Ultimement, c’est Santé Canada qui approuve les critères de sélection des donneurs.

Revendiquer sans mettre les gens en danger

« Il ne faut jamais oublier une chose, le geste que l’on pose en donnant notre sang, qui est un geste humanitaire, a potentiellement un impact sur la santé d’autres êtres humains. Nous ne recommandons à personne de mentir. On peut ne pas être d’accord, mais il faut songer à la portée du geste que l’on pose. Alors nous n’insisterons jamais assez pour inciter les personnes qui peuvent avoir un avis contraire à utiliser tous les moyens à leur disposition pour faire les revendications qu’elles estiment justes, mais de grâce, de ne pas le faire de manière à poser un geste qui pourrait avoir des répercussions sur la santé des autres », déclare fermement le directeur des relations publiques chez Héma-Québec, Laurent Paul Ménard, en réaction à la situation.

Du même souffle, M. Ménard souligne qu’Héma-Québec mesure la sécurité liée aux dons de sang de deux manières. Premièrement en soumettant tous les donneurs à un questionnaire médical. Et deuxièmement, en testant chaque don de sang pour détecter la présence de virus ou de pathogènes transmissibles par le sang, tels que le VIH, l’hépatite B, l’hépatite C, la syphilis et le HCLV.

« Héma-Québec ne recommande à personne de mentir, mais heureusement, nous avons des statistiques permettant de déterminer que dans une écrasante majorité, les personnes disent la vérité. Les dons testés positifs pour ce qui est du VIH sont de zéro pour cent sur 301 900 dons l’an dernier alors que la prévalence dans la population est de 1 sur 500 cas, soit 0,2 pour cent. Les dons qui ont testé positifs pour l’hépatite C se chiffrent à 14, soit 1 cas sur 21 564 dons, alors que la prévalence dans la population est de 1 sur 125, soit 0,8 pour cent », explique le directeur des relations publiques, admettant que ces pourcentages ne tiennent pas compte du donneur qui mentirait, mais ne serait pas infecté par un virus ou un pathogène.

« Aussi, on part du principe qu’on ne peut jamais répondre pour quelqu’un d’autre. Juste pour soi-même. On ne peut répondre pour notre conjoint peu importe notre orientation sexuelle, qu’on soit dans une relation stable ou pas », note M. Ménard.

Samuel répond à cet argument. « On peut ajuster les étapes menant au don de sang. En plus de me demander un papier du médecin prouvant que j’ai été testé récemment, on pourrait aussi exiger que je fournisse ce document pour mon chum ».

Pas une question de comportement

Ultimement, c’est Santé Canada qui approuve les critères de sélection des donneurs. « Et ces critères ne sont jamais basés sur le comportement des donneurs. L’enjeu qui est délicat ici, c’est que le donneur associe la notion de comportement au critère d’Héma-Québec alors que tous les critères sont plutôt basés sur l’appartenance à un groupe qui est à risque. Par exemple, un voyageur qui se rend en République dominicaine et qui reste 100 pour cent de son temps dans sa chambre ne pourra pas donner du sang pendant les 12 mois suivants. Même s’il n’a aucune chance d’avoir été piqué par un traître moustique, car la République dominicaine est un endroit où la malaria est présente de façon endémique. C’est la logique derrière les critères », mentionne M. Ménard rappelant que selon l’Institut national de santé publique, les hommes gais et autres hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes constituent la population la plus touchée par le VIH, la syphilis et la lymphogranulomatose vénérienne et qu’ils représentent une proportion très importante des cas d’infection gonococcique.

Le critère n’est pas sur le comportement, mais sur l’appartenance à un groupe à risque, répète M. Ménard, notant que Héma-Québec utilise la notion de relation sexuelle au sens large et que jamais des questions ne seront posées à personne, ni une femme hétérosexuelle ni un homme homosexuel, sur le type de sexualité pratiquée.

Interdire à défaut de pouvoir dépister

Les tests utilisés par Héma-Québec sont de plus en plus performants, mais il en demeure pas moins qu’il existe toujours une période fenêtre entre le moment où une personne est exposée à une infection transmise sexuellement ou par le sang et le moment où le test sera en mesure de le détecter.

« Si on prend le cas du VIH, il y a une période fenêtre de 10 jours entre le moment où une personne est exposée au virus et le moment où le test va le détecter », explique le directeur des relations publiques chez Héma-Québec, Laurent Paul Ménard, ajoutant que deux tests sont utilisés pour identifier la présence d’un pathogène, celui de l’acide nucléique qui identifie le virus et le test Prism qui détecte les antigènes et les anticorps du virus.

Le sang recueilli lors de don de sang peut être conservé entre 7 et 12 mois. « La période de conservation varie selon le composant qu’on souhaite utiliser. Pour les plaquettes, la période de conservation est de 7 jours. Pour les globules rouges, elle est de 42 jours et pour le plasma, il peut être conservé pendant un an », note M. Ménard.

Des échantillons du sang du donneur sont testés lors du prélèvement. « Le but étant d’avoir les résultats le plus rapidement possible. Le questionnaire existe pour assurer de couvrir cette période fenêtre », souligne M. Ménard, précisant que pour la plupart des critères, la période d’interdiction est de 12 mois après l’exposition au risque.

« Une question qui est souvent soulevée est pourquoi une période d’interdiction de 12 mois pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) quand les tests scientifiques permettent de détecter la présence d’une ITSS dix jours après l’exposition au risque? C’est une question au niveau du législateur et des groupes de receveurs qui font pression pour que la période soit plus grande », affirme M. Ménard, ajoutant que la période d’interdiction diminue au fur et à mesure que la performance des tests de dépistage augmente.

Par ailleurs, Héma-Québec n’est pas en pénurie de sang et répond « sans problème » aux demandes des centres hospitaliers. « Il n’y a pas d’enjeu de ce côté », précise M. Ménard.