Réjean Caouette
Réjean Caouette

Relance : la prudence et la discipline seront le nerf de la guerre

Le milieu économique estrien se réjouit de la réouverture graduelle du commerce de détail, de la construction autre que résidentielle et du secteur manufacturier au cours du mois de mai, mais les intervenants sont conscients que ce n’est pas un retour au « travail comme avant » la pandémie.

« Le mot clé qu’on doit retenir en lien avec le déconfinement est vraiment le mot graduel. Les entreprises devront y aller avec prudence et discipline. On ne pourra pas fonctionner comme avant. On devra avoir plus d’équipement de protection, plus de produits désinfectants et le tout devra respecter les standards mis en place par la CNESST », souligne le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke (CCS), Réjean Caouette.

« J’aime l’image du robinet quand on parle de la relance. Oui, on l’ouvre, mais si les règles ne sont pas respectées, le robinet sera refermé et ce serait très malheureux. La réouverture est bonne pour l’économie mais aussi pour le moral des entrepreneurs et des travailleurs », ajoute le président de la CCS, qui se dit content et confiant.

La directrice générale de Sherbrooke Innopole voit également l’annonce du premier ministre du Québec comme une bonne nouvelle. « Le déconfinement doit se faire dans le bon ordre et je crois que repartir l’ensemble du secteur de la construction et le secteur manufacturier donnera une impulsion à l’économie », mentionne Josée Fortin, qui croit aussi que les mesures mises en place pour assurer la sécurité des travailleurs devront être suivies à la lettre et prises très au sérieux.

« Redémarrer bien sûr mais aussi se réinventer. À travers cette crise, il émerge de belles opportunités pour faire les choses différemment, se renforcer collectivement à tous points de vue », ajoute le directeur général de Magog Technopole, André Métras.

« On voit que le retour au chantier dans le monde de la construction résidentielle s’est bien passé alors c’est encourageant. Dans tous les domaines, ça prendra une grande collaboration entre les employeurs et les employés et une excellente communication entre toutes les personnes impliquées. Je crois que les gens seront obéissants, car ils comprennent l’impact de leur comportement », s’encourage M. Caouette.

Les défis

Les intervenants du milieu économique sont aussi conscients que les entreprises feront face à certaines difficultés.

« Après cinq ou six semaines d’arrêt, les factures se sont accumulées et il n’y a pas eu d’entrée d’argent. Alors il se peut que lorsque l’entreprise appelle son fournisseur pour s’approvisionner, ce dernier lui demande de payer ses factures avant de lui renvoyer de la nouvelle marchandise. Les banques et les gouvernements seront sollicités, c’est certain », mentionne M. Caouette, ajoutant également que certains commerces de détail auront peut-être de la difficulté à attirer leurs employés qui travaillent au salaire minimum à cause de la généreuse prestation canadienne d’urgence, même si dans les faits ces derniers ne peuvent pas refuser un retour au travail à moins que leur état de santé le justifie.

Le temps presse pour les commerces de détail, croit M. Métras. « Il est grand temps qu’on permette aux commerces de proximités et rues principales de ce monde de revivre un peu afin de maintenir un lien de fidélité avec leur clientèle et profiter du walk-in de la belle saison, tout ça en appui à l’essentiel virage numérique que prennent les commerçants et le déploiement d’une nouvelle stratégie de mise en marché », souligne-t-il.

André Métras

Carnet de commandes et chaîne d’approvisionnement

Le secteur manufacturier de Sherbrooke représente plus de 20 000 travailleurs, selon les données de Sherbrooke Innopole. « Ce ne sont pas tous ces travailleurs qui retourneront au travail le 11 mai. Ça dépendra de plusieurs facteurs notamment le carnet de commandes des entreprises et aussi leur chaîne d’approvisionnement », note Mme Fortin, ajoutant qu’au moins, ces entreprises ont plus de deux semaines pour relancer leurs clients et remplir leur carnet de commandes avant leur réouverture.

« La relance d’une entreprise ne pourra pas aller plus vite que celle de sa chaîne d’approvisionnement. Je parlais ce matin à un entrepreneur qui était en attente de pièces d’un fournisseur américain qui fonctionne à 30 % de sa capacité », donne-t-elle en exemple.

La directrice générale de Sherbrooke Innopole rappelle aux gens d’affaires de ne pas hésiter à contacter l’organisation qu’elle dirige. « On est là pour répondre à toutes les questions et nous avons aussi développé des outils, qui sont disponibles sur notre site internet, pour affronter le COVID-19 », spécifie Mme Fortin.

« Comme pour la gestion de la pandémie, il y aura des essais et des erreurs dans la gestion du déconfinement graduel. Je crois que c’est normal compte tenu que c’est une situation jamais vue », conclut M. Caouette.

Josée Fortin