Réparer : une nouvelle tendance ?

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
L’achat local et la lutte aux changements climatiques sont au cœur de plusieurs conversations en ce temps des Fêtes. C’est peut-être ce qui explique une tendance qui a été constatée par les commerçants locaux : la réparation d’articles usagés. Si les Sherbrookois peuvent réduire leur impact sur la planète en n’achetant pas d’article neuf, ils peuvent souvent sauver quelques dollars en confiant télé, meuble, électroménager ou cellulaire à un professionnel qui le remettra à neuf.

Sylvie Bonin, coordonnatrice de l’Association coopérative d’économie familiale de l’Estrie (ACEF), encourage la réparation. « Je pense que la prise de conscience environnementale a un impact là-dessus. On a travaillé fort l’an dernier pour lancer un bottin de toutes les ressources en réparation et un guide. C’était pour amener notre pierre à l’édifice. C’est une tendance », pense-t-elle, ajoutant qu’en plus du guide, son équipe et elle ont conçu un bottin régional des réparateurs.

« Un certain nombre d’organismes ont acheté une copie en référence, soutient-elle. Les gens de mon CA font la file pour l’emprunter. Il y a vraiment un intérêt pour la cause. »

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Selon Mme Bonin, il est généralement moins coûteux de réparer un objet que d’en acheter un semblable neuf. « C’est aussi plus environnemental. D’ailleurs, entre faire vivre des réparateurs de notre localité et acheter made in China, ça maintient une plus grande stabilité économique de réparer plutôt que d’acheter du neuf », plaide-t-elle. 

Mieux acheter, une étape importante 

Lorsque vient le temps d’acheter un article neuf, il est important de considérer qu’on devra peut-être, un jour, le faire réparer. Pour Sylvie Bonin, il s’agit d’une responsabilité individuelle et collective. « En lançant le guide, on voulait inciter les gens à réparer davantage, explique Sylvie Bonin. On voulait les outiller à mieux acheter et à mieux entretenir. D’un autre côté, il faut que les pièces soient disponibles et à un prix qui a de l’allure. Il faut que les vis soient dévissables avec un tournevis standard », cite Mme Bonin en exemple.

« En Europe, il y a un indice de réparabilité des cellulaires, enchaîne Mme Bonin. Est-ce que la batterie est facile à changer, ce qui va augmenter sa durée de vie? Est-ce qu’il est réparable? C’est un peu déprimant, car les modèles semblaient mieux réparables il y a quelques années que maintenant. [...] Souvent, la batterie est usée et le cellulaire est moins rapide, car la mémoire est trop pleine », mentionne-t-elle, précisant que les batteries se changent généralement et qu’un ménage dans nos applications peut aider à retrouver la vitesse d’antan. 

Parfois, faire réparer un article peut demander un peu plus d’efforts, concède Mme Bonin. « Je dois amener mon appareil, faire poser un diagnostic. Parfois, ils peuvent me le réparer tout de suite, d’autres fois, il va falloir que je revienne le chercher. C’est plus rapide d’aller au magasin en acheter un neuf ou en commander un sur Amazon. Mais c’est un petit effort qui vaut la peine », considère-t-elle.


Sylvie Bonin

Projet de Loi 197

D’ailleurs, le projet de loi 197 contre l’obsolescence programmée qui a été déposé à l’Assemblée nationale par des étudiants de l’Université de Sherbrooke propose entre autres qu’une cote de durabilité soit établie par le Bureau de normalisation du Québec et « que les pièces de rechange, les outils et les services de réparation nécessaires à l’entretien ou à la réparation d’un bien faisant l’objet d’un contrat doivent être disponibles à un prix et à des conditions raisonnables tant que le bien est disponible sur le marché ou pendant une durée raisonnable après la formation du contrat, selon ce qui est le plus avantageux pour le consommateur ».

Une consultation de l’Office de la protection du consommateur à ce sujet prenait d’ailleurs fin en décembre. « Même si le gouvernement n’a pas donné suite immédiatement aux étudiants de l’Université de Sherbrooke [quant au projet de loi qui a été déposé] l’an passé, il veut quand même aller de l’avant », analyse Mme Bonin, rappelant qu’environ 45 000 personnes avaient signé une pétition pour appuyer le projet de loi de l’UdeS. 

« En Suède, il y a des incitatifs fiscaux pour la réparation, ajoute-t-elle. Certaines réparations sont déductibles d’impôt. »

Et ce n’est pas seulement que l’électronique et les électroménagers qui peuvent être réparés. « On a une tonne de couturières, lance Sylvie Bonin. On peut aussi le faire soi-même si on a un peu de talent. Depuis deux ans, beaucoup d’informations sortent pour démontrer comme l’industrie du vêtement pollue. Si on est capable d’allonger la vie d’un vêtement, ça réduit son empreinte environnementale. Les cordonniers peuvent aussi nous réparer beaucoup plus de choses que des souliers », résume-t-elle. 

Le guide et le bottin sont disponibles au acefestrie.ca.