L’école Marie-Reine fait des ateliers culinaires : les élèves de la classe d’intégration sont impliqués dans la préparation de collations pour leurs sorties sportives et pour bonifier les boîtes à lunch de leurs amis.
L’école Marie-Reine fait des ateliers culinaires : les élèves de la classe d’intégration sont impliqués dans la préparation de collations pour leurs sorties sportives et pour bonifier les boîtes à lunch de leurs amis.

Remplir les ventres vides et s’intégrer

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Dans certaines classes de l’école Marie-Reine, située dans le quartier est de Sherbrooke, il y a des enfants qui se présentent à l’école avec le ventre vide. Ils n’ont pas de collation, pas de dîner parce que les tablettes sont vides à la maison. L’école a aussi une classe d’intégration qui accueille des enfants qui viennent juste d’arriver au Québec. La majorité du temps, ces enfants ne parlent pas français à leur arrivée et, côté alimentaire, ils vivent un total dépaysement... Leurs besoins sont immenses. Une enseignante a eu une idée : et si les élèves de la classe d’intégration préparaient des collations santé pour l’ensemble de l’école?

L’école participe au programme Croque Santé de l’épicier Metro qui, pour la première fois, s’associe aux Écoles enracinées d’Équiterre, projet qui s’est aussi lié au projet de l’École entrepreneuriale. « C’est tout ça qui a donné naissance à notre projet. Les enfants ont même trouvé un nom à leur restaurant, le Resto royal », présente Linda Pagé, la directrice de cette école qui adhère au programme Santé globale.

Tout ça est parti d’un besoin bien réel, bien concret. Dans le cadre d’une sortie à la montagne, l’enseignante d’éducation physique a constaté que plusieurs de ses élèves n’avaient pas de collations et manquaient donc d’énergie. Pour une sortie suivante, l’école a donc acheté des boules d’énergie pour permettre à ses jeunes élèves d’apprécier la sortie.

« Une enseignante a dit : et si on cuisinait nous-mêmes les collations pour offrir aux élèves lors des sorties? Et depuis, c’est ce qu’on fait. Les élèves de la classe d’intégration préparent des collations pour leurs sorties sportives et pour bonifier les boîtes à lunch de leurs amis de toute l’école une fois par semaine », indique Mme Pagé.

De fil en aiguille, c’est l’ensemble de l’équipe-école qui s’est engagée dans le projet.

Des apprentissages incroyables

Qu’est-ce que des enfants de 6 à 12 ans peuvent apprendre en coupant des fruits et du fromage et en les assemblant sur des baguettes de bois? « Tellement de choses, c’est incroyable », clame Linda Pagé.

« Nos enfants de la classe d’intégration n’ont jamais fréquenté l’école dans certains cas, ils sont souvent sous-scolarisés. Les défis sont grands. À l’école, nous sommes toujours à la recherche de meilleures stratégies pour stimuler les enfants. Notre premier objectif, c’est de favoriser la réussite scolaire, mais le but, c’est que les enfants aient du plaisir », indique la directrice de cette école qui a un taux de défavorisation de 10 sur 10.

Lors du passage de La Tribune, les enfants préparaient des brochettes de fruits et de fromage. Dans la classe transformée en petite usine sous la forme d’une « chaîne de production », les enfants sont heureux et s’amusent bien.

Or au début de l’année scolaire dans cette classe, les enfants de plusieurs origines ne parlaient pas un seul mot de français.

« Au début de l’année, on commence d’abord par apprendre le nom des fruits, leur couleur... Ensuite on apprend les mathématiques quand on donne une tasse à mesurer aux enfants pour leur faire mesurer des ingrédients, à faire des suites logiques en disant par exemple : on met deux raisins rouges, un raisin vert, un fromage blanc suivi d’un jaune, etc. On apprend aussi les techniques pour couper les fruits et le fromage et les fruits, on découvre des saveurs, des textures, les aliments sains. On insiste aussi sur la sécurité alimentaire en enseignant le lavage des mains et des surfaces », donne en exemples, parmi plusieurs autres, Mme Pagé.

« Il y a même des élèves qui s’occupent du contrôle de la qualité pour s’assurer du lavage des mains, de la propreté et pour vérifier que tout est beau et propre à la fin », ajoute la directrice.

Une fois les collations prêtes, c’est l’heure de la livraison. Ce sont bien sûr les élèves eux-mêmes qui se rendent dans les classes avec les plateaux chargés de délicieuses victuailles.

« Le fait que les enfants de la classe d’intégration se présentent en classe avec les collations favorise l’acceptation de la part des autres élèves de l’école. C’est une activité qui brise les barrières, une activité qui permet le décloisonnement des élèves. C’est gagnant-gagnant pour tous les élèves », ajoute Mme Pagé.