic : plus on agira tôt et plus ce sera facile d’aider les gens à se rétablir », estime la Dre Mélissa Généreux.

Et c’est d’ailleurs ce qu’on fait déjà en Estrie, qui est l’une des seules régions du Québec où la direction de la Santé publique a déjà mis sur pied une équipe de rétablissement pour venir en aide aux Estriens durement affectés par les impacts collatéraux de la pandémie.

Car une pandémie d’une telle ampleur n’a rien à voir avec la plupart des catastrophes naturelles ou accidentelles habituelles.

Prenons l’exemple d’une catastrophe naturelle classique, un tremblement de terre ou un feu de forêt. La terre tremble une, deux ou trois fois à l’intérieur de 24 heures ou la forêt brûle durant une semaine. Ce sont des crises aigues. À l’intérieur de quelques heures ou de quelques jours, les citoyens passent en mode rétablissement. On secoure les victimes, on ramasse les débris, on reconstruit, le gouvernement offre des services de soutien psychologique sous toutes ses formes pour que les personnes affectées aillent mieux le plus vite possible.

La pandémie mondiale de COVID-19 est une catastrophe d’un tout autre niveau : le stress aigu est devenu chronique. Le coronavirus a fait son entrée au Québec il y a 10 mois; il faudra encore plusieurs mois avant d’espérer un retour progressif à la normale.

« En mars, au début de la pandémie, notre réseau de la santé et notre gouvernement étaient très centrés sur le virus, et c’est normal. Il y avait encore tellement d’inconnu. Maintenant, on est prêts à mettre en place tous les autres aspects de la lutte à la pandémie », mentionne Dre Généreux.

La direction de santé publique de l’Estrie n’a pas attendu la fin de la pandémie pour limiter les impacts collatéraux sur la population et favoriser son rétablissement psychosocial. Une équipe de rétablissement a été créée et mène plusieurs actions en ce sens.

« Par exemple, nous développons des stratégies de communication pour mieux rejoindre les groupes à risques. Nous avons créé des outils pour réduire la confusion et favoriser l’adoption des comportements préventifs. Nous avons développé des solutions locales pour atténuer les impacts collatéraux des mesures de contrôle de la pandémie (par exemple l’isolement, la détresse et le déconditionnement) », énumère-t-elle.

S’inspirer des actions mises en place à Lac-Mégantic               

Mais ce n’est pas tout. Un projet-pilote est également en cours afin de bâtir un réseau de citoyens sentinelles à Lac-Mégantic et ses environs, en collaboration avec la Croix-Rouge.

Rappelons que la Dre Généreux a coordonné avec la communauté de Lac-Mégantic des projets contribuant à renforcer la résilience des individus et des collectivités après la tragédie ferroviaire de 2013. « L’équipe de proximité » a ainsi vu le jour, un programme unique au Québec qui a largement fait ses preuves quant à son efficacité pour aller rejoindre les gens là où ils se trouvent.

Au début novembre, le ministère de la Santé et des Services sociaux annonçait des investissements de 100 M$ en santé mentale. Pour instaurer des solutions concrètes à court terme, le ministère s’est adjoint les services de la Dre Géréreux, qui agira comme conseillère sur le déploiement de l’organisation pour tout le Québec d’équipes d’éclaireurs en santé mentale.

Objectif : mettre en place des « équipes de proximité », comme à Lac-Mégantic, dans les 100 réseaux locaux de services du Québec. Rapidement.

 « L’expertise a été et est encore développée en Estrie, et toutes les instances impliquées collaborent de façon coordonnée. Le tout, bien sûr, dans le but de faire profiter des meilleurs soins et des meilleures pratiques à notre communauté, mais aussi à la population du Québec », soutient Mélissa Généreux.