Yassine Aber a finalement pu participer à son camp d'entraînement en Californie en avril dernier.

Refoulé à la frontière, Yassine Aber a tourné la page

Yassine Aber a tourné la page sur l'incident qui l'a refoulé aux frontières américaines en février dernier. Le Sherbrookois, membre de l'équipe d'athlétisme de l'Université de Sherbrooke, a pu participer sans encombre à son camp d'entraînement en Californie, en avril dernier.
Tranquillement, le jeune sportif sherbrookois émerge de cette tourmente médiatique dont il fut le point central, en février dernier.
En compagnie de ses coéquipiers du Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, Aber se rendait à une compétition d'athlétisme disputée à Boston, lorsqu'il a été refoulé au poste frontalier de Derby Line (Stanstead).
Né au Québec de parents marocains et détenteur d'un passeport canadien valide, Yassine Aber a été longuement interrogé sur sa religion et sur ses relations avec Samir Halilovic, un ancien étudiant de l'UdeS parti combattre en Syrie en 2014 avec deux autres Sherbrookois.
Il a dû fournir ses empreintes digitales, ainsi que son code de téléphone cellulaire.
Son histoire, qui tombait deux semaines après le décret adopté par le président américain Donald Trump interdisant pour trois mois l'entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays arabo-musulmans, a fait les tours des médias nord-américains.
Une marche de soutien fut organisée à Sherbrooke. Le député fédéral de Sherbrooke, le néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault, de même que le chef de son parti, Thomas Mulcair, ont publiquement appuyé le jeune homme.
Mais contrairement à ce que M. Mulcair avait alors souhaité, il n'a pas eu à accompagner le jeune homme à l'aéroport Montréal-Trudeau, en avril dernier.
« Mes parents sont venus avec moi; on a fait la file, j'étais stressé, je l'avoue. Mes coéquipiers, les entraîneurs aussi. Mais j'ai réussi à passer. Ce fut un peu plus long, j'ai attendu un bon moment, mais ils m'ont donné un visa et j'ai traversé sans encombre. Je suis revenu il y a deux semaines », a dit le jeune homme, qui était présent à la compétition d'athlétisme de la Commission scolaire des Sommets, jeudi, au Stade de l'Université de Sherbrooke.
Photographie
Si la réaction populaire était d'appuyer sans réserve le jeune homme devant l'intransigeance des douaniers américains, les avis ont commencé à diverger une fois que fut rendue publique une photo sur laquelle Aber apparaissait en compagnie de Halilovic.
Le contexte politique explosif post-arrivée au pouvoir de Donald Trump a ajouté des ingrédients inédits à une vérification douanière de routine, argue Yassine Aber.
« J'étais content et fier de voir tout l'appui reçu par la communauté sherbrookoise. C'est une ville tissée serrée, comme une famille, et je ne l'avais jamais réalisé. Même chose pour la communauté musulmane d'ici; elle fut très compatissante et compréhensive. On m'a suggéré de patienter, de ne pas me fâcher, que cette vérification n'était pas discriminatoire, que ce n'était pas contre moi spécifiquement. Prendre du recul par rapport à tout ça fut bénéfique », a-t-il expliqué.
« La photo, elle existe, elle est là. Sherbrooke, c'est une petite ville; quand ça fait longtemps que tu y vis, c'est difficile de ne pas connaître tout le monde. Dans la communauté, on se connaît de nom, on s'est tous déjà vu, mais ça ne veut pas dire qu'on est tous dans le même bateau », a-t-il averti.
« Ce que j'ai compris, c'est que la photo n'avait rien à voir. Les douaniers ne m'ont jamais questionné précisément à ce sujet. Je crois qu'ils ont bien fait leur travail. Ça ne m'offusque pas, je sais que je n'ai rien à cacher. Tout ce qui m'importait, c'était d'aller à mon camp en Californie. »
Après ces mésaventures, Yassine Aber a participé aux championnats canadiens d'athlétisme, à Edmonton, avec le Vert & Or, et il a déjà amorcé sa saison extérieure, avec le Club d'athlétisme de Sherbrooke.
Il prévoit retourner aux États-Unis l'an prochain, toujours en février, afin de participer à la même compétition qu'il a ratée cette année, la BU David Emery Boston Invitational.
« Cette expérience m'a fait grandir à tous les niveaux. Pour l'an prochain, on m'a suggéré de m'adresser au consulat américain avant de passer, pour voir si j'ai besoin d'autorisations, ce que je ne crois pas. Je veux simplement ne pas prendre de chances; mon seul but c'est de compétitionner. Je vais me plier à tout pour pratiquer mon sport », a dit l'athlète spécialiste dans les sprints.