Le contenu du bac vert des Estriens a une valeur, rassure Récup Estrie. Cependant, les déchets mal disposés, comme les sacs de plastique non ensachés, sont responsables d’importantes pertes pour l’organisme.

Récup Estrie rectifie des «rumeurs»: plus de matières vendues qu’enfouies

La plupart des matières que reçoit Récup Estrie via la collecte sélective sont bel et bien vendues à des entreprises qui leur donnent une seconde vie, insiste l’organisme responsable du tri des matières de six MRC de la région. La preuve : la vente de ces dernières avait généré 1 209 913 $ de revenus cette année pour la Régie de récupération de l’Estrie en date du 30 septembre.

Alors que vient de se clore la semaine québécoise de réduction de déchets, Récup Estrie tenait à rectifier des « rumeurs » circulant et laissant entendre que l’entièreté du contenu des bacs vert était enfouie. Or, on assure que les bouteilles et contenants de plastique, les boîtes de carton, les cannettes d’aluminium et les autres métaux sont bel et bien vendus et revalorisés. On estime ainsi que cette année, les matières déposées dans le bac de chaque ménage auront permis à Récup Estrie de générer près de 10 $ par porte.

« Souvent il y a des gens qui parlent de récupération, entre autres des groupes de pression, et qui laissent entendre que tout ce qui va dans le bac vert ou bleu se retrouve inévitablement au site d’enfouissement, explique Pierre Avard, président de Récup Estrie. On prétend toujours que tout est contaminé et que rien ne se récupère, mais on tient à dire aux citoyens que ça vaut la peine de recycler. »

M. Avard indique que, si le taux de rejet au centre de tri peut grimper à 20 % à certains moments, comme en juin dernier, il avoisinerait plutôt 12 à 15 % ces jours-ci.

« Quand on parle de rejet, c’est que les gens mettent des choses dans le bac, qui finalement n’y allaient pas. Dans le doute, ils le mettent dans le bac au lieu de consulter les outils disponibles. Si les gens font le choix d’acheter un contenant, ils ont la responsabilité d’en disposer de la bonne manière », remarque M. Avard, qui rappelle que le site web de Récup Estrie et de Recyc-Québec détiennent toutes les informations nécessaires.

Papier contaminé

Au cours des neuf premiers mois de l’année, l’entreprise a dû débourser 307 522 $ pour se débarrasser du papier invendu en raison de sa contamination par le plastique. Les sacs de circulaires directement déposés dans le bac seraient souvent en cause, puisque le plastique n’est pas séparé du papier une fois au centre de tri. Les sacs de plastique à usage unique qui ne sont pas rassemblés dans un sac noué représentent également un handicap récurrent.

Ce qui amène M. Avard à vouloir déboulonner un autre mythe : « Ce n’est pas le verre, le contaminant. Dès que le verre entre dans le centre de tri, il est immédiatement sorti de la chaîne. Ce qui reste de verre en bout de piste, c’est minime pour les autres matières », explique le président.

Afin de remédier à la coûteuse problématique du plastique, Récup Estrie a récemment lancé un appel d’offres afin de se doter de matériel de tri optique qui permettra de retirer le plastique qui se retrouve dans les lots de papier. Ce nouveau procédé devrait permettre d’améliorer la qualité du papier et de faciliter sa vente. M. Avard espère ainsi que les papetières de la région puissent cette fois y trouver leur compte.

Marché en baisse

Malgré l’importante baisse du prix de matières recyclables, M. Avard soutient qu’« il reste beaucoup à faire, mais que [l’organisme] est sur la bonne voie ».

En août 2018, le prix moyen d’une tonne de plastiques recyclés en ballots représentait 296,41 $, selon Recyc-Québec. En août 2019, la même quantité valait en moyenne 209,45 $. Une forte décroissance de la valeur des fibres, des métaux ferreux et de l’aluminium est également notée.

Outre la vente de matières, Récup Estrie perçoit des revenus grâce à la participation financière des municipalités partenaires à raison de 7 $ par porte et reçoit des compensations de la part de Recyc-Québec.

Si le marché continue de s’amenuiser, qui paiera la balance? « Actuellement, tous les scénarios sont dans l’équation. Idéalement, on voudrait maintenir le montant de 7 $ par porte, qu’on a réussi à maintenir depuis 2010. »

Récup Estrie est responsable annuellement du tri de 31 000 tonnes de matières recyclables, produites par plus de 200 000 personnes demeurant dans la ville de Sherbrooke ou dans les MRC de Memphérmagog, des Sources, du Haut-Saint-François, de Coaticook et du Val-Saint-François.

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Les Spécialistes de l’électroménager, Estrie Aide et Défi Polyteck ont formé une alliance qui promet de recycler ou revaloriser jusqu’à 3000 réfrigérateurs ou congélateurs usagés par année. Cela signifie que les partenaires pourraient détourner jusqu’à 10 500 tonnes de CO2 annuellement.

3000 électros détournés chaque année

Une alliance sans précédent entre les Spécialistes de l’électroménager, Estrie Aide et Défi Polyteck promet de recycler ou revaloriser jusqu’à 3000 réfrigérateurs ou congélateurs usagés par année. Lorsqu’un client achète un nouvel appareil, le détaillant se charge désormais de le débarrasser gratuitement de son vieil électroménager, qui pourrait relâcher dans l’atmosphère des gaz équivalents à 3,5 tonnes de CO2 s’il ne tombait pas entre les bonnes mains.

Visant une économie circulaire bénéfique pour chacune des trois entreprises, le projet permettra ainsi de s’assurer que les électroménagers méritant une seconde vie soient sauvegardés et vendus, tandis que les appareils irrécupérables seront recyclés selon des normes environnementales strictes. 

Défi Politek prendra en charge l’inspection des réfrigérateurs et congélateurs ainsi que le démantèlement de ceux-ci, alors qu’Estrie Aide pourra mettre en vente les appareils fonctionnels. 

Lorsque relâchés dans l’atmosphère, les halocarbures que renferme un vieux réfrigérateur peuvent contribuer aux changements climatiques de manière égale à une voiture qui roule sur environ 17 500 km. 

« Lorsque nous avons découvert que les vieux appareils de l’industrie qui étaient remis à des ferrailleurs n’étaient pas recyclés de la bonne façon selon des normes environnementales strictes, nous avons décidé de prendre nos responsabilités sur-le-champ », indique dans un communiqué Robert Dubé, directeur général des Spécialistes de l’électroménager.

Défi Politeck a déjà affecté six des 24 membres de son usine de Coaticook à ce projet, qui a débuté il y a plus de trois mois. « Sans notre contribution, les appareils seraient transportés dans des pays comme le Pakistan, sans garantie d’être recyclés adéquatement. En plus de perdre une richesse économique en ne récupérant pas les matériaux, imaginez l’empreinte écologique que ça laisserait si on continuait de transporter tout ça à plus de 10 000 km d’ici », partage Serge Sylvain, directeur général de Défi Politeck.

On prévoit que, parmi les 3000 électroménagers détournés par année, 1000 se qualifieront pour être vendus au magasin d’objets d’occasion d’Estrie Aide. 

« Protéger l’environnement, ça peut être payant socialement et économiquement et ce partenariat en est la preuve », partage le directeur général de l’organisme, Claude Belleau, en insistant sur la formule qu’il estime gagnante pour les trois parties. Jasmine Rondeau