Dans le cas des frères de Sainte-Croix, les agressions auraient été commises à l’orphelinat de Waterville (notre photo) ainsi que dans une école de Thetford Mines, entre les années 1940 et 1970.

Recours contre des religieux : le nombre de plaignants augmente en Estrie

Le nombre de plaintes pour agressions sexuelles commises en Estrie par des Frères des écoles chrétiennes ainsi que des membres de la Congrégation de Sainte-Croix sont en hausse, selon le dernier décompte du recours collectif, déposé le 16 décembre par le cabinet Arsenault Dufresne Wee.

Alors qu’un seul plaignant estrien s’était manifesté en juin au moment où le recours a été lancé, ce nombre atteint maintenant près d’une vingtaine en Estrie seulement, a indiqué Me Alain Arsenault au cours d’un entretien téléphonique avec La Tribune. 

Le cabinet montréalais a déposé quatre demandes d’actions collectives contre le diocèse de Saint-Jean–Longueuil, le diocèse de Joliette, les religieux de Saint-Vincent de Paul et les Frères de Saint-Gabriel.

En Estrie, six plaintes ont été déposées contre des membres des Frères des écoles chrétiennes et seize contre la Congrégation de Sainte-Croix.

Dans le cas des Frères des écoles chrétiennes, les présumées agressions ont été commises dans des écoles ou pensionnats situés à Sherbrooke, Scotstown et Saint-Ferdinand d’Halifax, alors que dans le cas des frères de Sainte-Croix, les agressions auraient été commises à l’orphelinat de Waterville ainsi que dans une école de Thetford Mines, entre les années 1940 et 1970.

Pardon sur sa tombe

Selon Me Arsenault, un des plaignants, âgé aujourd’hui de 80 ans, dit avoir été agressé à plusieurs reprises par le frère Dutour (aujourd’hui décédé), alors qu’il habitait à l’orphelinat de Waterville. Les agressions alléguées font état d’attouchements, de fellations et de séances de masturbation, survenues dans les années 1940 et 1950. Le plaignant a raconté aux avocats qu’il avait aussi eu maille à partir avec des membres de la Congrégation de Sainte-Croix, peu après le décès du frère Dutour. 

« En 1999, alors qu’il était âgé de 60 ans, le plaignant a téléphoné à la Congrégation de Sainte-Croix afin de savoir si le frère Dutour était toujours vivant, a relaté Me Arsenault. On lui a répondu que oui et le plaignant a réussi à lui parler. Il lui a demandé s’il se souvenait de lui et le frère Dutour lui a répondu qu’il se souvenait très bien de lui et qu’il avait même conservé une photo de lui... »

Peu de temps après cet appel, le frère Dutour serait décédé d’une crise cardiaque. Des membres de la Congrégation de Sainte-Croix se seraient alors rendus au domicile du plaignant pour lui reprocher d’avoir provoqué le décès du frère Dutour. Ceux-ci lui auraient alors intimé l’ordre de venir demander pardon au frère Dutour sur sa tombe.

Parmi les 15 autres plaignants ayant séjourné à l’orphelinat de Waterville, les gestes reprochés visent les frères Maltais, Daunais, Bénard ainsi que le directeur de l’époque, frère Hurtubise.

Étape de règlement   

Le recours franchira une étape importante en janvier lorsque s’amorcera une conférence de règlement à l’amiable devant un juge de la Cour supérieure.

Les avocats Alain Arsenault, Justin Wee et Virginie Dufresne-Lemire demandent le maximum de 300 000 $ par victime en dommages moraux, ainsi que 150 000 $ en pertes pécuniaires et 150 000 $ en dommages punitifs.

Avec ces nouveaux dépôts, il y a maintenant 14 actions collectives ouvertes au Québec contre des communautés religieuses qui ont abusé d’enfants. 

Ces poursuites visent des prêtres qui ont pu abuser d’enfants lorsqu’ils dispensaient des cours ou géraient des orphelinats. Les diocèses, qui organisaient par exemple des camps scouts avec des employés laïcs, sont aussi visés. Les victimes ont ou auraient subi les actes répréhensibles entre 1940 et aujourd’hui.