Lyne Richer et Éric Roger ont adoré le camping au point d'acheter celui de l'Île-Marie à Sherbrooke.

Roulotte, boulot, dodo

Situé à moins de cinq minutes du centre-ville de Sherbrooke, le camping Île-Marie est le refuge pour ceux qui veulent se sentir en vacances quatre mois par année.
Les propriétaires de l'endroit, Éric Roger et Lyne Richer, sont arrivés au milieu de la Saint-François il y a 14 ans et ils ne sont jamais repartis.
« On ne connaissait rien au camping. Je ne savais même pas faire la différence entre les types de roulottes. J'ai tout appris; de comment utiliser une scie à chaîne, aux travaux de réparation de plomberie, d'électricité, en fait toutes les tâches sur le camping », explique Éric Roger.
« Éric avait réservé une roulotte pour deux semaines. Je lui avais dit d'en annuler une. Je n'avais jamais voulu faire de camping et encore moins comme saisonnier. J'ai cependant adoré l'expérience. L'année suivante, on faisait une offre d'achat au propriétaire de l'époque pour acheter l'endroit », renchérit Lyne Richer.
Leur fils maintenant âgé de 18 ans y a grandi, celui de 12 ans y a été élevé durant la saison estivale. Ils ont acquis le camping Île-Marie de Patrice Guérin avec deux confrères de travail en 2006.
Plus de 90 pour cent des 150 saisonniers proviennent de la région de Sherbrooke et font comme les propriétaires : ils vont au boulot le jour et se retrouvent en vacances au camping le soir.
Pour Lyne Richer et Éric Roger, c'est au quartier général du Service de police de Sherbrooke qu'ils se rendent quotidiennement.
« Nous faisons la distinction claire entre notre profession et le camping. Ce sont même nos employés qui font la sécurité sur le camping », explique Lyne Richer.
Certains visiteurs de marque ont même adopté ce mode de vie de camping urbain. Depuis trois saisons, des chanteurs de la revue musicale Cow-Boys, de Willie à Dolly passent la journée au camping Île-Marie et se rendent en soirée performer à la Place Nikitotek du centre-ville de Sherbrooke. Ce sont même les enfants de campeurs saisonniers qui gardent les enfants des artistes.
« Lorsque l'on traverse le pont en arrivant sur le camping, on décroche complètement. Il y a une coupure qui se fait », constate Éric Roger.
Le camping Île-Marie a cette particularité de se trouver en zone inondable. En juin 2015, certaines roulottes avaient été submergées par une Saint-François qui était sortie de son lit.
« Les gens sont avertis que c'est une possibilité que la rivière déborde. C'est dans ces occasions que la solidarité prend le dessus. Tout le monde s'entraide pour évacuer », assure Lyne Richer.
« Nous sommes structurés si une telle situation survient. Le risque est cependant plus grand au printemps à la fonte des glaces lorsque le camping n'est pas encore ouvert », ajoute Éric Roger.
Le secret pour un propriétaire de camping selon eux demeure de ne pas compter ses heures et d'aimer être avec les gens.
« Pour nous, c'est notre loisir estival. Ça devient un mode de vie. On vit dehors pendant quatre mois avec les gens du camping », explique Lyne Richer.
« Même si l'on reste à quelques minutes du camping, on s'en ennuie l'hiver. À partir du mois de décembre, on commence à penser à la prochaine saison », ajoute Éric Roger.
L'industrie se renouvelle
L'industrie du camping se renouvelle.
Le directeur adjoint de Camping Québec, Louis Jean, explique que les clés du succès dans l'industrie résident dans la qualité des infrastructures, les services offerts et le développement vers le prêt-à-camper.
« C'est une tendance en Amérique du Nord. La clientèle veut des roulottes, des yourtes, des tentes Propecteur ou Huttopia prêt-à-camper. Cette croissance était de 6 pour cent en 2012 et elle est rendue à 10 pour cent en 2017. Les campings s'adaptent au marché », soutient M. Jean.
Le directeur général adjoint de Camping Québec explique que la croissance de l'industrie du camping est légère, mais constante année après année.
« La croissance annuelle reste autour de 3 pour cent. Nous sommes rendus à plus de 900 terrains de camping au Québec », souligne Louis Jean.
Ce dernier constate que les gestionnaires et propriétaires de terrains de camping se renouvellent.
« Nous voyons du même coup une hausse de la qualité. La classification des terrains basée sur la qualité des services et infrastructures a aussi augmenté de façon importante. Les campings offrent des piscines et jeux d'eau pour les familles afin qu'elles aient le goût de revenir. »
Louis Jean estime que les relations humaines demeurent au coeur des qualités que doivent développer les gestionnaires de camping.
« C'est un petit village à gérer. La saison est très intense et il faut savoir répondre aux préoccupations des campeurs. Un campeur satisfait va avoir le goût d'y retourner », termine M. Jean.