Anik Beaudoin, propriétaire du Auguste restaurant et coprésidente de l’Association des commerçants du centre-ville de Sherbrooke.
Anik Beaudoin, propriétaire du Auguste restaurant et coprésidente de l’Association des commerçants du centre-ville de Sherbrooke.

Rassemblements de Noël annulés: les chefs prêts à servir de baume

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Alors que les restaurateurs et les traiteurs ont dirigé leurs efforts vers les boîtes-repas des Fêtes à défaut de pouvoir recevoir en grand, le gouvernement a finalement écarté toute possibilité de rassemblements pour Noël, jeudi. Bonne ou mauvaise nouvelle pour le secteur?

En fait, les festivités intimes semblaient déjà à la mode avant cette annonce, à en croire les livres de réservation. 

Selon Anik Beaudoin, propriétaire du restaurant Auguste au centre-ville de Sherbrooke, cette annonce n’aura pas d’impact significatif sur son entreprise. « Je dirais que l’impact est plus psychologique que financier, parce que l’impact financier, il nous rentre dedans depuis qu’on est fermés. Le gros de mes commandes, ce sont surtout des couples ou des gens avec des enfants. Ma plus grosse commande était de six. Sinon, côté corporatif, ce sont toutes des entreprises qui offrent des boîtes à leurs employés. Elles sont toutes individuelles. Ça ne change pas grand-chose pour moi. »

L’effet pourrait peut-être même être inverse, croit-elle. « Les gens sont tristes, on l’est tous. Peut-être que pour rendre ça un peu plus festif, ils vont commander du Auguste. J’ai aussi des téléphones, comme j’ai eu hier, de gens qui préservent leurs parents un peu plus âgés, mais qui veulent les gâter et organiser un souper à distance. Ce qui me tient, en ce moment, c’est de savoir qu’on peut faire des heureux. »

Des réservations en paires

Au comptoir de prêt-à-manger Madame Dupont & Cie, sur la rue King Ouest, là aussi les réservations de repas des Fêtes étaient déjà presque exclusivement faites en paires, indique sa propriétaire Élisabeth Dupont, qui a lancé l’entreprise il y a un an. 

Pas de crainte donc de perdre des commandes de pâtés et de bûches, même au contraire. « Je trouve ça vraiment dommage pour les restaurateurs, confie-t-elle. Par contre, de mon côté, j’ai plus de ventes depuis que les salles à manger sont fermées. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais une cliente m’a dit que c’était parce que mes produits n’ont pas à être consommés immédiatement. On peut les acheter à l’avance et les réchauffer le lendemain. » 

Une nouvelle encourageante pour l’entreprise, considérant l’été plus difficile qu’elle a traversé.

Dominic Tremblay, copropriétaire de la bannière Groupe Massawippi, qui chapeaute le restaurant Bistro-DT.

Aucun recul

Au Groupe Massawippi, même scénario : aucun mouvement de recul jeudi.  

« Au contraire, le téléphone a sonné toute la journée pour des commandes », constate Dominic Tremblay, copropriétaire de la bannière qui chapeaute le restaurant Bistro-DT ainsi qu’un service de traiteur.

L’entreprise basée à Rock Forest offrait déjà un service de repas familiaux à la semaine qui a pris du coffre au cours des derniers mois.

« En restauration, c’est difficile. Nous, ce qui nous sauve et nous permet de garder des gens à l’emploi depuis mars, c’est notre service de traiteur et de prêt-à-manger. Même si on n’a pas fait d’événements corporatifs, qui sont un gros morceau habituellement, on note une augmentation de 35 % de la demande pour des boîtes-repas », remarque-t-il. 

Miser sur le virtuel et la petite échelle

Les soupers virtuels qui ont remplacé certains partys de Noël assurent un certain roulement en décembre. 

« Les entreprises réinventent la formule; elles nous commandent des boîtes-repas qui sont distribuées aux employés. Tout le monde partage ensuite le même repas sur Zoom, par exemple. » 

Propriétaire du service de traiteur Festin Royal, Cynthia Berger avait déjà adapté son offre au contexte inhabituel en misant sur un réveillon à petite échelle.

« À la base, nous, on est spécialisé dans le gros volume. On avait déjà fait notre deuil d’un gros mois de décembre parce que des rassemblements de 250 personnes, on savait qu’il n’y en aurait pas. On vendait des boîtes de Noël pour 8 personnes, mais comme on sentait venir l’annonce gouvernementale, on a ajouté une boîte-réveillon pour quatre personnes, il y a deux jours », expose-t-elle.  

Les commandes sont au rendez-vous, mais les temps sont difficiles. 

« Maintenant, tous les restos de la ville offrent du prêt-à-manger et on martèle dans les médias l’importance de continuer à les encourager. C’est bien, évidemment, mais nous, les deux fois où les salles à manger des restaurants ont fermé, on a vu une baisse dans nos commandes. Nos frais fixes restent les mêmes et on ne sait pas quand tout ça va finir. On essaie de se maintenir à flot, mais il faudra d’autres mesures, de l’aide financière, et pas sous forme de prêts, cette fois », indique-t-elle. 

Plus que le temps des Fêtes, c’est janvier qui l’inquiète. 

« Tout ce qui a lieu en été se prévoit à ce moment-là. Si tous les événements sportifs, corporatifs et culturels sont annulés à nouveau, c’est un autre gros morceau de notre année qui sera amputé », souligne Mme Berger. 

Cynthia Berger

« Ils n’auraient jamais dû nous fermer » 

Rien n’efface cependant les coups encaissés depuis mars, martèle Anik Beaudoin, qui avait elle-même décrié dans les médias la difficile situation des restaurants en zone orange à l’époque où l’Estrie s’y trouvait, tandis que le gouvernement décourageait les sorties en public. 

Et même si la Fédération des chambres de commerce du Québec proposait il y a une semaine d’ouvrir les restaurants du 24 au 27 décembre, Mme Beaudoin, elle, n’y croyait pas du tout. « Je ne voulais pas ouvrir. Ouvrir pour trois jours, c’était complètement ridicule. C’était une drôle d’idée. Tout le monde est fermé, on fait du pour emporter. C’est quoi, faudrait remplir nos frigos pour trois jours et rappeler nos employés sur le chômage pour les remettre sur le chômage ensuite et donner de la nourriture parce que nos frigos sont pleins? Moi j’ai espoir d’ouvrir, mais pour de bon, pas pour trois jours. Quant à moi, ils n’auraient jamais dû nous fermer, et je suis sûre qu’on ne se serait jamais rendus là s’ils ne nous avaient pas fermés, parce que nous, on contrôlait ce qui se passait quand les gens se voyaient. »