Les 253 anomalies relevées en 2018 sur le chemin de fer reliant Lac-Mégantic et Farnham ont été corrigées, a affirmé Transports Canada lors d’une présentation au conseil municipal de Sherbrooke qui n’avait pas été annoncée.

Rails: Sherbrooke réclame des actions de Transports Canada

Les 253 anomalies relevées en 2018 sur le chemin de fer reliant Lac-Mégantic et Farnham ont été corrigées, a affirmé Transports Canada lors d’une présentation au conseil municipal de Sherbrooke qui n’avait pas été annoncée. Le ministère n’a toutefois pas vérifié chacune des corrections mais a plutôt procédé de façon aléatoire.

La Ville de Sherbrooke avait invité les représentants du ministère pour avoir des réponses au moment de voter une résolution réclamant une intervention rapide de Transports Canada sur les chemins de fer en région.

Les élus ont finalement opté pour une résolution demandant à Transports Canada de lui faire parvenir les rapports d’inspection des voies ferrées, de confirmer la conformité des réparations effectuées et de resserrer les règles de sécurité dans les milieux urbains.

Ils demandent aussi que la CMQ fournisse la liste des matières qui transitent par le territoire. Sherbrooke n’est pas allée aussi loin que Nantes, qui demande l’arrêt du transport des matières dangereuses tant que le chemin de fer n’est pas sécurisé.

« Les citoyens déplorent l’état des rails et je partage leurs inquiétudes. Plusieurs choses me semblent défectueuses. Votre présence est une preuve de transparence pour mieux comprendre les dangers et les solutions mises en place » a lancé d’entrée de jeu le coordonnateur des mesures d’urgence Stéphane Simoneau.

La présidente du conseil, Nicole Bergeron, a rapidement interrompu la directrice générale de la sécurité ferroviaire de Transports Canada, Brigitte Diogo, pour demander des réponses spécifiques.

« Ce qu’on veut savoir, c’est pourquoi vous ne pouvez pas ordonner à la compagnie [Chemins de fer du centre du Maine et du Québec] de cesser ses activités compte tenu de l’état des rails » a demandé Mme Bergeron.

Stéphane Simoneau donnait l’exemple de clous qu’il arrivait à retirer manuellement du chemin de fer.

Nicole Bergeron

« Si c’était la conclusion de Transports Canada que les opérations présentaient un danger, nous n’hésiterions pas à prendre des mesures. Mais ce n’est pas la conclusion des experts que nous avons en place. Ils évaluent toute une série de paramètres. Nos inspections ne supportent pas une action où on interdirait le transport des matières dangereuses », a répondu Brigitte Diogo.

L’ingénieur Frédéric Fortin a indiqué que les crampons dont parle M. Simoneau doivent se trouver en quantité suffisante sur une distance de 39 pieds pour éviter un écartement dangereux des rails. Plus la vitesse du train est basse, moins l’écartement présente des dangers.

Plusieurs élus ont martelé le besoin d’être rassurés.

« Nous avons analysé le dossier de la compagnie et elle a pris des actions pour les 253 anomalies observées. Transports Canada est retourné sur les lieux les 10 et 11 septembre pour des inspections de suivi et pour voir si la compagnie a tenu ses dossiers à jour. Il n’y a pas de défauts majeurs qui sont apparus depuis mai et la compagnie a coopéré », ajoute Mme Diogo, confirmant que les vérifications se font de façon aléatoire.

Des représentants de Transports Canada ont fait une présentation au conseil municipal de Sherbrooke qui n’avait pas été annoncée. Directrice générale de la sécurité ferroviaire de Transports Canada, Brigitte Diogo (à droite) a dû répondre à de multiples questions des élus et des citoyens présents au conseil municipal.

« Nous vérifions sur le terrain, mais pas dans tous les cas. Ça se fait de façon aléatoire. Mais quand on regarde les causes des accidents ferroviaires, les accidents causés par les défauts des rails sont en baisse… »

« Je n’essaie pas de minimiser les préoccupations ou de les banaliser », dit encore Brigitte Diogo.

Transports Canada ajoute que le chemin de fer dans le secteur de Sherbrooke est de classe 2, soit que la vitesse maximale permise est de 25 miles à l’heure.

Le ministère ajoute qu’un arrêté ministériel produit le 6 septembre oblige la compagnie ferroviaire à effectuer trois inspections ultrasoniques au cours des 12 prochains mois, de réparer des défectuosités d’ici le 15 octobre et de maintenir une vitesse réduite dans les secteurs où des interventions sont nécessaires.

Stéphane Simoneau en a profité pour déplorer qu’il n’arrive pas à savoir quelles matières circulent sur les chemins de fer sherbrookois. « Saint-Laurent Atlantique nous fournit l’information chaque début d’année mais je n’ai jamais retracé ces documents auprès de la CMQ. »

Transports Canada a accepté de discuter avec les citoyens présents au conseil municipal mais a décliné toutes les demandes d’entrevue des médias.

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« Ça manque de coffre et de conviction »

La tentative de rassurer les élus sherbrookois sur la sécurité des chemins de fer en Estrie semble avoir échoué. La présidente du conseil, Nicole Bergeron, s’est dite déçue.

« Ça manque de coffre et de conviction. J’espère que les gens du fédéral vont nous entendre et qu’ils apporteront des changements à la loi. Je suis loin d’être certaine qu’on a rassuré la population. J’ai l’impression que nous sommes une sous-classe par rapport à l’Ouest canadien. »

Mme Bergeron se serait attendu que dans une région comme l’Estrie, qui a connu la tragédie de Lac-Mégantic, Transports Canada procède à plus que des vérifications aléatoires pour la conformité des travaux sur le chemin de fer. « Quand j’entends notre coordonnateur des mesures d’urgence qui ne réussit pas à avoir la liste des matières qui circulent chez nous, j’ai des doutes sur la réalisation des 253 correctifs. »

Danielle Berthold a expliqué que le comité de sécurité publique n’a pas souhaité recommander une interdiction de circuler sur les chemins de fer parce que ce pouvoir ne relève pas de la Ville. « Nous n’avons pas cette autorité. »

Le maire Steve Lussier a assuré qu’il serait à l’affût. « C’est inquiétant ce qui se passe. »

Annie Godbout se sentait un peu coincée par la présentation de Transports Canada. « Je comprends que c’est conforme, mais je suis tout aussi inquiète de voir l’état des rails. Il faut que la loi soit resserrée, sinon, ça ne règle rien. »

Paul Gingues a retenu que Transports Canada fait un travail exceptionnel dans l’Ouest canadien. « Ils pourraient le faire ici aussi. Je n’ai pas l’impression que c’est exceptionnel chez nous. Que les matières dangereuses circulent sur tous les types de rails, ça me fait peur. »

Pierre Avard croit que Transports Canada a senti la soupe chaude en raison de la période électorale. « Il devrait y avoir des élections plus souvent. C’est rare que les gens d’Ottawa viennent nous voir. Je ne suis pas certain que nous aurons la même écoute après les élections. Ils ne m’ont pas convaincu. »

Claude Charron a proposé d’amener la résolution sherbrookoise à la Fédération canadienne des municipalités, où il siège, pour obtenir l’appui d’un maximum de municipalités.

Enfin, le coordonnateur des mesures d’urgence, Stéphane Simoneau, a estimé qu’il s’agissait d’un premier pas de la part de Transports Canada. 

« L’objectif de rassurer les citoyens n’est pas atteint mais nous sommes dans la bonne direction. Nous avons obtenu la présence de Transports Canada pour écouter la population. Ce n’est pas la même chose que si ç’avait été fait par courriel. Semaine après semaine, le ministère trouve les mots pour me rassurer. Mais nous n’avons pas encore trouvé les solutions.

« Je sors de la rencontre avec les citoyens avec confiance. Une des choses qui ne fonctionne pas, c’est le niveau de sécurité dans les périmètres urbains, alors qu’on permet le niveau le moins sécuritaire. Transports Canada est notre seul levier pour changer les choses. Dans ce débat, je pense que les citoyens ont raison. » 

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« Nous n’avons pas une vision que nous sommes en sécurité »

Les 50 minutes passées avec les représentants de Transports Canada n’auront pas permis de trouver de solution pour la sécurité ferroviaire, selon les membres de la Coalition des citoyens engagés pour la sécurité ferroviaire à Lac-Mégantic et les citoyens du secteur Deauville.

Robert Bellefleur, de Lac-Mégantic, estime qu’il y a eu des avancées dans la compréhension mutuelle. « Transports Canada considère que les normes actuelles sont appliquées alors que nous, citoyens, constatons que si c’est ça les normes, il faudrait peut-être les réviser et les rendre plus sévères. 

« Je suis satisfait de la rencontre. C’est important que nous puissions interagir pour en arriver à mieux nous comprendre. Eux aussi doivent descendre au niveau du citoyen qui vit au bord des rails pour ressentir la peur que les gens ont du train. Le train autrefois était un ami, mais aujourd’hui, avec ce qu’il transporte, c’est devenu un ennemi. Il faut renforcer les normes si on veut que la population se sente en sécurité. 

« Nous n’avons pas une vision que nous sommes en sécurité. Les rails vallonnent. Les travers sont pourris. Les convois valsent sur les rails. »

M. Bellefleur ajoute que la Coalition a avisé Transports Canada que sa mise en demeure est maintenue pour l’arrêt du transport des matières dangereuses. 

Anne LeBel, qui représente les citoyens de Deauville et de Magog, n’a pas confiance en Transports Canada.

« Nous ne pouvons pas en rester là. Nous sommes prêts à travailler avec tous les comités de citoyens qui ont le goût de faire changer les choses. Notre pouvoir est de nous réunir et de ne plus tolérer que les voies ferrées soient dans l’état où elles sont même si elles respectent les normes. Ces normes servent beaucoup plus les compagnies ferroviaires que les citoyens.

« Nous avons regardé la possibilité de faire une table de concertation, mais Transports Canada a reculé. Ils ne se sentaient pas à l’aise de poursuivre une discussion avec nous puisqu’il y a une mise en demeure qui a été déposée. Nous pouvons honnêtement dire que nous n’avons pas totalement confiance en Transports Canada, donc il est difficile d’établir une collaboration saine et constructive. »