« En tant qu’agriculteur urbain, on ne tombe pas dans la chaise de l’agriculteur traditionnel. On n’a pas nécessairement droit à de l’aide ou à la reconnaissance de tout ça », exprime Samuel Sigouin, copropriétaire de chez Agropol.
 « En tant qu’agriculteur urbain, on ne tombe pas dans la chaise de l’agriculteur traditionnel. On n’a pas nécessairement droit à de l’aide ou à la reconnaissance de tout ça », exprime Samuel Sigouin, copropriétaire de chez Agropol.

Quelle place pour l’agriculture urbaine ?

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Alors que les mesures pour accroître l’autonomie alimentaire fusent depuis quelques mois, les agriculteurs urbains comme Agropol se sentent bien souvent oubliés. Ils ont beau « penser en dehors de la boîte », mais la boîte, elle, ne s’agrandit pas tellement, constatent-ils.

« En tant qu’agriculteur urbain, on ne tombe pas dans la chaise de l’agriculteur traditionnel. On n’a pas nécessairement droit à de l’aide ou à la reconnaissance de tout ça. On n’est pas non plus un restaurant, donc on ne va pas avoir les subventions gouvernementales qui permettent de couvrir le loyer actuellement. On tombe vraiment entre deux chaises, c’est quelque chose avec lequel on vit depuis deux ans et demi. On apprend à voir ça venir et à le dévier d’une façon ou d’une autre et à essayer d’être inventif », confie Samuel Sigouin, copropriétaire d’Agropol, cette ferme urbaine qui cultive verticalement des pousses biologiques et qui se spécialise aussi dans la transformation alimentaire.   

Difficile par exemple de profiter des incitatifs d’expansion pour les productions serricoles annoncés vendredi dernier, même s’ils doivent contrôler l’environnement de leur culture, puisqu’un bâtiment ou milieu fermé ne fait pas partie des dépenses admissibles. Difficile aussi d’aller chercher une aide auprès de la Financière agricole, qui a refusé leurs demandes­ pour différents motifs, indique-t-il. 

« On se bat souvent pour des niaiseries. Et les jeunes entrepreneurs, on n’est pas non plus toujours pris au sérieux. On se fait demander une fois sur deux si on fait pousser du cannabis parce qu’on fait de la culture intérieure », témoigne M. Sigouin.  

L’entrepreneur déplore également l’absence de soutien de la Ville de Sherbrooke, qui n’offre ni programme d’accompagnement ni subventions pour ce genre de projets. La municipalité a bien un PDZA (Plan de développement de la zone agricole), mais il ne couvre que la région périurbaine. 

À quand donc un plan d’agriculture urbaine à Sherbrooke, comme l’ont fait Québec, Longueuil, et même la MRC de Rimouski-Neigette ? Gabrielle Rondeau-Leclaire, présidente de REVE Nourricier (Réseau d’espaces verts éducatif et nourricier), pose la question. 

« Il y a une effervescence à Sherbrooke et j’ai confiance que l’agriculture urbaine pourrait prendre sa place, plaide-t-elle. Le problème c’est qu’on n’a vraiment pas de soutien concret du côté municipal. On n’a pas non plus de structure qui encadre l’agriculture urbaine en ce moment. En mon sens à moi, parmi les gens qui constituent la relève agricole de demain, la plupart habitent en ville. Les gens qui ont les étoiles dans les yeux et toute la gang d’étudiants qui sont à l’université, qu’on le veuille ou non, ils vivent en ville. Et tous ces gens-là n’ont pas vraiment de contact avec l’agriculture ou même avec la source de leur alimentation. Je pense que c’est en faisant de l’agriculture urbaine qu’on vient éduquer la population et qu’on vient éventuellement créer de la relève », dit Mme Rondeau-Leclaire.

Les propriétaires d'Agropol, Samuel Sigouin et Marc-Antoine Larente

« Nouvelle ère » 

L’élue municipale Nicole Bergeron, présidente du Comité consultatif agricole de la Ville de Sherbrooke, démontre une grande ouverture devant ce genre de projets à Sherbrooke. Mais avec un PDZA qui vient à peine d’être lancé (mars 2018) et des élections dans moins d’un an, il faudra fort probablement attendre le prochain mandat pour un véritable plan d’agriculture urbaine, dit-elle. 

« En temps de pandémie plus que jamais, on demande aux gens d’être créatifs, innovants, et de sortir des sentiers battus. On a tous des défis pour dire comment on peut arriver à faire en sorte d’aider un entrepreneur qui, avec son projet, est un peu différent de ce qu’on a l’habitude de voir. [...] Ça, il faut le faire d’une façon concertée et faire le tour du dossier avec les différents partenaires qui peuvent aider une entreprise », commente-t-elle sans ne pouvoir cibler précisément le cas d’Agropol.  

Celle-ci assure également que « Sherbrooke sera là » en ce qui concerne le développement du secteur serricole enclenché par le gouvernement à l’aide d’un investissement de 112 M$. 

« On est dans une nouvelle ère et il faut s’adapter. On peut penser qu’on aura une réflexion plus globale à faire pour voir comment on peut atteindre une plus grande autonomie alimentaire [...] Il y aura sûrement bientôt plusieurs projets qui seront présentés. En amont, on va réfléchir où on souhaite le faire, comment et avec qui. »

Même que Mme Bergeron n’exclut pas de rendre le zonage plus flexible à l’endroit de projets d’agriculture urbaine.

Nicole Bergeron

Une stratégie à venir  

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation indique de son côté « travailler ardemment à ce que les producteurs agricoles urbains trouvent leur place à l’intérieur des mesures du Ministère » et mentionne que les agriculteurs urbains sont considérés au même titre que les agriculteurs ruraux en ce qui a trait aux programmes et initiatives bonifiés dans les dernières semaines. 

On affirme également qu’une deuxième stratégie de soutien à l’agriculture urbaine est en cours d’élaboration. Celle-ci s’intéressera, comme la première, à l’agriculture urbaine commerciale, communautaire et citoyenne, promet-on. 

La première stratégie du genre, instaurée par l’ex-ministre Pierre Paradis sous le gouvernement Couillard, est venue à échéance en 2019.