Le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, et le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin.

Salle de diffusion intermédiaire: Sévigny et Fortin se contredisent

Le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, et le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, ne sont pas sur la même longueur d'onde dans le dossier de la salle de diffusion intermédiaire destinée à un public jeunesse.
Le ministre Fortin a rabroué le maire en diffusant un communiqué mercredi pour corriger une déclaration effectuée plus tôt sur les ondes du 107,7. « À ce jour, le ministère de la Culture et des Communications est toujours en attente de renseignements importants que doit lui fournir la Ville de Sherbrooke pour pouvoir finaliser l'analyse du projet, notamment, la confirmation écrite des autres partenaires financiers. »
M. Fortin ajoutait qu'il était de la responsabilité de la Ville de s'assurer la participation financière du gouvernement fédéral.
Le maire maintient que Québec a en main les documents pour débloquer les fonds promis pour la construction de la salle, la Ville ayant adopté un nouveau montage financier le 20 février. Le ministre répète être toujours en attente d'une résolution officielle de la Ville de Sherbrooke.
La sortie du ministre Fortin ne vous fait-elle pas mal paraître, M. le Maire? « Je sais que ça me fait mal paraître et c'est la raison pour laquelle je ne veux pas la commenter », admet Bernard Sévigny.
Vos relations avec M. Fortin sont-elles tendues? « Je ne réponds pas à ça non plus. Je ne veux pas qualifier quoi que ce soit. Je suis extrêmement prudent et je n'ai pas de commentaires. Les dossiers, je vais les gérer avec les personnes concernées. »
Avez-vous parlé à M. Fortin après l'envoi du communiqué afin de savoir où en est le dossier? « Parlé? Non. Pas depuis que le communiqué du ministre a été envoyé. »
Avez-vous l'intention de lui parler? « C'est sûr, c'est le ministre, c'est le député de Sherbrooke, je suis le maire de Sherbrooke. C'est sûr qu'on va se parler. Je ne peux pas dire quand, comment et pourquoi, dans quelles circonstances. »Mêmes questions au ministre Luc Fortin. « Il faut faire les choses dans les règles de l'art. Si j'ai envoyé un communiqué, c'est que je n'aimais pas le sous-entendu que la responsabilité nous incombait de négocier une entente avec Ottawa alors que ce n'est pas le cas. Ce n'est jamais le cas. C'est au promoteur de négocier une entente. »
Le maire se défend
Bernard Sévigny se défend d'avoir insinué que le gouvernement du Québec devait négocier avec Ottawa. « Je n'ai jamais parlé de négocier. J'ai dit qu'il y avait des discussions entre les fonctionnaires de Patrimoine Canada et du ministère de la Culture. Les fonctionnaires se parlent. Le dossier est traité de façon administrative. Je ne peux pas en dire plus. Ce n'est pas sur la place publique que je vais faire la gestion administrative du dossier. »
M. Fortin rapporte qu'il s'entend très bien avec Bernard Sévigny. « Nous avons réglé plusieurs dossiers ensemble, entre autres la réforme de la gouvernance. Nos relations sont très bonnes. Nous avons eu des rencontres récemment à propos du pont des Grandes-Fourches. Je ne veux pas qu'il y ait d'ambiguïté quant à ma relation avec le maire. Si j'avais voulu lui faire du tort, je n'aurais pas renouvelé l'entente sur la salle intermédiaire au début de mon mandat. Tout le monde souhaite que ça fonctionne, qu'on arrête les dédales administratifs de part et d'autre. »
Pourquoi ne pas avoir décroché le téléphone pour effectuer une mise au point avec le maire? « Ce que j'ai écrit dans le communiqué, je lui ai dit de vive voix dans une rencontre il y a environ deux semaines. »
Le maire admet être lui-même confus à savoir si la balle est dans le camp de la Ville, de Québec ou d'Ottawa. « C'est une très bonne question et ce n'est pas plus clair pour moi », répond Bernard Sévigny, convaincu d'avoir fait tout ce qu'il fallait.
La Ville avait adopté un nouveau montage financier au conseil municipal le 20 février. Une contribution espérée de 2,7 M$ du Fonds du Canada pour les espaces culturels de Patrimoine Canada permettrait de boucler le budget. À la mi-avril, le ministre Fortin indiquait attendre toujours la résolution de la Ville de Sherbrooke. La situation n'avait pas changé jeudi, selon lui. Le maire Bernard Sévigny affirme pourtant que tous les documents ont été acheminés le 13 avril, il y a un mois. Il mentionne aussi que le dossier a été déposé le 1er décembre 2016 à Ottawa et qu'une rencontre était à l'horaire entre les fonctionnaires d'Ottawa et de Québec le 20 avril.
« Ce qui nous a été acheminé, c'est un sommaire exécutif. Nous avons besoin d'une résolution, d'un engagement clair, sans ambages, sur le fonctionnement de la salle », réitère Luc Fortin.
Marie-Claude Bibeau invite les représentants des médias à une conférence de presse pour dresser le bilan de la première année et pour présenter les retombées régionales des mesures mises en place par le gouvernement fédéral.
« Il manque l'engagement financier de Québec »
« C'est Québec et Ottawa qui doivent se parler! » La députée de Compton-Stanstead Marie-Claude Bibeau est claire. Dans le dossier de la salle de diffusion intermédiaire, le dossier est complet. La Ville de Sherbrooke a fait tout ce qu'elle devait faire.
« Le projet a été déposé par la Ville à Patrimoine Canada. Le dossier est complet selon les fonctionnaires. Sherbrooke l'a mené le plus loin qu'elle pouvait le mener. Ce qu'il manque pour confirmer la recommandation à la ministre [Mélanie Joly], c'est l'engagement financier de Québec. Ensuite, il faudra que Québec autorise le fédéral à verser des fonds au projet, puisque la culture est de compétence provinciale », affirme Mme Bibeau.
Il manque donc une forme de communication officielle. « Nous sommes le dernier joueur à embarquer. Il reste quelques ficelles à attacher, mais je me suis assurée que le bureau du ministre [Luc] Fortin et de la ministre [Mélanie] Joly se parleront au plus tard demain (vendredi) pour mettre le doigt sur le morceau qu'il manque. »
Marie-Claude Bibeau se dit très fière que son équipe ait trouvé le programme de Patrimoine Canada dans lequel se qualifie le projet de salle intermédiaire. « Les fonctionnaires ne peuvent pas approuver un projet tant qu'il n'est pas complet, mais je suis confiante qu'il remplit les critères. Dans la mesure où Sherbrooke, Québec et les autres partenaires démontrent que le financement est attaché à 66 %, nous pourrons traiter le dossier. »
Le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, se dit prêt à communiquer avec Ottawa. « Je suis heureux d'entendre qu'Ottawa nous reconnaît la compétence en matière de culture. Notre intention est très claire. J'ai un engagement écrit de 4 M$. C'est une des premières lettres que j'ai signées comme ministre. Les fonds sont réservés. Nous ne pouvons pas faire autre chose avec. Nous ne pouvons pas être plus clairs. S'il le faut, nous leur enverrons une lettre pour leur dire qu'ils peuvent s'engager, pour leur affirmer encore plus notre intention. Notre engagement est ferme. Si je dois faire une démarche de plus, je le ferai, mais il faut que la Ville adopte une résolution claire. La première étape est d'avoir une résolution. Tout le monde souhaite que ça fonctionne. »
Enfin, Bernard Sévigny ne risque pas un échéancier. « Je ne sais pas si le financement viendra cette année, mais l'important, c'est que ça se réalise. L'idée, c'est de faire cheminer le dossier. »
Les contributions nécessaires à la réalisation de la salle intermédiaire
Provincial 4 M$
Fédéral 2,7 M$
Ville 800 000 $
+ contribution annuelle de 140 000 $
Côté scène 500 000 $