Refonte du programme de sciences de la nature : des profs du Cégep sont inquiets

La refonte du programme de sciences de la nature au collégial soulève des préoccupations un peu partout au Québec, et l’inquiétude se manifeste aussi au Cégep de Sherbrooke.

Au nombre des préoccupations, le nombre d’heures consacré à la physique et aux mathématiques, de même que la trop grande marge de manœuvre laissée aux établissements collégiaux pour le contenu du programme.

Actuellement, le nombre d’heures obligatoires consacrées à la physique est d’environ 225 heures. Avec la refonte, on parle d’un minimum de 135 heures. En mathématiques, la proportion pourrait passer de 225 heures à un minimum de 165 heures.

À l’instar de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), le Syndicat du personnel enseignant du Cégep de Sherbrooke (SPECS) réclame un moratoire sur la consultation qui doit mener à la révision du programme.

Jean Fradette, vice-président aux affaires pédagogiques du SPECS-CSN, explique qu’actuellement, environ 75 % des compétences du programme sont les mêmes partout.

Or, avec le devis proposé par Québec, les cégeps obtiendraient beaucoup de marge de manœuvre et le programme pourrait varier grandement d’un établissement à un autre. « Pour la mobilité étudiante, ça peut devenir difficile à gérer », souligne-t-il.

« Un enjeu majeur »

Dans une déclaration, la FNEEQ, qui regroupe environ 35 000 membres, s’inquiète « des pertes d’emploi en cas de repartage des heures entre les disciplines ». Le programme regroupe aussi de la biologie et de la chimie.

Professeur de physique et d’astrophysique au Cégep de Sherbrooke, François Gaudreau s’inquiète pour la culture scientifique de base des étudiants, estimant, en traçant l’image des fondations d’une résidence, qu’on pourrait ainsi rendre moins solide la base des connaissances des étudiants.

Il estime aussi que les universités pourraient se retrouver devant une grande hétérogénéité d’étudiants. « Ça peut ouvrir la porte au fait que les universités doivent donner des cours de mise à niveau », note à ce sujet M. Fradette.

Également professeur de physique, Martin Aubé partage les mêmes préoccupations. « On critique beaucoup (de façon générale) la disparition des disciplines fondamentales; la physique fait partie de cela, note M. Aubé. C’est un enjeu majeur. On tombe dans le piège de la facilité et du pragmatisme extrême; on veut répondre à des besoins spécifiques. »

«Du temps pour réfléchir»

« Le but du moratoire, c’est d’avoir du temps pour réfléchir à ce grand bouleversement », explique également M. Fradette. Le sujet est visiblement sensible au Cégep de Sherbrooke. « Moins il y a de balises du Ministère, plus ça suscite des discussions vives », note M. Fradette, qui est également enseignant en mathématiques.

La Fédération des Cégeps a pour sa part demandé une suspension de la consultation. La date d’échéance des travaux est fixée au 27 avril.

Elle souhaite également la création d’un comité tripartite regroupant la Fédération, les universités et le ministère de l’Enseignement supérieur. Une rencontre est prévue ce vendredi. La FNEEQ a pour sa part dénoncé le caractère tripartite du comité proposé par la Fédération des cégeps, faisant valoir qu’il n’inclut pas les enseignants.