Le nombre de visites des Canadiens chez les professionnels de la santé mentale pourrait être jusqu’à 2,6 fois plus élevé à cause de la pandémie.
Le nombre de visites des Canadiens chez les professionnels de la santé mentale pourrait être jusqu’à 2,6 fois plus élevé à cause de la pandémie.

Santé mentale : les consultations pourraient plus que doubler

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Le nombre de visites des Canadiens chez les professionnels de la santé mentale pourrait être jusqu’à 2,6 fois plus élevé à cause de la pandémie. Ainsi, le nombre de consultations de professionnels de la santé pourrait atteindre 10,7 millions annuellement, par rapport à 4,1 millions. Aussi, le nombre de prescriptions pour des antidépresseurs pourrait augmenter jusqu’à 20 %, ce qui exercerait une pression importante sur les cliniques de santé mentale et augmenterait la demande pour des professionnels d’un océan à l’autre. Voilà quelques conclusions du rapport de Deloitte, Découvrir la partie cachée de l’iceberg : Pourquoi les conséquences humaines de la COVID-19 pourraient créer une troisième crise.

Alors que les gouvernements se préoccupent principalement des répercussions sanitaires et économiques immédiates de la pandémie de coronavirus, le rapport de Deloitte attire l’attention sur la nécessité de se pencher sur la crise humanitaire en repérant les conséquences en matière de santé mentale au Canada associées à la COVID-19.

Le document publié le 5 août explore l’incidence humaine et sociale des catastrophes naturelles et des périodes de difficultés économiques, et la façon dont ces événements ont influé sur la santé mentale des gens une fois que les crises de santé publique et économiques se sont résorbées.

Le rapport s’appuie sur les données recueillies à la suite des incendies de forêt de Fort McMurray en 2016 et des récessions de 1990 et de 2008 au Canada, événements qui ont entraîné une augmentation des problèmes de santé mentale, une dégradation des résultats scolaires, ainsi qu’une augmentation de l’abus d’alcool et de drogues et du nombre de crimes. 

En tenant compte de ces événements antérieurs, Deloitte a créé des scénarios illustrant l’incidence humaine éventuelle de la COVID-19. « Si l’on se fie à l’expérience vécue lors de catastrophes à plus petite échelle qui ont eu lieu au Canada, le coronavirus risque d’avoir des conséquences durables et importantes sur les gens », résume le rapport.

Stress et chômage de longue durée

Le stress causé par le confinement imposé en raison de la pandémie jumelé au chômage de longue durée entraînera probablement un niveau élevé de détresse mentale.

« L’économie du Canada et l’économie mondiale sont aux prises avec la pire récession depuis la Grande Dépression. L’effondrement de la production économique et la montée du chômage ont été immédiats, ce qui était du jamais vu », souligne Deloitte.

« Le chômage de longue durée est souvent décrit comme l’un des plus importants facteurs de détresse économique. Au cours d’une récession, les gens sans emploi peuvent connaître de plus longues périodes de chômage, accompagnées de difficultés financières et de niveaux de stress accrus. Cet effet ne se limite pas à la personne touchée, mais s’étend aussi aux membres du foyer; l’appartenance à un ménage affichant une grande privation matérielle augmente la probabilité de se considérer en mauvaise santé de 70 à 140 % », lit-on.

« À la suite des récessions de 1990-1991 et de 2008-2009, le taux de chômage de longue durée et le taux de chômage ont mis plus de 10 ans à revenir aux taux en vigueur avant les récessions. »

Les femmes sont plus à risque

Les femmes se trouvent à l’épicentre des conséquences humaines de la COVID-19. Environ 96 % des pertes d’emploi attribuables à la COVID-19 et aux mesures de confinement qui en ont découlé se sont produites dans les postes peu rémunérés des secteurs du commerce de détail et des services, comparativement à seulement 25 % au cours de la récession de 2008, selon le rapport.

Au cours du ralentissement économique actuel provoqué par la COVID-19, plus de deux emplois perdus sur trois (68 %) étaient occupés par des femmes, comparativement à seulement 18 % au cours de la récession de 2008, souligne le document.

Se préparer à la crise humanitaire

Les gouvernements peuvent servir d’intermédiaires clés en facilitant les liens entre les professionnels en santé mentale et les patients, au moyen d’internet, de lignes d’assistance ou d’applications, suggère Deloitte. De plus, les gouvernements sont en excellente posture pour aider les gens à trouver des ressources grâce à leur vaste réseau de services de première ligne.

En ce qui concerne les cliniques de santé mentale existantes, elles peuvent mettre en place ou accélérer leur présence numérique, car la situation que nous vivons actuellement a démontré qu’il est possible de répondre à un large éventail de besoins en matière de santé mentale au moyen de canaux numériques rentables tels que la vidéoconférence et les applications, selon le rapport.

Pour ce qui est des assureurs, il pourrait s’agir d’un bon moment pour examiner les processus afin de faciliter un plus grand nombre de transactions, par exemple, en permettant le remboursement direct des fournisseurs de services de santé mentale, et pour rationaliser les coûts et les activités en vue de gérer un volume plus élevé que prévu de réclamations pour des services de santé mentale.