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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Steve Lussier
Steve Lussier

Quelle est la vision de Steve Lussier?

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Chronique / Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a présenté le nouveau budget en soutenant qu’il était à l’image d’une « vision claire » et annonciatrice du cap vers où il veut mener la ville. C’est-à-dire? « Respecter le cadre financier », a précisé le maire. Mais encore?

Est-ce qu’une saine gestion peut être considérée comme une vision politique? Qu’on se comprenne bien, je ne reproche pas au maire de faire une saine gestion des finances publiques, mais simplement, cette pratique est pas mal la base d’un budget municipal. La plupart des administrations municipales se vantent d’avoir une saine gestion, c’est un lieu commun.

Même si je n’aime pas les parallèles avec les budgets personnels, si je demande à une personne comment elle voit son avenir, je ne pense pas en apprendre beaucoup si elle me parle de son budget équilibré. Bonne nouvelle, mais que fait-elle avec son argent? À quoi rêve-t-elle? 

Je sais, certaines municipalités se mettent dans le trouble avec de mauvaises planifications, arrivant parfois avec des hausses de taxes vertigineuses pour compenser le coût des mauvaises décisions. On voit aussi, parfois, du développement freiné ou de services appauvris par des gels de taxes. Mais une gestion saine et son inverse ne sont ni l’une ni l’autre garante d’une vision politique.

Quelle personnalité se dégage de ce budget 2021? Dur à dire. Une personnalité prudente, probablement. Même si 2021 sera une année électorale, difficile à dire si c’est un budget électoraliste. Il n’y a peut-être pas de gel de taxes, mais elle demeure minime et on peut se demander si la hausse ne sera pas plus grande l’année suivante, surtout si l’effet de la pandémie se fait encore sentir plusieurs mois.

L’administration insiste sur le fait qu’elle s’est fait un coussin de 1,5 M$ en cas d’imprévus reliés à la COVID, mais croisons les doigts pour que le scénario des vaccins fonctionnent comme prévu, sans s’éterniser dans le temps.

Ceci dit, sur les 16 millions $ reçus par le gouvernement pour compenser les pertes avec la COVID, la Ville en a utilisé que 4 pour équilibrer le budget, réservant les autres millions pour les prochaines années. Une avenue plus opportuniste aurait pu utiliser ces millions pour proposer un gel de taxe. La Ville a utilisé cette somme avec prudence et c’est tant mieux.

Il faut bien s’attaquer aux infrastructures vieillissantes – comme partout au Québec, si on les avait mieux entretenues par le passé, ça couterait moins cher aujourd’hui. Sur les 419 M$ de projets prévus pour les trois prochaines années, plus de 50 M$ servent à des réfections ou des entretiens d’infrastructures.

Avec son budget 2021, Steve Lussier fait ses devoirs. Mais vers où veut-il amener la ville?

On prépare le terrain pour les Jeux du Québec en 2024, un rendez-vous qui pourra améliorer les infrastructures sportives et participer à cette qualité de vie à laquelle le maire fait allusion lorsqu’il mentionne vouloir assurer « la meilleure qualité de vie à la communauté d’aujourd’hui et de demain » — un thème mis de l’avant l’an dernier et repris cette année. 

Qu’est-ce qu’une qualité de vie? Il y a en ce moment des Sherbrookois et de Sherbrookoises qui n’ont pas logements et qui dorment dans la rue ou dans leur voiture, des centaines attendent d’avoir accès à un logement abordable. Est-ce que ce budget va aider à améliorer la qualité de vie ces personnes?

Il semblerait que le développement social est un autre thème du budget. Ah bon!

Steve Lussier soutient que l’environnement est aussi un enjeu important du budget, mais ce n’est pas si évident que ça lorsqu’on parcourt les documents. Les différents groupes environnementaux vont certainement rester sur leur faim. 

Le maire vante les parcs et la proximité de la nature, mais l’étalement urbain ne menace-t-il pas cette même nature? Est-ce que 100 000 $ sur trois ans est suffisant pour améliorer la protection et la mise en valeur des milieux naturels? Sans parler de l’impact sur le parc automobile et la circulation urbaine et de la création d’ilots de chaleur. 

Équilibrer un budget pendant la pandémie a dû être un défi pour toutes les administrations cette année. Heureusement, la Ville de Sherbrooke a pu piger dans des surplus, encore une fois, et sur l’aide du gouvernement. Défi relevé, donc. Mais le maire a raté une belle occasion de marquer vers où il veut mener la ville à l’aube de la prochaine campagne électorale. À moins que sa vision se résume à l’équilibre budgétaire. 

Ça se défend, mais on ne peut pas appeler ça un projet. C’est dommage, parce que c’est possible d’avoir une vision et un budget équilibré. L’un n’a jamais empêché l’autre.