Le Dr Diego Bellabarba vient de prendre sa retraite à 82 ans après 60 ans de carrière. Il était endocrinologue, chercheur et professeur au CHUS.

Retraite à 82 ans pour le Dr Bellabarba

Lorsque le dernier patient du Dr Diego Bellabarba a fermé la porte derrière lui à la fin de sa consultation la semaine dernière, il ne marquait pas seulement la fin de la journée de travail de l’endocrinologue; il marquait plutôt la fin de sa longue et prolifique carrière. À 82 ans et après 60 années de carrière en recherche, en enseignement et en pratique clinique, l’heure de la retraite a sonné pour ce fondateur du service d’endocrinologie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS).

Les médecins qui travaillent au-delà de l’âge de 80 ans ne sont pas si rares au Québec. À preuve, au 31 décembre 2016, 159 médecins ayant 80 ans et plus étaient actifs au tableau du Collège des médecins du Québec. Cela reste tout de même marginal quand on considère qu’à la même date, il y avait au total 20 686 membres actifs.

Ils ne sont pas nombreux toutefois à travailler à temps plein avec trois chapeaux, soit l’enseignement, la pratique clinique et la recherche.

Quel est donc le secret du Dr Bellabarba pour avoir réussi à travailler aussi longtemps et aussi passionnément?

« J’ai toujours été heureux de travailler. Je ne suis pas un amateur de tâches ménagères ou de jardinage! On me parle beaucoup de voyages, mais j’ai eu la chance de voyager beaucoup dans le cadre de mon travail pour des conférences partout dans le monde. Comme endocrinologue, j’avais aussi la chance de ne pas avoir le stress de travailler avec des patients en urgence, comme un chirurgien qui doit prendre une décision, là, maintenant, sinon le patient va se mettre à saigner. Comme je n’avais pas ce stress-là, ça m’a certainement préservé aussi », suppose le médecin d’origine italienne.

L’aventure sherbrookoise

Au départ d’ailleurs, à la fin de ses études en médecine à Rome, rien ne laissait penser que le médecin allait mener la plus grande partie de sa carrière à Sherbrooke. C’est pour un stage postdoctoral qu’il a décidé de venir aux États-Unis – et le séjour s’est étiré. Puis un jour, alors qu’il se questionnait justement sur son avenir et qu’il hésitait entre retourner en Italie et s’établir pour de bon aux États-Unis, un ancien camarade lui a téléphoné. Ce médecin originaire de Montréal lui a dit : « Il y a un hôpital et un centre de recherche qui vont ouvrir à Sherbrooke bientôt. Ça ne te tenterait pas de venir vivre l’aventure du démarrage avec nous? »

Et c’est comme ça que Diego Bellabarba est venu visiter l’hôpital. « La première fois que je suis venu, j’ai dû prendre le chemin de terre qui menait au chantier de construction! » se souvient-il.

Depuis, ce pilier de la fondation du Centre de recherche clinique du CHUS a oeuvré sur bien des fronts. Du côté de ses recherches, il a notamment découvert la T3, l’hormone thyroïdienne active.

Sa plus grande passion demeure toutefois l’enseignement.

Son héritage à ce niveau est important, d’ailleurs : il a contribué à former 35 % des endocrinologues en activité au Québec!

Les 12 endocrinologues qui bossent en ce moment au CHUS ont tous été ses élèves, bien sûr.

« Tous les endocrinologues du CHUS ont du succès au niveau de leurs recherches. Je pense notamment au Dr André Carpentier, qui est très renommé. Il y a aussi plusieurs autres beaux succès dans notre équipe et dans mes anciens résidents. Ça me rend très heureux », lance en souriant le médecin.

L’endocrinologue ne quittera pas son bureau de sitôt, bien que l’heure de la retraite ait sonné. Son bureau est bien rempli. Il suivait des centaines de patients, qu’il ne veut pas laisser tomber.

« Je regarde les dossiers un par un. Certains patients pourront être suivis par leur médecin de famille. Je vais transférer des dossiers à mes collègues pour les maladies plus complexes. Je vais téléphoner à tout le monde. Après toutes ces années, on ne peut pas laisser tomber les patients. Ils sont importants et nous avons développé de belles relations. Je vais aussi continuer l’enseignement pour un an ou deux », assure le médecin.