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Michèle Bolduc Blouin et Denis Blouin s’accompagnent sur les airs joyeux et tristes de la vie depuis 50 ans et choisissent au quotidien d’être heureux.
Michèle Bolduc Blouin et Denis Blouin s’accompagnent sur les airs joyeux et tristes de la vie depuis 50 ans et choisissent au quotidien d’être heureux.

Rire plus fort que la mort

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
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Une vidéo où il danse en bouffon et elle joue du piano, concentrée pour ne pas rire. Non, ce n’est pas un duo de gamins. C’est le spectacle d’un couple qui s’accompagne depuis cinq décennies et qui, malgré la pire épreuve qui puisse arriver à des parents, a choisi d’être heureux et a envie de dire aux gens qui les entourent, pendant cette année trouble, qu’on peut bien aller, malgré tout.

La vidéo, vous la regarderez après. D’abord, l’histoire qui la précède. Michèle Bolduc Blouin et Denis Blouin se sont rencontrés en décembre 1970, elle avait 18 ans, lui quelques années de plus. Six ans plus tard, leur fils Danick qui resterait unique voyait le jour. Enfance normale remplie de baseball, de hockey, de vélo, de piano et de lecture comme en témoigne une mosaïque de photos accrochée au mur. 

« Danick était membre du Club cycliste de Sherbrooke. Au cours d’une course, il a fait une chute. Mais même avant, il avait des étourdissements », raconte Denis, précisant que les médecins ont pensé que c’était une commotion cérébrale avant de découvrir la tumeur cérébrale qui serait, au bout de plusieurs mois, mortelle.

Pendant l’année et demie qui sépare le diagnostic du grand départ, Danick a choisi la vie. « À 16 ou 17 ans, tu ne meurs pas. Tu vis », résume Michèle. 

« Il a obtenu son permis de chasse et son permis de conduire, il a fait du ski, on est allés en Floride, il a pris des cours de guitare. On dirait qu’il ne voulait rien échapper », poursuit-elle.

« Il essayait aussi de s’entraîner », ajoute son mari.

Ses parents sont convaincus que la détermination et le courage qu’a développés Danick en faisant du sport l’ont grandement aidé durant sa maladie.

« Il a réussi à faire son secondaire 5. Je suis contente parce qu’il a même pu aller à son bal de finissants avec l’aide de deux de ses amis, car il avait de la difficulté à marcher », mentionne Michèle.

En juillet 1993, les médecins ont appris à la famille Blouin que Danick ne guérirait pas. Il est décédé à la maison en octobre suivant, à 17 ans, il y a 27 ans. Sa chambre est restée intacte pendant des années.

Une chance, le couple a tenu. « On a été chanceux, notre couple était solide. Il y avait nos échappatoires comme nos sorties au restaurant et les voyages. La première année, on est partis trois fois. On s’est aussi respecté dans notre deuil même si on ne le vit pas de la même façon. Par exemple, moi, je ne vais jamais au cimetière, ça me confronte trop. Denis, lui, arrête chaque fois qu’il passe proche en vélo », note Michèle, précisant qu’après le départ de Danick, son mari a joint le club de cyclistes dont leur fils était membre.

Pendant sa maladie, Danick a écrit un journal. Son père ne l’a jamais lu et il a fallu des années avant que sa mère se décide à le lire. « Ses écrits n’étaient pas tristes. Il racontait ses journées et il parlait de ses parents et du fait qu’il nous aimait. »

« Il était bien mieux! » lance Denis en riant.

Danick Blouin est décédé à la maison. Il avait 17 ans.

Depuis son départ, Michèle et Denis ont continué à avancer comme Danick leur avait demandé de le faire. « Un jour à la fois, lentement, avec toutes nos peines et nos souvenirs. Nous étions bien entourés, nos familles, nos amis étaient là pour nous soutenir malgré leur peine à eux aussi. Bien entendu, nous ne serons jamais grands-parents, mais maintenant, il y a trois petits enfants dans la famille, bientôt quatre, nous les chérissons tendrement », raconte l’ancienne directrice d’école qui a passé sa carrière entourée d’enfants.

« Aujourd’hui, nous allons bien, nous sommes heureux et nous avons des projets plein la tête. Il faut laisser le temps passer, se donner le droit d’avoir mal, mais aussi le droit d’être heureux. Il faut se trouver des petits bonheurs et continuer à garder en mémoire tous nos beaux souvenirs. Sa naissance, ses rires, ses rêves », ajoute la mère de Danick.

Danick était ricaneur et farceur comme son père. « La vidéo, c’est l’idée de Denis. Moi, je le suis dans ses niaiseries », note Michèle.

« C’était mon anniversaire et c’était pour faire rire les gens pendant le confinement », explique Denis.

On peut presque entendre Danick rire.

Après le départ de son fils, Michèle a perdu pendant un certain temps le goût de s’habiller, de sortir, de s’amuser. Presque comme un confinement. Une phrase l’a beaucoup aidée à se relever. « On m’avait dit : chaque jour, trouve-toi un petit bonheur. » 

Votre petit bonheur du jour pourrait bien être le visionnement de la vidéo du couple.