La page Instagram Informe-moi est l’initiative de Véronique Grenier, professeure de philosophie au collégial, qui a mis sur pied un projet scolaire hors du commun.
La page Instagram Informe-moi est l’initiative de Véronique Grenier, professeure de philosophie au collégial, qui a mis sur pied un projet scolaire hors du commun.

Réinventer les cours de philo en temps de pandémie

Mireille Vachon
Mireille Vachon
La Tribune
La pandémie a affecté certains cégépiens plus que l’on pense, donc pour faciliter le parcours de leurs étudiants, Véronique Grenier et Marie-France Lanoue, enseignantes de philosophie au Cégep de Sherbrooke, ont réinventé leurs activités pédagogiques, chacune à leur manière.

Pour sa part, Véronique Grenier a mis sur pied Informe-moi, un « compte Instagram éphémère à saveur philosophique », pour permettre aux gens de comprendre la pensée critique. Le projet d’équipe, décliné en plusieurs parties, s’est échelonné sur toute la session. 

« J’avais fait mon plan de cours au mois d’août, et en le relisant, je le trouvais plate, avance Mme Grenier. J’avais comme l’impression qu’avec la session qui s’en venait, faire un nouveau projet serait intéressant. Un projet qui nous ferait sortir de la classe, qui serait générateur de sens, et qui pourrait proposer une espèce de solution à la crise dans laquelle on vit. »

Logo du projet Informe-moi, réalisé par l’artiste estrienne Cath Laporte.

La pensée critique est effectivement un enjeu très important présentement, souligne Véronique Grenier, surtout en ces temps de désinformation et de fausses nouvelles. Ses étudiants deviendront donc « pédagogues des internets » le temps d’une fin de session.

De son côté, Marie-France Lanoue a réalisé une vidéo dans laquelle les étudiants nomment trois mots qui représentent ce qu’ils ont vécu dans les derniers mois. C’est après avoir lu des réponses de ses jeunes à un questionnaire anonyme que l’idée lui est venue. 

« Les réponses que j’ai reçues m’ont un peu jetée à terre. Sur la centaine de trois mots, il y en avait beaucoup en lien avec le stress, l’anxiété, l’adaptation… C’était bouleversant, mais il y avait quelque chose de magnifique en même temps », indique Mme Lanoue. 

La professeure ne voulait pas que ces mots restent dans l’oubli. « J’ai voulu créer un projet commun. Pour que leur voix puisse raisonner, qu’ils puissent laisser leur trace », explique la professeure, qui compare le projet à une bouteille lancée à la mer. Le projet se faisait sur une base libre et volontaire, sans points attribués.  

Des étudiantes satisfaites

Les étudiantes rencontrées en vidéoconférence par La Tribune ont grandement apprécié l’expérience. « Je ne m’attendais pas ça, mais finalement, c’est un des projets que j’ai le plus aimé dans toute ma session! » s’est exclamée Ariane Lepître du groupe de Véronique Grenier. 

« C’est un projet que peu de profs ont pris le temps de faire. C’est complet, on touche à plein de sphères. Cela a vraiment fait du bien, surtout de voir le résultat final », a exprimé Orfée Lemieux-Riendeau, du même groupe, qui a trouvé le travail « vraiment trippant ». 

« J’ai aimé qu’on trouve un moyen d’intéresser les gens de notre âge, de capter leur attention, et qu’on aborde la philosophie sous un angle différent », a ajouté Sandrine Bouchard.

Faire entendre sa voix

Dans le groupe de Marie-France Lanoue, « plusieurs vivaient très mal la pandémie, mais n’avaient aucune idée que leur voisin aussi se sentait dépassé par la situation », soutient la professeure.

Jade Bolduc s’est donnée à fond dans le projet #3mots. « Je veux que les gens réalisent que la génération plus jeune est aussi affectée, et qu’on va peut-être en souffrir plus tard si on ne fait rien. Même si on est jeunes, on a une parole, et on veut que ça bouge », a-t-elle déclaré.

Léa Villeneuve-Ferland, dont les trois mots étaient abandon, incertitude et adaptation, s’est dite soulagée de « pouvoir enfin mettre des mots sur comment elle se sentait », et elle s’est par le fait même sentie moins seule.

Samuelle Boisvert espère pour sa part que « ça va réveiller les gens, leur faire réaliser que c’est réel et que personne n’est à l’abri d’aller moins bien. »

« La pandémie, ce n’est pas juste une question de se laver les mains, mais de savoir comment ça va dans nos têtes », a-t-elle ajouté. 

Les projets Informe-moi et #3mots ont permis aux étudiants de collaborer entre eux, de tisser des liens, et de rayonner à l’extérieur du cadre scolaire. « En se rendant compte qu’on vit pas mal tous la même chose, on n’a jamais été autant liés que ça malgré la distance», a partagé Léa Villeneuve-Ferland.

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Pour prendre connaissance des projets, c’est par ici: