La marche pour le climat du 27 septembre 2019 a témoigné de la volonté des Sherbrookois de voir des actions concrètes entreprises par les différents paliers de gouvernement. Alors que la Ville de Sherbrooke a signé la déclaration universelle d’urgence climatique il y a maintenant un an, plusieurs groupes environnementaux s’inquiètent du chemin parcouru jusqu’ici.

Retour sur un an d’urgence climatique

Le 19 novembre 2018, la Ville de Sherbrooke signait la déclaration universelle d’urgence climatique tout en s’engageant à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour Karine Godbout, présidente du comité de l’environnement, les 12 derniers mois n’auront pas nécessairement été le théâtre de « grandes actions concrètes », mais ils auront permis l’instauration d’une synergie au sein de l’appareil municipal qui laissera le champ libre à des changements plus importants.

La création du Bureau de l’environnement de la Ville, en juin dernier, est « une grande réalisation qui a permis de positionner l’importance de l’environnement dans l’organisation », exprime-t-elle d’emblée.

« Pour moi, il y a deux niveaux d’actions : il y a celles qui sont plus rapides, qui émergent de graines qui étaient déjà semées, et il y a des actions profondes qui demandent une connexion. Quand je suis arrivée comme élue en environnement, l’expertise était-là, mais la capacité de percoler ça dans la structure administrative telle qu’elle était, c’était difficile. La création du Bureau de l’environnement est le premier pas pour nos actions plus profondes », partage la conseillère de l’arrondissement des Nations.

Parmi les actions rapides réalisées, elle mentionne notamment l’interdiction des sacs de plastique à usage unique qui entrera en vigueur en 2020, et qui s’intégrera dans une plus grande stratégie de bannissement d’objets à usage unique.

Mme Godbout rappelle également la mesure de récupération et de valorisation des matelas adoptée en mai dernier et le projet-pilote de compostage implanté dans dix écoles de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

« Dans notre bilan d’émissions de GES, on voit que c’est dans les transports qu’on a les plus grandes émissions, soit 56 %. Maintenant, c’est de travailler les dossiers de mobilité durable en synergie. En ce moment, je pense qu’il y a de belles étoiles qui s’alignent avec le service de planification et aménagement du territoire, la Société de transport de Sherbrooke, toute la question de la gestion des GES, puis avec les joueurs des services d’infrastructures urbaines et Hydro-Sherbrooke. »

Pipeline et stationnements

La déclaration universelle d’urgence climatique fait notamment état des conséquences qu’entraînerait l’inaction des différents gouvernements, soit un effondrement économique, une crise de santé publique, une pénurie alimentaire mondiale, un anéantissement de la biodiversité et des crises de sécurité nationale et internationale.

Pour Vincent Boisclair, co-porte-parole pour le groupe militant La planète s’invite à l’UdeS, la signature du document a plutôt « nourri le cynisme politique » à Sherbrooke.

« On salue la création du Bureau de l’environnement, mais quand on regarde les actions qui ont été prises à Sherbrooke par la suite, on voit 720 stationnements avec le projet Well Sud. Quand on nous parle de projet visionnaire, pour nous, c’est à l’opposé : c’est de la régression. Ensuite, on regarde un pipeline qui va passer sur notre territoire, et la Ville a de la difficulté à se positionner. Elle semblait ne s’être même pas informée à ce sujet-là jusqu’à il y a quelques jours. Aussi, le plan de mobilité durable est très audacieux, mais quand on se penche sur les actions mises en place, on est encore derrière ce que les ambitions veulent. »

Interpellée à propos du projet de gazoduc Goldboro LNG, Karine Godbout a affirmé que le dossier était encore très nouveau et qu’il était difficile de discuter des possibles actions de la Ville, mais qu’elle avait assisté à une bonne partie de la soirée d’information de la campagne Goldboro, parlons-en! vendredi soir. « Le trajet ne passerait pas dans la ville de Sherbrooke, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’intéresser à ce qui se passe. On va suivre l’histoire et il y a peut-être des questions que je vais amener à discuter au Bureau de l’environnement. »

« Prêts au changement »

Du côté du Conseil régional de l’environnement de l’Estrie, sa directrice, Jacinthe Caron, souligne la mise en vigueur cette année du règlement obligeant quelque 3500 propriétaires riverains à remettre en état les berges du lac Magog et des rivières Magog, Saint-François, Massawippi et aux Saumons en plus de celles de ruisseaux.

« Je ne pense pas que c’était la grosse année environnementale, note Mme Caron. Ce que j’ai plus senti, c’est que les citoyens sont plus que jamais interpellés et prêts au changement. Oui, il y a des moments où ça ne roule pas à vitesse grand V, mais il y a un beau dialogue qui s’installe. [...] J’ose espérer que s’il y a des décisions qui doivent se prendre au conseil de ville pour voter des budgets plus importants pour certaines actions, la population sera derrière », dit-elle, saluant également le projet de réserve naturelle au mont Bellevue, qui remonte à presque un an.

Claudèle Domingue, présidente des AmiEs de la Terre de l’Estrie depuis juin dernier, insiste sur le fait que « la Ville ne pourra pas faire grand-chose si les citoyens ne commencent pas à faire du développement de quartier. »

Alors que la sécurité alimentaire et les revenus agricoles sont menacés sur la planète, Mme Domingue maintient qu’une collaboration entre Sherbrooke, les MRC avoisinantes et les producteurs locaux s’avère cruciale.

« C’est risqué de tomber dans un sentiment d’impuissance quand on entend juste les statistiques, ajoute-t-elle. À force de dire qu’on a manqué notre coup et que les objectifs ne seront jamais atteints. Moi, je ne suis pas dans l’urgence climatique, je suis dans la transition. Il faut qu’on soit dans la communauté résiliente du 21e siècle, qui fait un retour au développement local, solidaire et intelligent. »

Un rassemblement citoyen, impliquant les groupes Urgence climatique Sherbrooke, Extinction Rebellion Sherbrooke et La planète s’invite à l’UdeS est prévu devant l’hôtel de ville lundi, entre 18 h et 19 h. Des militants prévoiraient s’adresser aux élus lors du conseil de ville par la suite.