Ensaf Haidar (à gauche), l'épouse de Raif Badawi, milite activement depuis 7 ans pour la libération de son conjoint.

Raif Badawi : sept ans derrière les barreaux

Il y a sept ans ce 17 juin, Raif Badawi était emprisonné, puis condamné à 10 ans de pénitencier et à 1000 coups de fouet pour avoir livré son opinion sur son blogue. S’il est encore privé de sa liberté aujourd’hui, rien n’empêche que M. Badawi soit devenu un symbole de la liberté d’opinion.

La responsable de la coordination Arabie saoudite et pays du Golfe pour Amnistie internationale Canada francophone, Mireille Elchacar, pense qu’il est bon que l’histoire du prisonnier soit connue de tous.

« C’est quelque chose de gros pour les prisonniers d’opinion qui sont dans des régimes autoritaires. Le fait que leur histoire soit connue, c’est déjà une grosse étape, mentionne-t-elle. Quand on a un prisonnier d’opinion dont personne ne connaît la situation, ça enlève beaucoup d’espoir. On a pu recueillir beaucoup d’appuis. Sherbrooke a été la première population à militer activement pour Raif et maintenant, des gens militent pour lui à travers le monde. »

La responsable de la coordination Arabie saoudite et pays du golfe pour Amnistie internationale Canada francophone, Mireille Elchacar, pense qu’il est bon que l’histoire de Raif Badawi soit connue de tous.

En sept ans, les membres de la famille Badawi et elle sont passés par des montagnes russes d’émotions. « Un nouveau prince héritier est là depuis quelque temps et lorsqu’il est arrivé, il avait fait miroiter une ère de changement, de modernisation du pays. Il voulait appliquer un islam plus modéré. En réalité, on ne s’est jamais réjoui trop vite et on a eu raison, car il n’y a pas eu de changement du point de vue des libertés », dit Mme Elchacar, mentionnant que les femmes n’ont le droit d’y conduire que depuis le mois de juin 2018.

Par ailleurs, plusieurs citoyens sont en prison dans ce pays pour des raisons particulières. « La sœur de Raif est en prison depuis l’été dernier et elle n’a encore aucune accusation formelle contre elle. Elle n’a pas de procès, donc ne sait pas quelle est sa sentence. C’est assez triste, alarmant. Raif n’est pas seul, son avocat est encore derrière les barreaux aussi », rappelle Mme Elchacar.

Est-ce qu’elle a toujours espoir de voir Raif Badawi rejoindre sa femme et ses enfants à Sherbrooke un jour ? « On vit toujours d’espoir et sa femme [NDLR qui est actuellement en Allemagne] dirait la même chose, répond Mireille Elchacar. C’est une battante et elle ne le laisse pas tomber. Si on prend sa peine plus globalement, il a dix ans de prison et dix ans sans pouvoir sortir du pays. Ça préoccupe aussi sa famille. Quand on a rencontré le gouvernement de Justin Trudeau, on nous a dit que ce serait plus facile d’intercéder en sa faveur et de le faire venir au Canada une fois qu’il serait sorti de prison. On a aussi des craintes pour sa sécurité s’il sortait de prison en Arabie saoudite. L’objectif est qu’il ne termine pas sa sentence, car cet homme n’a commis aucun crime et ne mérite pas d’être derrière les barreaux. »

De son côté, Raif Badawi, qui a des contacts sporadiques par téléphone avec sa femme, aurait le moral à plat. « Il est un peu découragé. C’est difficile pour lui de tenir le coup. D’un point de vue légal, rien n’a changé dans son dossier. Pour la peine de flagellation, celle-ci n’a pas été annulée. Il a toujours ça qui lui pend au-dessus de la tête », affirme Mme Elchacar.

Une 234e vigile pour Raif Badawi est prévue à Sherbrooke devant l’hôtel de ville vendredi à 12h30.