L’église Sainte-Thérèse, sur la rue King Ouest, a été transformée en restaurant en 2013.

Que deviennent les églises ?

SHERBROOKE — Que se passe-t-il avec les églises qui ferment leurs portes? Depuis le milieu des années 1990, plus d’une cinquantaine d’églises ont mis fin à leurs activités dans l’archidiocèse de Sherbrooke. Il ne reste que 81 des 130 églises sur le territoire estrien, selon l’organisation.

« Sur les 50 qui ont été vendues, 23 sont utilisées à des fins communautaires, explique le prêtre, chancelier et vicaire judiciaire Guy Boulanger. Six ont été détruites et six sont utilisées à des fins commerciales. Il y en a parfois qui sont transformées en résidences et à des fins privées. »

À titre d’exemple, l’église Sainte-Thérèse est devenue le OMG Resto en 2013 et l’église Christ-Roi a été convertie en Vertige, un centre d’escalade, en 2010. L’église Saint-Jean-de-Brébeuf, située à l’intersection des rues King Ouest et Jacques-Cartier, elle, a été démolie.

À Sherbrooke, aucune fermeture d’église n’est prévue actuellement. Dans le diocèse, celle de Beaulac-Garthby est à vendre.

Dans certains cas, des messes sont encore célébrées dans des églises vendues. « Les églises sont achetées par la municipalité, ils occupent souvent les bureaux. On a l’autorisation de s’y rassembler les dimanches », indique l’abbé.

L’église Sainte-Thérèse, sur la rue King Ouest, avant qu'elle soit transformée en restaurant en 2013.

Tout ne se vend pas

Lorsque les églises comme celle de Waterville ferment, les fidèles aiment repartir avec un morceau du lieu de culte. Cependant, les institutions religieuses n’ont pas le droit de tout vendre : les éléments sacrés doivent être conservés.

« Souvent, les objets vont être offerts à d’autres églises, indique-t-il. Les objets de cultes et bénis, normalement, ne sont pas mis en vente, car on ne peut pas les vendre. Pour le reste, l’église, qui est indépendante, peut disposer, avec l’accord de l’évêque, de ses objets de différentes façons. Le calice, le ciboire servent pour la liturgie. Les chemins de croix, la pierre d’autel, des statuts ont été bénis spécialement pour l’usage. »

L’argent, lui, va rester pour la paroisse. « Si la communauté ferme, elle se regroupe avec une autre et l’argent lui revient », précise l’abbé Boulanger.

Bâtiment

Selon Guy Boulanger, la fermeture d’une église suscite souvent de vives réactions. « Il y a toujours une part d’identité là-dedans pour les gens. On s’y habitue un peu plus, car il y en a un peu plus depuis les dernières années, mais les premières fois, c’était vraiment un grand drame. Il y en a encore qu’on n’aimerait pas voir disparaître », assure-t-il.

Dans un monde idéal, les églises qui ferment devraient encore servir à la population. « La première chose qui est faite [avant de mettre une église en vente], c’est un contact avec la municipalité. On a une préférence pour un usage qui peut être pour la communauté. Si on se rend compte qu’il n’y a personne au niveau communautaire qui a un intérêt pour l’édifice, alors elle peut être mise en vente », dit-il, ajoutant que le marché est variable pour ce genre de bâtisse.

Des églises, comme Sainte Jeanne-d'Arc sur la rue Galt Ouest, demeurent des lieux de cultes. « Dans la plupart des cas, ce ne sont pas nous qui les avons vendues directement à eux. On n’est pas malheureux que des gens aillent à l’église, le seul problème, c’est que ça crée de la confusion. Les gens s’imaginent que c’est encore une église catholique, alors que ça ne l’est pas. C’est ce qui peut nous rendre un peu mal à l’aise, surtout que c’est le même nom », avoue Guy Boulanger.

Le prêtre, chancelier et vicaire judiciaire Guy Boulanger

Pénurie de prêtres : « Nous sommes chanceux à Sherbrooke »

 Si la pénurie de main-d’œuvre se fait sentir dans tous les domaines, l’Église catholique ne fait pas exception. Quoique, selon le prêtre, chancelier et vicaire judiciaire Guy Boulanger, le diocèse de Sherbrooke peut se considérer comme chanceux en cette matière. Deux Sherbrookois âgés dans la trentaine seront ordonnés prêtres dans les prochains mois et quelques jeunes recrues souhaitent faire ce travail. 

« Vendredi soir, quelqu’un a été nommé diacre pour devenir prêtre et au mois de juin, on en a un autre qui le fera. C’est du renfort », se réjouit l’abbé Guy Boulanger, chancelier diocésain.

« On est l’un des diocèses les plus chanceux pour ça, poursuit-il. Outre ces deux-là, un autre est aussi en stage et pourrait devenir prêtre éventuellement. C’est quelqu’un qui vient de la Colombie, donc il doit avoir ses papiers canadiens pour être ordonné. Un autre chemine et sera en paroisse l’an prochain. C’est bon pour nous, car il y a des diocèses qui n’en ont pas du tout. »

Cependant, les prêtres ne manquent pas de boulot. « Le travail a changé. D’une part, les prêtres travaillent dans plus d’une église. Ils sont appelés à se déplacer davantage. Ils vont avoir un ministère qui va gérer plus un ensemble. Ils sont appelés à travailler en équipe avec des diacres et des laïques. La particularité à Sherbrooke, c’est qu’on a certaines paroisses qui n’ont pas de curés, alors ce sont des laïques ou des diacres qui sont nommés là. Ils sont assistés d’un prêtre, mais il ne demeure pas là comme tel. Il les aide dans le travail qu’ils font. Ça peut être une, deux ou trois personnes qui sont responsables de la vie de la paroisse. C’est un modèle qu’on a mis sur pied pour ne pas que les prêtres élargissent sans fin leur territoire et qu’ils s’épuisent », explique l’abbé Boulanger, qui est également diplômé en droit canonique.

« C’est un élément admirable, car ce sont des gens qui sont parfois retraités et qui acceptent de prendre une responsabilité comme celle-là, décrit l’abbé Boulanger. Certains ont de belles formations académiques, d’autres moins, mais les gens se donnent au service de leur paroisse, alors ça permet de maintenir certains milieux qui seraient peut-être fermés si on comptait seulement sur les prêtres. »

D’ailleurs, les femmes ont leur place dans le rôle de responsable de paroisses. Si elles ne peuvent pas présider de messes — comme n’importe quel laïque —, elles peuvent dire la liturgie de la Parole. « Il y a beaucoup de femmes impliquées à l’église. Elles sont souvent en majorité », précise l’abbé.

Quel est le maximum d’églises dont peut se charger un prêtre? « Il n’y a pas de règles. L’équipe qui en a le plus, c’est 14 et c’est dans la région de Lac-Mégantic. Il y a deux prêtres à temps plein et ils ont 14 églises. C’est un grand territoire. D’autres personnes vont aider, moi-même j’y vais la fin de semaine. Ce sont parfois des laïques ou des diacres qui président », mentionne Guy Boulanger.

Pour les funérailles, les pères « s’arrangent quand même », pense celui qui a débuté comme prêtre à Sherbrooke. « La demande évolue en même temps, en ce sens où il y a moins de funérailles à l’église qu’il y en avait autrefois. Ils ont des horaires chargés la fin de semaine. Des prêtres âgés ou retraités donnent aussi des coups de main dans les paroisses les fins de semaine », rappelle-t-il. 

Actuellement, 115 prêtres sont d’office au diocèse de Sherbrooke, qui fait la grandeur de l’Estrie.