Gabrielle Rondeau-Leclaire est présidente et cofondatrice de REVE Nourricier (Réseau d’espaces verts éducatif et nourricier).
Gabrielle Rondeau-Leclaire est présidente et cofondatrice de REVE Nourricier (Réseau d’espaces verts éducatif et nourricier).

REVE Nourricier et le filet social vert

En cofondant REVE Nourricier (Réseau d’espaces verts éducatif et nourricier), Gabrielle Rondeau-Leclaire avait bien senti un besoin de stimuler l’agriculture urbaine à Sherbrooke. Mais elle a surtout mis le doigt sur un puissant moteur social qui ne demandait qu’à trouver du carburant.  

« Le téléphone n’arrête pas! », se réjouit la présidente de la jeune entreprise sociale, qui a depuis peu pignon sur la rue Wellington Nord. 

En septembre 2019, la biologiste et ses partenaires Jacob Leblanc et Philippe Barbe-Mathurin ont fondé l’entreprise sociale REVE Nourricier. Sa mission principale : sécuriser le filet social par le biais de l’alimentation. Depuis, ses orientations se précisent et se remodèlent, mais conservent toujours les mêmes valeurs fondatrices. 

Comme l’explique Mme Rondeau-Leclaire, l’entreprise agit surtout comme un pont ou une plateforme entre les idéateurs et la communauté. Déjà, ce sont trois projets qu’elle a mis en branle, et un quatrième est déjà à l’agenda pour 2021. 

Le verger de permaculture de REVE Nourricier sur la campus de l’Université de Sherbrooke.

« On accueille beaucoup de jeunes qui désirent s’impliquer dans leur communauté. Ce sont souvent des jeunes qui ont de l’initiative et qui veulent développer des projets sans être des experts en la matière. On a plusieurs programmes de financement pour des projets en agriculture urbaine en lien soit avec l’éducation, l’aménagement ou la production alimentaire, et grâce auxquels on développe des partenariats avec des institutions et des entreprises. Alors on offre l’opportunité à des personnes de développer leur projet au sein de notre partenariat. Les entreprises, les corporations et les institutions sont de plus en plus appelées à réfléchir à leur responsabilité sociale et environnementale. Ça peut très bien passer par des démarches en lien avec le verdissement et la production alimentaire par la communauté. » 

REVE Nourricier a par exemple aménagé un jardin à la maison Marie-Moisan, l’une des résidences du Groupe Probex qui visent à offrir un milieu de vie aux personnes vivant avec des limitations diverses. Les stagiaires du Groupe Probex, qui suivent un parcours d’insertion au travail, ont ainsi pu apprendre à cultiver des légumes et à entretenir un jardin urbain. Ensuite, les légumes ont été vendus à même le service d’alimentation de la résidence, ou ont été servis aux stagiaires grâce à un programme de boîtes à lunch. 

Dans ce jardin, pas moins de 53 activités éducatives ont été tenues en 2020. D’autres sont à prévoir dans la prochaine année pour amasser des fonds, tout comme une campagne de sociofinancement qui sera lancée prochainement.  

REVE Nourricier a aménagé un jardin à la maison Marie-Moisan, l’une des résidences du Groupe Probex. Les stagiaires du Groupe Probex, qui suivent un parcours d’insertion au travail, ont ainsi pu apprendre à cultiver des légumes et à entretenir un jardin urbain. Les légumes ont été vendus à même le service d’alimentation de la résidence ou ont été servis aux stagiaires grâce à un programme de boîtes à lunch.

« On est aussi en train de développer notre propre service de consultation en forêt de permaculture », ajoute la présidente, ajoutant que depuis ses débuts, l’organisme a pris en charge un verger de permaculture sur le campus de l’Université de Sherbrooke, où des expérimentations, notamment de greffage d’arbres ou d’introduction de champignons, ont été lancées par ses membres bénévoles. 

Son troisième projet à ce jour, la REVE mobile, est le fruit de l’imagination d’une étudiante en design technique à l’Université Concordia et d’un biologiste membre. Avec l’aide de Chantiers jeunesse, ceux-ci aménagent un véhicule pour transporter les équipements nécessaires pour laver ses fruits et légumes, les sécher et les ensacher à même les jardins de l’organisme.

REVE Nourricier a produit plus de 200 lb de légumes en 2020 grâce à son jardin de la maison Marie-Moisan.

Se rapproprier le territoire

Malgré la présence de jardins collectifs et communautaires à Sherbrooke, et même si les poules urbaines et les jardins en façades sont autorisés, le travail est loin d’être fini du côté municipal, croit Mme Rondeau-Leclaire. « J’aimerais qu’on revoie la façon dont on s’approprie notre territoire à Sherbrooke. C’est en ayant contact avec ce genre d’initiatives qu’on peut ensuite avoir un jugement critique et prendre de meilleures décisions par rapport à notre environnement. On sait aussi, grâce à des recherches qu’un jardin, c’est vraiment un moteur pour tisser les communautés plus serrées et les aider à se soutenir entre elles. Il y a plusieurs quartiers à Sherbrooke qui sont moins sécurisés et qui sont des déserts alimentaires. Ils gagneraient à ce que l’agriculture urbaine soit développée. Mais ça pourrait juste dégénérer si la Ville n’est pas éduquée ni structurante. » 

Dans un futur plan d’agriculture urbaine, la Ville pourrait par exemple cibler des terrains à décontaminer pour aménager de nouveaux jardins, ou planter des arbres fruitiers en vue de la consommation, mentionne-t-elle.