Selon Mireille Elchacar, la situation de Raïf Badawi demeure inchangée en prison.

Raïf Badawi: un autre anniversaire loin des siens

Vendredi dernier marquait le cinquième anniversaire de naissance que passe Raïf Badawi derrière les barreaux en Arabie saoudite.
Pour les 32 ans du blogueur condamné en juin 2012 pour insulte à l'islam, sa femme et ses trois enfants, désormais installés à Sherbrooke, se sont rassemblés avec leurs proches, question de penser à Raïf en cette journée significative, bien qu'il ne quitte jamais vraiment leur coeur et leur esprit.
« En réalité, en Arabie saoudite, on ne fête pas les anniversaires, parce que c'est interdit de faire une fête laïque », explique Mireille Elchacar, agente de développement pour Amnistie internationale à Sherbrooke. « Il y a seulement deux fêtes religieuses qui sont permises dans l'année. Alors c'est plutôt une tradition que Ensaf [Haidar], l'épouse de Raïf, a instaurée dans la famille lorsqu'ils sont venus ici. Elle s'est mise à faire des fêtes pour les enfants, et elle fait toujours un petit quelque chose pour la fête à Raïf, avec la famille et les amis, en se disant que quand il va venir ici, ils ont pouvoir lui faire un premier vrai anniversaire. »
Une lecture publique du blogue de Raïf Badawi aura également lieu lundi, au Cabaret du Lion d'or de Montréal, afin de souligner son anniversaire. Plusieurs personnalités publiques prendront part à cette soirée, dont les comédiens Émile Proulx-Cloutier, Guylaine Tremblay, Anne Casabonne et Sylvain Massé, l'auteur-compositeur-interprète Yann Perreau, l'humoriste Nabila Ben Youssef ainsi que le syndicaliste Ken Pereira. Tous les profits amassés seront remis à la Fondation Raif Badawi pour la liberté.
Selon les dernières nouvelles qu'a reçues Mireille Elchacar par l'entremise d'Ensaf Haidar, la situation de Badawi demeure inchangée en prison. « Il a vraiment une crainte que le mouvement de soutien pour lui s'essouffle, parce que ça fait déjà quatre ans qu'il est emprisonné, note-t-elle toutefois. Alors nous, on est là pour lui dire qu'on ne lâchera pas, qu'on va continuer. »
Visite de Justin Trudeau
Amnistie internationale compte également faire sentir sa présence auprès du premier ministre lors de la visite de celui-ci à Sherbrooke ce mardi. Comme l'annonçait La Tribune la semaine dernière, tout porte à croire que Justin Trudeau s'arrêtera à Sherbrooke dans le cadre du volet québécois de sa tournée canadienne.
« On est en train d'essayer d'organiser quelque chose, indique Mme Elchacar. C'est sûr qu'avec les personnes qui sont des fidèles de la vigile organisée chaque vendredi, on va sûrement faire un petit comité d'accueil à M. Trudeau - respectueux, mais pour lui faire sentir qu'on est là. »
« Depuis le début, on demande toujours au gouvernement Trudeau d'agir dans ce dossier-là, ajoute-t-elle. On a rencontré l'ancien ministre des Affaires étrangères, M. Dion, à quelques reprises, et il nous avait assuré qu'il allait travailler pour la libération de Raïf. Maintenant, la dernière pétition qu'on a lancée, qui est rendue à près de 11 000 noms recueillis, c'est pour demander à M. Trudeau d'intervenir personnellement dans ce dossier-là. »
Les militants sherbrookois d'Amnistie internationale comptent également exhorter à nouveau le premier ministre à adopter la Charte de protection que l'organisme a créée en collaboration avec Mohamed Fahmy, le journaliste égypto-canadien qui avait été emprisonné au Caire en 2013 pour avoir offert une tribune aux Frères musulmans.
« Dans cette charte, on demande que le gouvernement canadien agisse davantage dans les hauts niveaux diplomatiques pour aider les Canadiens détenus à l'étranger, ou les personnes qui ont des liens forts avec le Canada, comme Raïf Badawi, mentionne Mireille Elchacar. [...] En ce moment, des fois, il y a des actions qui sont entreprises, et d'autres fois, c'est beaucoup plus pénible, alors on a l'impression que ça fonctionne au cas par cas, selon les pays. On demande à ce qu'il y ait vraiment des démarches claires, qui soient toujours les mêmes dans de telles situations, pour que les Canadiens sachent exactement ce que leur gouvernement fera pour les aider. »