Les enseignants de l’Estrie sont impatients de connaître le contexte dans lequel ils devront travailler lors du retour en classe progressif que prévoit le gouvernement. Dans la région, le plan de la santé publique forcera la réorganisation de 135 milieux d’enseignement.
Les enseignants de l’Estrie sont impatients de connaître le contexte dans lequel ils devront travailler lors du retour en classe progressif que prévoit le gouvernement. Dans la région, le plan de la santé publique forcera la réorganisation de 135 milieux d’enseignement.

Retour progressif à l’école : les consignes attendues avec impatience

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Les enseignants sont prêts à mettre l’épaule à la roue pour accueillir de nouveau les élèves en classe, mais ils devront connaître le plus rapidement possible les mesures qui leur seront imposées si l’on souhaite un retour à l’école sain et sécuritaire pour tous, affirme le président du syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE), Richard Bergevin.

« Notre principale préoccupation est d’avoir accès au plan de la Santé publique, dit celui qui veut que toute décision soit basée sur la santé et la sécurité de tous. Nous voulons contribuer à sa mise en place dans chacune des écoles. Les défis ne sont pas les mêmes par exemple dans la petite école primaire de Saint-Romain qui a 54 élèves et l’école secondaire du Triolet qui en a 2200. Nous sommes capables de nous mettre au travail et plus rapidement ce plan-là va nous arriver, plus rapidement nous pourrons concrètement travailler sur un retour en classe et faire baisser l’anxiété de tous. Les parents et les enfants posent des questions, et pour l’instant, nous ne sommes pas capables de leur répondre. »

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Le confinement vécu par les enfants

Rappelons que mercredi, François Legault indiquait que le gouvernement présenterait un plan de retour progressif en classe par région au courant de la semaine prochaine. Le premier ministre a également assuré que les parents qui ne voudraient pas retourner leur enfant à l’école dès la réouverture des établissements d’enseignement n’y seraient pas forcés. 

L’aménagement particulier des classes et le transport scolaire sécuritaire sont par exemple des éléments que les enseignants sont impatients de pouvoir planifier, explique M. Bergevin. 

« En Estrie, ce sont 135 milieux à planifier, avec 3500 enseignants et 42 000 élèves. Deux semaines, ça passe relativement rapidement, évalue-t-il, rappelant que le gouvernement s’est préalablement engagé à aviser les écoles deux semaines avant une possible reprise. Nous voulons aussi savoir si nous aurons les moyens en terme de personnel. Est-ce que nous aurons assez de concierges pour laver tous les jours ? » 

La députée provinciale de Sherbrooke, Christine Labrie, déplore également le peu d’information qu’elle reçoit de la part de la Direction générale de la santé publique. La porte-parole de Québec solidaire en matière d’éducation peut donc difficilement analyser le contexte auquel feront face les écoles d’ici quelques semaines. Elle espère que la rencontre prévue vendredi entre la Santé publique et les chefs des partis de l’opposition lui donnera enfin accès à de plus amples précisions. 

Néanmoins, Mme Labrie s’interroge devant les motivations du gouvernement Legault. Selon elle, la relance économique et le désir de commencer à bâtir une immunité collective ont clairement été formulés lorsqu’est venu le temps d’annoncer la décision de retour à l’école sur une base volontaire, mais la réelle poursuite des apprentissages n’a pas été identifiée parmi les priorités.  

« Pour moi, ce que ça veut dire, c’est qu’il ne pourra pas y avoir d’enseignement, conclut-elle. Si ce n’est pas obligatoire d’aller à l’école, on va beaucoup accentuer l’écart entre certains enfants qui depuis le début de la crise reçoivent des enseignements à la maison — soit parce qu’ils fréquentent des écoles privées ou que leurs parents les aident — et d’autres enfants qui n’ont pas accès à ça du tout pour toutes sortes de raison. Des enfants n’iront pas à l’école, mais ils ne doivent pas être pénalisés. 

« En même temps, c’est impossible de renvoyer tout le monde à l’école en même temps d’ici la fin de l’année, nuance-t-elle. Je comprends aussi qu’on ait fait le choix de ne pas imposer à tous les parents de renvoyer leur enfant en classe. C’était nécessaire pour rassurer les gens ».

 Qui et combien ?

Pour Richard Bergevin, le retour à l’école sera d’ailleurs particulièrement important pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage, les élèves sur le point de terminer leur primaire ou leur secondaire et les classes avec une approche de semestrialisation. 

Bien que dans le néant quant à l’identité et au nombre d’élèves qui retourneront sur les bancs l’école d’ici la fin de l’année, M. Bergevin croit que les enseignants de tous les milieux et niveaux scolaires devront prêter main-forte pour « replacer les élèves dans leurs apprentissages » dans la prochaine année.  

« Ce que le gouvernement et les centres de services devraient être en train de faire en ce moment, c’est de sonder les parents pour voir combien de jeunes sont prêts à y retourner dans les prochaines semaines, croit Christine Labrie. C’est une donnée cruciale et ça va influencer tout le plan d’adaptation que les écoles vont devoir mettre sur pied. » 

Même si elle croit que « beaucoup d’enfants n’auront pas besoin de rattrapage », la députée suggère que des ressources soient mises sur pied pour aider les élèves en difficultés à atteindre le niveau d’apprentissage nécessaire avant la prochaine rentrée scolaire. 

« Soit des cours d’été pour les plus vieux, soit des camps de jour pédagogiques pour plus jeunes, propose-t-elle. Il ne faudrait pas que ce soit obligatoire, mais ça devrait être offert. » 

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) n’a pas voulu partager l’étendue de ses préoccupations ni de ses travaux préparatoires, jeudi.  « Comme pour toutes les organisations, la CSRS a mis en place un comité qui travaille sur une possibilité de retour dans les prochaines semaines. Mais il est beaucoup trop tôt pour commenter ou pouvoir donner plus d’information, sans avoir les orientations finales du gouvernement », a-t-on répondu à La Tribune.  

Dans une lettre adressée aux parents jeudi soir, la Direction générale de la CSRS, a cependant expliqué que la priorité « sera toujours d’offrir, dans le respect des encadrements de la Direction de la santé publique, des modalités et des lieux d’enseignements sains, sécuritaires et propices aux apprentissages, même si nos façons de faire seront appelées à être modifiées et constamment ajustées pour faire face à l’un des plus grands défis de notre histoire récente. » On indique également qu’il n’y aura « aucune pénalité pour les enfants qui ne retourneront pas à l’école ».