Quand les réseaux sociaux remplacent les tribunaux

L’organisme Opex de Sherbrooke, qui aide les personnes judiciarisées à réintégrer le marché du travail, a élargi son mandat dans les dernières années pour englober plus que seulement les personnes avec un casier judiciaire. Les réseaux sociaux et l’omniprésence d’internet dans nos vies ont changé la donne dans la dernière décennie pour les personnes qui doivent passer par le processus judiciaire.

« Une personne judiciarisée peut être passée en cours et avoir été reconnue non coupable, mais subir les préjudices dus au fait qu’elle est passée par le système judiciaire, explique Léo Croteau, directeur général de l’organisme qui dessert l’Estrie, mais aussi une bonne partie de la Montérégie et une bonne partie du Centre-du-Québec. Ç’a pu être dans les médias ou se retrouver sur internet. La personne n’a pas de casier, mais elle subit sensiblement les mêmes préjudices. »

« On a placé quelqu’un dernièrement à Granby, explique-t-il. Il a été condamné il y a quelques années, mais il a été en cour d’appel et il a été reconnu non coupable. Le gars n’a pas de dossier, mais il a fait de la prison et ça s’est rendu dans les journaux. »

M. Croteau estime aussi que les personnes peuvent subir des préjudices sans même que le processus judiciaire se soit enclenché.

« Prenons l’exemple d’un jeune de 17 ans qui a fait un vol à main armée, souligne-t-il. Son dossier juvénile n’est pas public, mais avec tous les médias sociaux, tu viendras me dire qu’il n’y a pas un paquet de gens qui le savent! »

M. Croteau n’hésite pas non plus à prendre en exemple le cas de Jonathan Bettez à Trois-Rivières. Acquittés pour des dossiers de possession et distribution de pornographie juvénile, Jonathan Bettez et sa famille poursuivent maintenant la SQ, le ministère public et les enquêteurs au dossier pour une somme de 10,45 M$. Ce montant vise non seulement à couvrir les dommages causés à la réputation de M. Bettez et ses parents, mais aussi les pertes encourues à la suite de la vente de l’entreprise familiale, Emballages Bettez.

+

 Le cas des pédophiles

Il existe bien peu de crimes aussi mal vus que la pédophilie dans notre société. Ces gens ont pour la plupart du temps énormément de difficulté à réintégrer le marché du travail.

D’une part, ces dossiers sont habituellement très médiatisés.

« La personne qui a un dossier pour pédophilie, c’est particulier, avoue Léo Croteau, directeur général de Opex. De vendre ces clients-là, c’est assez difficile. On fait notre possible pour les aider à se replacer. Il y en a pour qui ça fonctionne, mais c’est plus difficile. »

« Quand on place quelqu’un en entreprise, on doit leur dire la vérité, poursuit-il. Si on a une personne qui a une compétence qui est recherchée, on va leur dire que la personne a un passé de pédophilie, qu’elle a suivi une thérapie et que c’est contrôlé. Si l’entreprise manque de monde, que l’employé a la compétence et qu’on dit qu’on va le suivre, il devient plus intéressant. »

M. Croteau estime que la région compte beaucoup de personnes avec un dossier pour pédophilie puisque l’Estrie compte plusieurs ressources pour eux.