Le comité citoyen et le comité de pilotage de la revitalisation du quartier de l’école Marie-Reine ont reçu près de 120 citoyens au courant du week-end. Ces derniers ont apporté préoccupations et solutions pour le quartier qui, malgré ses problèmes de mixité sociale et d’accès aux services, fait l’objet d’un grand sentiment d’appartenance.
Le comité citoyen et le comité de pilotage de la revitalisation du quartier de l’école Marie-Reine ont reçu près de 120 citoyens au courant du week-end. Ces derniers ont apporté préoccupations et solutions pour le quartier qui, malgré ses problèmes de mixité sociale et d’accès aux services, fait l’objet d’un grand sentiment d’appartenance.

Revitalisation du quartier Marie-Reine : le transport et la mixité sociale dans la mire

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
« Un quartier oublié, mais une communauté mobilisée. » C’est dans cet esprit que les conversations se sont animées, cette fin de semaine à l’école Marie-Reine, lors des consultations citoyennes qui donneront son élan à la revitalisation du quartier. Perçue par les comités de pilotage et citoyen comme un événement charnière dans cette démarche de développement social, la causerie aura permis d’identifier notamment les problèmes du transport et de l’intégration sociale comme chevaux de bataille.

Ces deux comités, qui ont été mis sur pied il y a un peu plus d’un an dans l’optique de favoriser la réussite scolaire et de remédier au désert communautaire de ce quartier au sud de l’arrondissement de Fleurimont, ont réuni à leur plus grande satisfaction près de 120 résidants du quartier au cours des deux journées de consultations, dont plus d’une trentaine d’enfants. 

« Le quartier a beaucoup changé, on l’a beaucoup entendu de la part de ceux qui demeurent ici depuis 25 ans, résume Jean-François Roos, organisateur communautaire au CIUSSS de l’Estrie — CHUS et membre du comité de pilotage. On a pu constater que le tissu social a beaucoup bougé. On vit dans des sociétés où on est plus encouragés à rester à la maison plutôt qu’à vivre ensemble, alors qu’on en a énormément besoin. La vie sociale est un important indicateur de santé. Des études au Royaume-Uni ont même prouvé que c’est encore plus important que le patrimoine génétique en ce qui concerne l’espérance de vie. »

Notamment à la suite de la construction d’un grand nombre d’immeubles à logements, le quartier s’est densifié (1564 habitants par km2 en 2016) et accueille aujourd’hui un grand nombre de nouveaux arrivants. « Les gens s’apprécient, mais il y a une méconnaissance », explique Linda Pagé, directrice de l’école Marie-Reine et membre du comité de pilotage. Selon l’Observatoire estrien du développement des communautés (OEDC), les immigrants représentent 11 % de la population du quartier, et 6 % de tous les résidents sont des immigrants arrivés récemment.

Sidiqa Malikzada, qui est d’origine afghane, est arrivée à Sherbrooke en 2017. « Ç’a été extrêmement difficile en arrivant, note celle qui s’implique aujourd’hui dans le comité citoyen. Le plus important, pour les immigrants, c’est de pouvoir apprendre la langue. Quand ils arrivent ici, ils ne peuvent pas nécessairement commencer tout de suite les cours. Moi, j’ai commencé la francisation après quatre mois. J’étais toute seule à la maison avec les enfants. On était nouveaux dans le quartier, c’était difficile de trouver de l’aide. » 

Se déplacer

Parmi les éléments qui ont également pris un tournant différent au cours des dernières années dans le quartier Marie-Reine : l’accès aux transports. Selon l’OEDC, seulement 3 % des résidents utilisent le transport en commun pour se rendre au travail. Une proportion plus de quatre fois inférieure à celle de la population sherbrookoise (14 %). Dans le groupe de discussion des femmes aînées, les préoccupations semblaient grandes, dimanche.

« Mon frère a pris l’autobus chaque jour pendant 20 ans, raconte Pierrette Fernet. Il passait tout près. Quand ils ont décidé de tout changer le réseau, c’était rendu qu’on devait courir jusqu’au bas de la côte pour aller l’attraper. Tout le monde a fini par s’acheter des voitures, simplement parce qu’on ne peut plus se rendre nulle part. » 

« S’il y avait un meilleur service d’autobus, je le prendrais bien plus souvent. Je n’ai pas de voiture », indique Ayda Nelly Castro Rosas, une résidante d’origine colombienne qui déplore que la ligne 1, la seule de la Société de transport de Sherbrooke qui traverse le quartier, n’aboutit au Carrefour de l’Estrie qu’un voyage sur deux.

La problématique du transport dans ce quartier, qui n’est pourtant situé qu’à trois kilomètres du centre-ville, est encore plus importante en sachant qu’il est situé en plein désert alimentaire, précise M. Roos. 

Des préoccupations concernant le prix élevé des loyers, qui a augmenté de 177 $ en moyenne en 10 ans, ont également été entendues, tout comme la sécurité pour les piétons sur la rue Bowen et l’accès aux espaces publics. 

« Un problème qui a beaucoup été soulevé est que les citoyens n’ont pas accès aux terrains sportifs du parc Bureau parce qu’ils sont gérés par la Ville et réservés à des ligues, avance Oana Bota, membre du comité citoyen. Les gens ne comprennent pas, c’est très paradoxal, parce que les jeunes se font dire de bouger et ils sont obligés d’aller beaucoup plus loin pour le faire. » 

Une bougie d'allumage

Les problèmes qui freinent l’atteinte d’un meilleur niveau de vie dans le quartier de l’école Marie-Reine se font de plus en plus clairs pour les meneurs de la démarche de revitalisation du milieu. Mais où en sont les solutions? 

Déjà, la consultation citoyenne du week-end aura été la bougie d’allumage d’une bien meilleure mixité et cohésion dans le quartier, croient les membres du comité de pilotage Jean-François Roos et Laura Anson, respectivement organisateur communautaire pour le CIUSSS de l’Estrie — CHUS et agente de développement et de rapprochement interculturel pour l’Initiative sherbrookoise de développement des communautés.

« L’objectif est d’identifier ce qui se passe dans le quartier et comment on peut mettre en place des choses, mais aussi, dans des journées comme ça, on retrouve des petits trésors, explique Mme Anson. Ce sont des gens qui sont prêts à faire des choses pour leur milieu, et qui s’ajoutent à tout le travail que le comité citoyen fait déjà. On sait aussi qu’on a un défi au niveau interculturel dans le quartier, comme il y a beaucoup de nouveaux arrivants qui ne parlent pas français. On veut mettre en place des initiatives pour communiquer davantage en français, créer des espaces où les gens de toutes les cultures vont se rencontrer, et aujourd’hui, c’en était une de plus. »

Les participants, qui ont été recrutés un à un par du porte-à-porte du comité citoyen, ont d’ailleurs indiqué à 90 % avoir envie de s’impliquer dans la revitalisation du quartier.  

« Une dame qui était ici hier [samedi] a dit qu’elle habitait ici depuis 1984, et que c’était la première fois qu’elle parlait à des gens du quartier », raconte pour sa part le membre du comité citoyen André Poulin.

Des actions ont également déjà suivi leur cours dans la dernière année. Par exemple, une ligue de soccer a été démarrée l’automne dernier pour les enfants du quartier, lesquels seront entraînés gratuitement par des bénévoles. Une bibliothèque ouvrira également bientôt au parc Bureau, laquelle sera propulsée par l’implication des jeunes du quartier. 

En ce qui concerne les ressources qui serviront à revitaliser le quartier, le comité de pilotage a confiance. « On compte bien les trouver, établit M. Roos. D’abord, il y a des ressources qui sont déjà existantes dans le quartier. Ensuite, c’est d’intéresser au quartier les ressources de l’ensemble de Sherbrooke ou ailleurs, pour qu’elles portent leur regard vers celui-ci et qu’elles veuillent venir offrir des ressources dans le quartier. » 

« C’est clair que ce n’est pas le comité citoyen qui va régler les problèmes et on sait que tout ne sera pas réglé d’ici cinq ans, mais nous, on va arriver avec les solutions et on va aller cogner aux bonnes portes. Ce ne sera pas la voix du comité, mais celle des citoyens », conclut M. Poulin. 

Des groupes de discussions d’enfants et d’adolescents seront également formés dans les prochaines semaines. Un rapport final de la consultation citoyenne sera produit par des étudiants en travail social à l’Université de Sherbrooke sous la supervision de la chercheuse Annick Lenoir.