Depuis le début de la pandémie, les visiteurs sont beaucoup moins nombreux dans les hôpitaux sherbrookois.
Depuis le début de la pandémie, les visiteurs sont beaucoup moins nombreux dans les hôpitaux sherbrookois.

Risquer sa vie pour quelques dollars ?

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Jean-Pierre Beaudoin est furieux. Depuis lundi, l’homme qui souffre d’un cancer doit de nouveau payer sa place de stationnement chaque fois qu’il se rend à l’Hôpital Fleurimont pour y subir un traitement de chimiothérapie. Ce n’est pas l’argent dépensé qui le dérange; c’est plutôt le risque de contracter la COVID-19 en touchant les horodateurs manipulés par un grand nombre de personnes.

« Depuis le début de la pandémie, le stationnement était gratuit à l’hôpital pour éviter que les gens touchent aux horodateurs. C’est une excellente idée parce que c’est une surface touchée par un grand nombre de personnes, même si on leur demande de se désinfecter les mains avant », soutient Jean-Pierre Beaudoin.

Lundi, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a dévoilé sa nouvelle politique quant aux tarifs de stationnement, qui seront tous réduits à compter du 8 juin.

Avec cette nouvelle grille tarifaire, encore plus de personnes devront se rendre aux bornes de paiement. En effet, le CIUSSS recommande à ceux qui utilisent un téléphone cellulaire d’utiliser l’application Passport Canada pour le paiement. Toutefois, pour bénéficier des deux heures gratuites, les usagers devront absolument se rendre à une borne de paiement puisque cette option n’est pas disponible sur Passport Canada.

« Dans les hôpitaux présentement, les visites sont pratiquement toutes interdites. Les gens qui vont à l’hôpital sont ceux qui n’ont vraiment pas le choix, ce sont les plus malades de tous », insiste-t-il.

« Moi, par exemple. J’ai un cancer, je fais de la chimiothérapie et je n’ai plus de système immunitaire. Je suis en super confinement depuis le début de la pandémie. Je ne vais pas à l’épicerie, je désinfecte toute ma commande avec de grandes précautions quand je la reçois, sur la recommandation de mon hémato-oncologue. Mais aller recevoir ma chimiothérapie à l’hôpital, ça je n’ai pas le choix, c’est ça qui me maintient en vie.

« Si j’attrape le coronavirus, je ne passerai pas à travers, ça c’est sûr, mon médecin me l’a dit. Alors sérieusement, on veut maintenant que je paye à l’horodateur quelques dollars pour mon stationnement? C’est ça le prix de ma vie? » s’insurge M. Beaudoin, qui porte un masque dès son arrivée à l’hôpital.

Jean-Pierre Beaudoin est furieux de devoir payer sa place à l’horodateur chaque fois qu’il se rend à l’Hôpital pour y subir ses traitements de chimiothérapie parce qu’il risque d’attraper la COVID-19 sur ces appareils qui sont utilisés par un grand nombre de personnes.

Même rigueur

Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, on explique que les horodateurs ont été ajoutés à la liste des « surfaces fréquemment touchées ». Celles-ci sont nettoyées fréquemment, à plusieurs reprises au cours de la journée, au même titre que les autres objets fréquemment touchés comme les poignées de porte, les boutons d’ascenseur et les mains courantes.

« Les horodateurs seront lavés avec la même rigueur que les autres surfaces que nos mains touchent souvent, comme les salles de bain et les poignées de porte ou les boutons d’ascenseur », indique Karine Guillemette, adjointe par intérim à la directrice des services techniques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Des bouteilles de désinfectant pour les mains ont aussi été ajoutées à proximité des horodateurs.

Au début de la pandémie, il est vrai que les frais de stationnement ont été suspendus, « le temps des ajustements, comme dans tous les autres secteurs des activités du CIUSSS », indique Mme Guillemette.

Si le paiement a été instauré de nouveau, c’est que la direction des services techniques estime que c’est maintenant sécuritaire en raison des mesures mises en place autour des appareils.

En ce sens, et comme les appareils sont fréquemment nettoyés et désinfectés, ils ne sont pas plus dangereux pour elle que le bouton d’ascenseur ou la main courante que certains usagers doivent tenir quand ils se déplacent dans un couloir.

Et la prudence est de mise, indique-t-elle. « Les nouvelles mesures de protection, que ce soit le lavage de lavage de main, le nettoyage rigoureux des surfaces fréquemment touchées, porter un masque, de ne pas se toucher le visage, tout ça va devenir notre nouvelle normalité. C’est l’ensemble de toutes ces mesures qui nous protège », ajoute Mme Guillemette.